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Une fourche électrique pour s'attaquer au rumex à la racine

Nouvelle  | 

Détecter les rumex grâce à une caméra, puis les détruire individuellement par une décharge électrique jusque dans la racine : c'est le principe de la machine développée par l'ingénieur fribourgeois Édouard Overney. Lors d'une démonstration organisée par Proconseil, agricultrices, agriculteurs et conseillers ont pu découvrir cette technologie encore unique en Europe. Le FiBL a également présenté les premiers résultats de ses essais sur les effets du procédé sur la vie du sol.

Le rumex est l'une des adventices les plus difficiles à maîtriser dans les prairies, particulièrement en agriculture biologique. Sa puissante racine et sa capacité à repartir rendent son élimination mécanique fastidieuse. C'est précisément ce problème qui a poussé le fribourgeois Édouard Overney à développer sa fourche à adventices électrique. Enfant, il arrachait déjà les rumex à la main avec son grand-père. Des années plus tard, une fois son diplôme d'ingénieur en génie mécanique en poche, il a cherché à automatiser ce travail. 

Un traitement sélectif

Après une première piste mécanique, jugée trop complexe et exigeant trop de précision, il s'est tourné vers l'électricité. Son idée : ne pas traiter toute la surface, mais uniquement les plantes indésirables. Selon son concepteur, il n'existe actuellement pas d'autre machine électrique sélective comparable en Europe et en Amérique du Nord. 

Repérer, cibler, électrocuter

Attelée à l'avant du tracteur, la machine travaille sur trois mètres de large. Une caméra panoramique photographie la végétation et un algorithme de reconnaissance identifie les rumex. Leur position est ensuite transmise au système de commande : parmi huit électrodes disposées en parallèle, celles situées face à la plante descendent dans le sol. Un codeur placé sur le rouleau permet de conserver précisément la position du rumex, même lorsque le tracteur ralentit. 

Les racines aussi atteintes

Une impulsion électrique est alors envoyée entre l'électrode et le système de retour du courant. L'arc dure environ un quart de seconde et atteint une puissance instantanée supérieure à 50 kW. L'objectif n'est donc pas simplement de brûler les feuilles : l'électricité agit dans la zone racinaire. C'est ce qui différencie notamment le procédé d'un désherbage thermique ou d'un laser, dont l'action reste essentiellement en surface. 

La profondeur de travail retenue est d'environ dix centimètres, où se concentrent la majorité des bourgeons susceptibles de permettre au rumex de repartir. Lors d'essais antérieurs réalisés plante par plante, 96 % des rumex traités n'avaient pas repoussé au printemps suivant. Ce résultat doit toutefois être distingué de l'efficacité en conditions réelles : la détection était alors réalisée manuellement et le tracteur s'arrêtait sur chaque plante. 

Une intervention ciblée, mais au bon moment

L'un des principaux atouts de la machine réside dans son caractère sélectif. Contrairement à un travail mécanique généralisé du sol, elle n'intervient qu'à l'endroit où un rumex a été identifié. La période d'utilisation potentielle est large, de la fin de l'hiver jusqu'à l'automne.

Mais le stade de la plante est déterminant. L'idéal est une grosse rosette, juste avant la montée en tige : la surface foliaire doit être suffisante pour assurer un bon contact. Les plantes de moins de 7 x 7 cm ne sont actuellement pas ciblées. Une parcelle où les rumex sont déjà montés à graines n'est pas non plus une situation adaptée. 

Intéressante sous conditions

La machine conserve par ailleurs quelques limites techniques. Elle avance actuellement autour de 1,5 km/h et ne peut actionner que deux électrodes simultanément. En cas de forte densité de rumex, il faut donc ralentir. La reconnaissance par caméra continue elle aussi d'être affinée : certaines espèces morphologiquement proches peuvent encore entraîner des confusions. Le modèle est progressivement enrichi grâce aux images collectées dans différentes cultures et à différentes périodes de l'année. 

L'intérêt économique dépend enfin de la pression en rumex. Sur une parcelle ne comptant que quelques dizaines ou centaines de plantes, l'arrachage manuel peut rester plus pertinent. Édouard Overney estime qu'à partir d'environ 500 rumex par hectare, la mécanisation commence à prendre son sens. 

Qu'en est-il de la vie du sol ?

L'utilisation d'une forte impulsion électrique dans le sol soulève naturellement une question : que se passe-t-il pour les organismes qui s'y trouvent ? C'est sur ce point que le FiBL intervient dans le cadre du projet ChardRum.

Benjamin Reichlin, spécialiste en sciences du sol pour le FiBL en Suisse romande, a présenté lors de la visite les résultats d'essais conduits notamment sur les vers de terre et l'activité microbienne. Les effets observés sur les lombrics sont très localisés autour du point d'impact. Dans les sept premiers centimètres, les essais ont montré environ 10 % de mortalité parmi les vers directement exposés, tandis qu'au-delà l'effet devient rapidement très faible. Rapporté à l'ensemble d'une parcelle, l'impact estimé serait d'environ 0,5 % de la population pour une densité de 1000 rumex par hectare et de l'ordre de 4 % pour 5000 rumex par hectare. 

Une histoire de compromis

Les analyses portant sur l'activité biologique du sol sont également rassurantes à ce stade : aucune modification de la respiration microbienne globale n'a été mise en évidence, ni immédiatement après le passage de l'arc, ni une semaine plus tard. Ces mesures ne permettent toutefois pas de déterminer les effets éventuels sur certaines espèces bactériennes particulières. 

La technologie reste donc en phase de perfectionnement, mais elle ouvre une piste originale pour la gestion des vivaces problématiques : remplacer une intervention généralisée par une action extrêmement localisée, plante par plante. Une approche particulièrement intéressante en agriculture biologique, à condition de trouver le bon compromis entre efficacité, débit de chantier, coût et préservation du sol.

Claire Berbain, bioactualites.ch

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Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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