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Gestion du stress

Discussion avec un conseiller en gestion de crise

Dietrich Bögli est agriculteur bio et conseiller au centre Inforama sur la gestion de crise. Il a identifié cinq principes clés pour une bonne santé mentale et nous explique lors d'un entretien pourquoi l'auto-efficacité, des relations durables et la bienveillance envers soi-même sont importantes.

Quels conseils donnez-vous aux agriculteurs et agricultrices pour prendre soin de leur santé mentale?

À mon avis, cinq compétences sont importantes pour la santé mentale. Tout d'abord, l'auto-efficacité: la conscience de nos propres capacités est ce qui nous permet d'agir, de rester motivés et de tirer parti de nos ressources propres, faute de quoi nous nous sentons impuissants ou victimes. Mon deuxième conseil est d'entretenir des relations durables. Pour être durable, une relation nécessite de la sincérité, ce qui ne veut pas dire le contraire du mensonge. Cela consiste à dire ouvertement comment on se sent. Le troisième point important est l'introspection, c'est-à-dire la perception de soi. Qu'est-ce que je ressens physiquement? Comment je me sens? J'ai moi-même pris l'habitude de consacrer une demi-heure le matin à l'autoréflexion. Je me demande à quoi je pense, ce qui se passe dans ma tête à l'instant même. Si quelque chose me stresse, je me penche sur la question. Si je n'ai pas de stress aigu, j'écris ce pour quoi je suis reconnaissant et j'entame ainsi ma journée sur une note positive. Autre aspect essentiel: avoir le sentiment de faire partie de quelque chose qui nous dépasse, trouver un sens, un point d'ancrage. Pour certaines personnes, cela signifie croire en Dieu. L'idée fondamentale est que «l'univers me veut du bien. Tout n'est pas contre moi». Faire preuve de bienveillance envers soi-même est mon cinquième conseil utile dans la vie de tous les jours. Une alimentation saine et une activité physique suffisante en font partie. Et nous souvenir également de notre propre valeur. Pour cela, il y a un exercice simple: écrivez les raisons pour lesquelles vous avez de l'estime pour vous-même. Quels traits de caractère appréciez-vous chez vous? Qu'avez-vous fait de bien aujourd'hui? Cet exercice peut être modifié en fonction des circonstances, par exemple en posant la question «Qu'ai-je réussi la semaine dernière?». 

Comment avoir (à nouveau) conscience de sa propre efficacité?

Qu'est-ce qui échappe à mon contrôle et qu'est-ce qui relève réellement de ma sphère d'influence? Telle est la question centrale. Je dois me préoccuper de ce que je peux influencer. Cela commence par le simple fait de ne pas chercher à changer les autres. C'est absurde. Pour prendre conscience de cette limite, il existe un exercice simple. Prenez une feuille de papier et dessinez un cercle dessus. Écrivez à l'intérieur du cercle ce que vous pouvez changer. À l'extérieur, notez tout ce que vous ne pouvez pas changer, par exemple la météo ou la politique. Le but de l'exercice est de se concentrer sur ce qui se trouve à l'intérieur du cercle. Vous pouvez changer ce que vous dites ou faites. Je vous conseille d'accrocher cette feuille chez vous de manière à passer devant plusieurs fois par jour. 

Qu'est-ce que la force et la faiblesse signifient pour vous? Et comment pouvons-nous gérer le stress et les crises et en sortir plus forts et fortes?

Professionnellement, il est important de connaître ses forces et ses faiblesses. Mais il ne faut pas les surestimer. Parce qu'un être humain ne se résume pas à l'ensemble de ses qualités et défauts. Le simple fait d'être humain nous rend dignes d'être aimés. Il n'y a pas besoin de pouvoir faire quoi que ce soit. 

Tout événement extérieur n'est que le déclencheur de notre stress. Le véritable stress est en nous-mêmes. Nous, les humains, sommes très forts pour accentuer ce stress par nos pensées. Nous nous concentrons sur le négatif et pratiquons l'autocritique. Reconnaître cet état de fait procure d'ores et déjà un soulagement. Comme le dit l'écrivain suisse Max Frisch: «Une crise peut être un état productif. Il suffit de lui ôter son arrière-goût de catastrophe». 

Comment ôter à une crise son arrière-goût de catastrophe?

Il est important d'observer le stress de l'extérieur et d'adoucir ses propres pensées. Pour cela, il est utile de prendre conscience de ses pensées négatives ou de ses croyances, du type: «Je dois atteindre la perfection. Je dois faire preuve de courage. Je dois être rapide. Je dois faire des efforts. Je dois être populaire. Je dois me faire aimer». Ou bien: «Je ne suis pas à la hauteur». Une façon de questionner ses croyances est la méthode «The Work» de Byron Katie, professeure de pleine conscience. Elle consiste à prendre 20 minutes pour se poser quatre questions avec d'autres personnes ou juste à soi-même. La première question est: «Est-ce que cette pensée est vraie?» Si j'ai trouvé une réponse, la question no2 est: «Puis-je avoir la certitude absolue qu'elle est vraie?» Ensuite, la question no3: «Comment est-ce que je réagis, que se passe-t-il si j'y crois?». Il est important d'être l'écoute de ses émotions: par exemple des idées sombres, une frustration, une tristesse, une boule au ventre. La question no4 est: «Qui serai-je sans cette pensée?» Une réponse pourrait être: «Sans cette pensée, je serais détendu, même si tout n'est pas parfait. Je saurais que je n'ai pas tout raté». Les quatre questions sont suivies de ce qu'on appelle l'inversion. Vous vous dites le contraire de ce que vous pensiez être vrai au début de l'exercice. «Je ne suis pas à la hauteur» peut devenir: «Je suis à la hauteur» ou «Je ne peux pas faire mieux, mais c'est bien comme ça» ou «Personne ne dit que je ne suis pas à la hauteur». Cette méthode est un processus méditatif, pas un exercice intellectuel. Les réponses aux questions posées viennent «des tripes». Il n'y a ni bonne ni mauvaise réponse. Il s'agit d'apprendre à se connaître. 

Revenons aux relations durables. Que conseillez-vous pour prendre soin d'une relation?

Dans une relation, il faut prendre régulièrement le temps d'échanger. Cela signifie: prévoir suffisamment de temps, éviter les dérangements, mettre le téléphone en mode avion et hors de vue. Une liste des sujets à aborder peut donner de la profondeur à la conversation. Les questions à se poser peuvent être: Comment vais-je vraiment? Quelles pensées stressantes ai-je? Qu'est-ce que je pense de notre relation actuelle? Qu'est-ce que j'apprécie chez mon ou ma partenaire? Mon conseil: chaque personne commence par parler cinq à dix minutes sans être interrompue. La personne qui écoute peut se demander: qu'est-ce que ces propos suscitent en moi? Quelles pensées et quels sentiments apparaissent? Il est important de ne parler que de ses besoins, de ses désirs ou de ses pensées, plutôt que de faire des reproches ou de vouloir changer l'autre. 

Se faire aider quand on ne va pas bien nécessite de faire un effort. Comment rendre le premier pas plus facile?

Se faire aider lorsqu'on ne va pas bien exige du courage. Je vous conseille de vous adresser d'abord à des personnes de confiance. Celles-ci peuvent vous aider à franchir la prochaine étape. Il peut s'agir d'une consultation, d'une visite chez un médecin ou d'un appel téléphonique. Dans le canton de Berne, par exemple, il existe l'Anlaufstelle Überlastung Landwirtschaft. Dans toute la Suisse, la ligne d'entraide téléphonique paysanne offre un soutien. Il est préférable de ne pas attendre pour se faire aider. Parce qu'il est beaucoup plus facile de prendre soin de sa santé mentale que de traiter un trouble psychique une fois qu'il s'est installé.

Interview: Anna Schmitz, magazine Bioactualités

Cet article en ligne complète le dossier «Le regard sur soi-même» de l'édition 7|26 du magazine Bioactualités.

Dietrich Bögli dirige le département Conseil Rütti-Seeland au Centre de formation, de conseil et de congrès Inforama. Son accompagnement porte sur les relations, les conflits, la gestion de crises, l'épanouissement personnel et le développement d'exploitation. 

Dietrich Bögli prévoit d'organiser un groupe de travail supracantonal sur le thème «La sérénité au quotidien pour les paysans et paysannes». Les personnes intéressées peuvent le contacter directement par e-mail à l'adresse dietrich.boegli(at)be.ch ou par téléphone au +41 31 635 82 33.

Pour en savoir plus

Surmenage et prévention du burnout - USPF (Site web femmes rurales)
Ligne d'entraide téléphonique paysanne (en allemand, Site web Ligne d'entraide téléphonique paysanne)
Centre d'accueil sur le surmenage dans l'agriculture (en allemand, Site web Centre d'accueil sur le surmenage dans l'agriculture)
Campagne Comment vas-tu? (Site web)
Aperçu «Santé dans l'agriculture» (rubrique complète)

Si vous êtes en situation de crise aiguë, veuillez contacter un médecin ou un·e psychothérapeute, la clinique psychiatrique la plus proche ou appelez le numéro d'urgence 144. Vous pouvez obtenir un soutien psychologique par téléphone à tout moment et gratuitement en composant le 143.

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