Déceler les premiers signaux d’alerte
Vide intérieur, épuisement et sentiments de culpabilité peuvent signaler une dépression ou un burnout. Les identifier rapidement permet de réagir à temps.
Si une personne de l'entourage ne va pas bien, il faut que les proches aillent lui parler. L'important, c'est d'écouter et de montrer à la personne concernée qu'elle n'est pas seule. Photo: FiBL, Christian Pfister
Mal dormi, irrité, épuisé ou absence de joie au travail? Beaucoup de gens connaissent ce genre de sensations – justement dans les phases de travail intensif. Mais quand est-ce «seulement» du stress et quand cela va-t-il plus loin? Les frontières entre stress, burnout et dépression ne sont pas toujours claires. Identifier tôt les signaux d'alarme permet de réagir à temps et de trouver de l'aide.
Selon l'organisation mondiale de la santé, le stress est d'abord une réaction normale aux surcharges. Quand on est sous pression on se sent tendu, dépassé ou épuisé – mais seulement temporairement. Malgré la surcharge, les gens stressés restent quand même aimables et motivés. Ceux qui se reposent se sentent ensuite rétablis et prêts à travailler. Il en va autrement lors d'un burnout ou d'une dépression: Les symptômes persistent au moins deux semaines, affectent le quotidien et ne s'améliorent pas après un week-end de congé ou des vacances.
Un burnout (l'anglais «burn out» signifie «se consumer») n'est pas considéré comme une maladie à part entière, mais comme la suite d'un stress chronique au travail. Les concerné·es se sentent épuisés, se distancent intérieurement de leur travail, deviennent cyniques et moins performants. Un burnout peut évoluer en dépression, et souvent les symptômes se superposent (graphique).
Une dépression est une maladie psychique qui peut être légère, moyenne ou forte. Facilement irritables, les concernés se sentent tristes et vides, perdent la joie pour leurs intérêts, sont démotivés, sans énergie et ont de la peine à se concentrer. Ils sont souvent tourmentés par des sentiments de dévalorisation, de culpabilité et de désespoir. Certains développent même des symptômes psychotiques comme la perte de réalité ou des idées délirantes. Des souffrances corporelles peuvent s'ajouter. Un signal à prendre au sérieux est la modification de l'appétit et du sommeil. Les pensées tourbillonnent et l'avenir semble sans perspectives. Une aide est nécessaire au plus tard quand des idées de mort et de suicide surviennent.
Il y a des bons traitements
«Une fois malade, toujours malade – c'est faux», sait Katja Cattapan, directrice médicale du sanatorium de Kilchberg ZH: La dépression ou le burnout peuvent être soignés. Pour se confier une première fois, la docteure recommande une discussion avec la ou le médecin traitant ou un centre psychiatrique. Un diagnostic ne signifie pas toujours devoir réduire son quotidien de cent à zér0. Plus tôt les concernés cherchaient de l'aide plus tôt un soutien pouvait être intégré et une amélioration obtenue.
Christoph Rothhaupt montre à quel point il peut être important de chercher de l'aide. Quand il n'a plus vu de sens à sa vie, il s'est adressé à un service agricole de conseil familial. «Ce que j'y ai trouvé: La permission de réfléchir comment restructurer la ferme», raconte-t-il. Des médicaments l'ont aussi aidé. Ils ont stoppé le tourbillon des pensées et lui ont permis de mieux dormir. Une psychothérapie l'a aidé à supporter la souffrance émotionnelle. Pendant des années il avait pour ainsi dire caché dans un sac à dos les pensées et sentiments stressants. Et pour se distraire il s'était plongé dans le travail. «Aujourd'hui je sais que je dois ressentir mes émotions pour que cela puisse aller mieux.»
Interviewé pour un podcast du FiBL, l'agriculteur bavarois de 43 ans (en allemand, rubrique Sources d'information et médias)
Soigner le mental – voilà comment ça marche
Dietrich Bögli sait ce qui fait préventivement du bien. Cet agriculteur bio donne à l'Inforama Rütti-Seeland des conseils sur les relations, les conflits, la gestion des crises ainsi que le développement personnel et entrepreneurial. Il recommande de se demander chaque matin: Comment est-ce que je vais? Qu'est-ce que je ressens dans mon corps et quelles pensées me préoccupent? Il est important de renforcer une vision positive et le sentiment de sa propre valeur. Dietrich Bögli nomme cela «être amical avec soi-même». Il recommande un exercice simple: «Écrivez ce pour quoi vous vous estimez. Pour quels traits de caractère êtes-vous reconnaissant? Qu'est-ce que vous avez déjà fait de bien aujourd'hui, ou qu'est-ce que vous avez réussi la semaine passée?»
Dietrich Bögli appelle à porter son attention vers ce qu'il est réellement possible d'influencer. Vouloir faire changer d'autres gens n'en fait pas partie. «Mais je peux changer ce que je dis ou fais.» Pour prendre conscience de cette limite, on prend une feuille de papier et on y dessine un cercle à l'extérieur duquel on écrit ce qu'on ne peut pas changer. Et à l'intérieur on note tout ce qu'on peut décider ou faire soi-même.
L'interview du conseiller en gestion de crise, Dietrich Bögli (rubrique Santé)
La campagne «Comment vas-tu?», qui se déroule depuis 2018 sur mandat de Promotion Santé Suisse mise aussi sur des petits pas insérables dans le quotidien. En font partie p. ex. une courte promenade, un gentil message à un·une ami·e ou un renoncement délibéré aux médias électroniques le soir.
Des études montrent que ça peut être judicieux: Déjà rien que la présence de son smartphone peut nuire à l'attention et à la concentration même s'il n'est que posé de côté. Les médias numériques peuvent en outre perturber le sommeil et contribuer à la fatigue intérieure.
Où trouver de l'aide
Celles et ceux qui se trouvent dans une crise aiguë ou une situation de détresse devraient immédiatement appeler au secours. Et la Main Tendue – un soutien psychologique par téléphone – est atteignable 24/24.
On trouve sur le site internet de l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales des offres d'aide, des spécialistes et des rapports d'expériences. La campagne «Comment vas-tu?» propose un auto-check sur la santé psychique. Il ne remplace pas un diagnostic médical mais peut aider à s'orienter. Il y a sur ce site des conseils pour les discussions ainsi que des offres nationales de soutien pour les personnes concernées et leurs proches.
Campagne «Comment vas-tu?» (Site web)
Solidarité Paysans Romandie (Site web)
Ce que les proches peuvent faire
Ceux qui remarquent qu'une personne de l'entourage ne va pas bien se sentent souvent désemparés. Cependant les proches ne doivent pas résoudre le problème de la personne concernée, lit-on sur le site de la campagne. Il ne viendrait d'ailleurs à personne l'idée d'opérer soi-même un appendice enflammé. Il est essentiel de chercher la discussion et de montrer à la personne concernée qu'elle n'est pas seule. Il faut planifier assez de temps pour cela. Si on doit bientôt repartir, ce n'est pas le bon moment pour une discussion. Ne pas être dérangé est important – p. ex. lors d'une promenade. Beaucoup de gens trouvent qu'il est plus facile de parler de ses difficultés en marchant. Et le cas échéant, il ne faut pas prendre pour soi que la personne décline la discussion. Il est souvent mieux de répéter l'offre plus tard.
En cas de discussion, montrer un intérêt réel et de l'empathie est important. Les proches devraient poser des questions et pas proposer d'emblée des solutions. Les accusations, les conseils et les diagnostics n'aident pas. Au lieu de «Ça va passer», il vaut mieux dire «Je ne sais pas quoi dire. Est-ce que tu as déjà pensé à parler avec un ou une spécialiste?»
Si on est perplexe dans le rapport avec les personnes en crise, on peut soi-même chercher du soutien. La Main Tendue (n° tél. 143), par exemple, ne conseille pas seulement les personnes en crise mais aussi leurs proches.
Vider son sac
L'agriculteur Christoph Rothhaupt a appris à vivre avec sa maladie. Ça n'a pas toujours été facile. Une situation l'a particulièrement remué: Il se promenait dans la forêt avec son fils de huit ans. Il l'encourageait à jouer, mais il ne voulait pas s'éloigner. «Je dois veiller sur toi, papa», disait-il alors qu'il allait déjà mieux.
«Aujourd'hui j'accepte que la dépression fasse partie de ma vie.» Ce qu'il conseille aux autres: «Vider plus souvent son sac et parler de ce qui préoccupe.»
Anna Schmitz, magazine Bioactualités
Cet article et les suivants sont publiés dans le cadre du dossier thématique «Santé» du magazine Bioaktuell n° 7|26.
Les douze phases d’un burnout
- Obligation de faire ses preuves Le désir d'être performant et indispensable devient toujours plus fort.
- Implication renforcée On travaille davantage, les pauses sont négligées et les limites ignorées.
- Négliger ses besoins Le repos, le sommeil, les hobbys et les contacts sociaux perdent en importance.
- Refoulement des conflits et des problèmes Les premiers signaux d'alerte sont ignorés ou minimisés.
- Réinterprétation de certaines valeurs Le travail domine la vie, les besoins personnels sont relégués à l'arrière-plan
- Déni des problèmes Les erreurs, les tensions et le surmenage ne sont pas reconnus comme surcharges.
- Retrait Les contacts sociaux sont diminués, l'isolement et la solitude augmentent.
- Modifications du comportement Les concerné·es sont irritables, épuisé·es ou émotionnellement indifférent·es.
- Dépersonalisation Les concerné·es se sentent étranger·ères ou irréel·les.
- Vide intérieur Les sentiments d'absurdité et de désespérance augmentent.
- Dépression Le manque d'entrain, le doute et les souffrances psychiques plombent le quotidien.
- Épuisement complet Les réserves corporelles, émotionnelles et mentales sont largement épuisées.
Renforcer la santé mentale au quotidien
Katja Cattapan travaille comme directrice médicale au sanatorium de Kilchberg dans le canton de Zurich. Cette experte de la dépression et du burnout sait quels facteurs de protection aident à traiter les crises et comment ils peuvent être intégrés dans le quotidien.
| Facteur de protection | Mise en oeuvre pratique |
|---|---|
| Amitié pour soi-même | Accepter ses propres points forts et faibles, être bienveillant avec soi-même |
| Positiver le quotidien | Passer du temps dans la nature, pratiquer ses hobbys, manger consciemment, écouter de la musique |
| Relations sociales | Prévoir régulièrement du temps pour le ou la conjoint·e, la famille, les ami·es et les voisin·es |
| Pauses | Faire chaque jour trois fois trois minutes d'exercices de relaxation ou de respiration, des applis peuvent aider |
| Mode de vie plus sain | Veiller à avoir une nourriture équilibrée, du mouvement et des phases de repos ainsi que dormir suffisamment |
| Soutien | Si la surcharge perdure, chercher de l'aide dans son entourage ou auprès de spécialistes |
Informations supplémentaires et offres d’aide
La santé mentale dans l'agriculture: faits et chiffres
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La vie après un burnout: récit d'une expérience
Entretien avec un conseiller en gestion de crise
Entretien: Samuel Wahli, aumônier
Interviewé pour un podcast du FiBL, l'agriculteur bavarois de 43 ans (en allemand, rubrique Sources d'information et médias)
Ligne d'entraide téléphonique paysanne (en allemand, Site web Ligne d'entraide téléphonique paysanne)
Campagne Comment vas-tu? (Site web)
Dernière mise à jour de cette page: 09.09.2026
