La maladie des taches de pluie dans la culture de pommes bio:
Agents pathogènes, infection et lutte
La maladie des taches de pluie est devenue l'un des principaux problèmes dans la culture de pommes bio. Elle n'est pas causée par un seul champignon, mais par un complexe pathogène composé de nombreuses espèces de champignons saprophytes. Ces espèces varient selon la région, les conditions météorologiques, la gestion et l'année. Le facteur déterminant pour le développement de la maladie est une humidité prolongée. Les vergers bio bas intrants, les variétés à maturation tardive et les sites pluvieux avec des arbres aux couronnes mal aérées sont particulièrement menacés.
La maladie des taches de pluie se manifeste par la formation de taches noires semblables à de la suie sur l’épiderme des fruits. Photo: FiBL, Clémence Boutry
Les champignons forment à la surface du fruit un biofilm reconnaissable à ses taches fuligineuses de couleur noire. Outre les pommes, d'autres fruits à l'épiderme lisse sont touchés, notamment les poires, les prunes, les coings et les myrtilles.
Des études récentes montrent que les maladies des taches de pluie et des crottes de mouche ne sont pas deux maladies indépendantes dues à un agent pathogène distinct. Il s'agit plutôt d'un complexe pathogène commun, avec des symptômes différents selon l'espèce de champignon, allant des motifs ponctiformes aux structures réticulées. Jusqu'à présent, plus d'une centaine d'espèces causant la maladie des taches de pluie ont été identifiées. Les agents pathogènes varient en fonction de la région, de la saison et du mode d'exploitation.
En Europe centrale et occidentale, Peltaster cerophilus est considéré comme l'un des principaux responsables de la maladie des taches de pluie dans la culture des pommes. Des essais ont montré que le champignon nécessite simplement une surface appropriée et peut même s'établir sur du papier cire. Les hôtes alternatifs sont notamment la myrtille, l'églantier, la courge, la pomme sauvage, la prune, le coing, le cynorrhodon, le frêne, le cornouiller et l'aubépine.
L'humidité prolongée favorise les infections
Peltaster cerophilus hiverne sur des fruits momifiés, des parties de plantes mortes ou de l'écorce. Au printemps, il libère des spores qui sont dispersées par le vent et la pluie, infectant les fruits pendant la période de croissance. Les fruits peuvent être colonisés rapidement après la floraison, même si les symptômes n'apparaissent que plusieurs semaines plus tard. L'infection se développe en présence d'une humectation suffisante du feuillage ou des fruits (causée par la pluie) ou d'une humidité très élevée supérieure à 90 pour cent. Des biofilms visibles ne se forment qu'après un certain nombre d'heures d'exposition à l'humidité. Selon le modèle «Sutton», entre 240 et 285 heures d'humidité sont nécessaires, en comptant des périodes d'humectation de quatre heures, de la fin de la floraison jusqu'à l'apparition des premiers symptômes.
Le champignon tolère une large plage de températures (de 5 à 30 degrés environ). Celles-ci influencent la vitesse de développement, mais pas le déclenchement de l'infection. Après l'infection primaire, certaines espèces de champignon telles que Peltaster cerophilus peuvent également former des conidies secondaires et se propager directement d'un fruit à l'autre. Il n'y a pas de période d'infection prédominante, mais de nouvelles infections peuvent survenir tout au long de la saison.
Développement des symptômes: plus l'infection primaire est précoce, plus l'intensité finale de l'infestation est élevée
Dès l'apparition des infections primaires, les symptômes se développent plus ou moins linéairement en cas de périodes d'humectation régulières. Les longues périodes de sécheresse ne font qu'interrompre temporairement le développement des symptômes.
Plus l'infection primaire est précoce, plus les champignons ont le temps de se développer et plus l'infestation est importante au moment de la récolte. C'est le cas également si la récolte est tardive. C'est pourquoi les variétés à maturité tardive sont généralement plus touchées que les variétés précoces. Outre le moment de la récolte, les propriétés physiques de la surface du fruit ont aussi une influence: les variétés parfumées ou présentant une roussissure sont moins souvent colonisées. Une exposition prolongée à l'humidité étant indispensable au développement des symptômes, l'infestation est plus importante dans les zones moins bien aérées, en particulier au cœur de la couronne ou dans les parties basses des arbres.
Lutte contre la maladie
Mesures indirectes
Les mesures culturales visent à réduire la durée d'humectation du feuillage dans le couvert végétal et à diminuer le risque d'infestation.
Parmi celles-ci figurent:
- des mesures de taille ciblées pour une structure aérée,
- un éclaircissage des fruits pour favoriser la circulation de l'air,
- le maintien d'un couvert herbacé ras.
Des mesures d'hygiène telles que l'élimination des fruits momifiés peuvent aussi réduire considérablement l'infestation. La maladie peut également être évitée en sélectionnant des variétés à maturation précoce ou moins sensibles.
Une couverture peut éliminer presque entièrement le risque d'infestation en évitant systématiquement l'humectation, même avec une utilisation fortement réduite de fongicides. Cependant, cette mesure n'est pas techniquement ni économiquement réalisable dans tous les vergers.
Mesures directes
En raison du risque constant d'infection, une lutte directe répétée est nécessaire pour la culture de pommes bio dans les régions pluvieuses.
Actuellement, les méthodes les plus efficaces sont:
- le bicarbonate de potassium en association avec le soufre mouillable,
- le bicarbonate de potassium seul (les formulations à base de bicarbonate sont plus efficaces),
- la chaux soufrée.
Le plus important n'est pas le produit lui-même, mais la stratégie adoptée:
- Débuter le traitement pendant ou peu de temps après la saison primaire de la tavelure afin de prévenir ou de retarder les infections précoces et la progression de la maladie.
- Traiter en continu, du mois de juin à la récolte, surtout pendant les longues périodes d'humectation.
- Pulvériser à intervalles courts en cas de pression élevée de la maladie.
Les essais montrent clairement que seuls des traitements ininterrompus pendant toute la période à risque entraînent une réduction significative des infestations. Les fenêtres de traitement individuelles ne suffisent pas.
Traitement post-récolte par brossage
Les taches de pluie peuvent être éliminées par un brossage ciblé des fruits, bien qu'elles soient plus difficiles à enlever dans la cavité pédonculaire que sur le reste de la surface du fruit. Les essais montrent que le brossage est efficace lorsque l'atteinte concerne jusqu'à 25 pour cent de la surface du fruit. Au-delà, le résultat n'est pas satisfaisant.
Clémence Boutry, FiBL
Pour en savoir plus
Communiqué «Un nouveau produit contre la tavelure et les taches de pluie» (rubrique Actualités)
Fruits à pépins bio: protection phytosanitaire dès juillet (rubrique Fruits à pépins, maladies et ravageurs)
Fiche technique «Protection des plantes pour la production de fruits à pépins bio» (boutique du FiBL)
Liste des intrants (boutique du FiBL)
Dernière mise à jour de cette page: 04.08.2026
