Un tiers de toutes les denrées alimentaires sont gaspillées
Chaque année, environ un tiers de toutes les denrées alimentaires produites dans le monde sont perdues ou gaspillées entre le champ et l'assiette. La situation est comparable en Suisse: selon l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), les pertes alimentaires annuelles s'élèvent à 2,6 millions de tonnes, dont près des deux tiers seraient évitables. En Suisse, chaque personne gaspille en moyenne 190 kilogrammes d'aliments comestibles par an.
Avec 39 pour cent, soit près de 900 000 tonnes par an, les ménages sont responsables de la majeure partie du gaspillage alimentaire. Photo: Bio Suisse, Jakob Ineichen
En Suisse, 53 pour cent des récoltes de pommes de terre sont perdues, souvent parce que la forme et la taille ne satisfont pas aux exigences du commerce et de l’industrie de transformation. Photo: FiBL, Tobias Gelencsér
De nombreux produits alimentaires non ouverts sont jetés peu après l’expiration de la date de durabilité minimale, bien qu’ils soient généralement encore consommables. Photo: FiBL, Corinne Obrist
Le gaspillage alimentaire comprend à la fois les pertes alimentaires tout au long de la chaîne d'approvisionnement et le gaspillage d'aliments encore consommables par les commerces, la restauration et les ménages. Il a non seulement des conséquences économiques, mais aussi des répercussions profondes sur le climat, l'environnement et la biodiversité.
L'intensification seule ne suffit pas
Dans le même temps, la production alimentaire mondiale est confrontée à des défis majeurs. D'ici 2050, la population mondiale devrait atteindre environ dix milliards d'individus. Avec l'alimentation moderne, qui inclut une part élevée et croissante de produits d'origine animale dans de nombreuses régions du monde, il faudrait doubler la production agricole de denrées alimentaires pour nourrir la planète, et ce, malgré des conditions rendues plus difficiles par le changement climatique et ses répercussions sur l'eau et les sols.
D'innombrables études montrent qu'une simple intensification de l'agriculture ne suffit pas. Mieux vaut mettre en œuvre des mesures visant à améliorer la durabilité du système alimentaire. Parmi celles-ci figurent une alimentation davantage basée sur les végétaux, des stratégies dites «feed no food», qui consistent à utiliser le moins possible de fourrages provenant de terres arables sur lesquelles des aliments destinés à la consommation humaine pourraient être cultivés directement, ainsi qu'une réduction systématique des pertes alimentaires. Les scientifiques du Programme national de recherche «Alimentation saine et production alimentaire durable» (PNR 69) soulignent qu'un grand nombre des mesures contribuant à une production alimentaire plus durable favorisent également une alimentation saine.
Des répercussions bien au-delà des frontières nationales
Les deux tiers environ de l'empreinte écologique de la consommation alimentaire nationale sont générés à l'étranger. La Suisse importe en effet de grandes quantités de denrées alimentaires, d'aliments pour animaux et de matières premières agricoles. Par conséquent, les pertes alimentaires en Suisse ont également des effets sur l'environnement au-delà des frontières nationales.
D'où vient le gaspillage alimentaire?
Les pertes alimentaires surviennent à toutes les étapes de la chaîne de valeur. Selon l'OFEV, les ménages en sont les principaux responsables, à hauteur de 39 pour cent environ, ce qui représente près de 900 000 tonnes par an. Une part presque équivalente, soit 37 pour cent, est générée par l'industrie agroalimentaire. La restauration est responsable d'environ 11 pour cent des pertes alimentaires, l'agriculture de 9 pour cent et le commerce de détail de 4 pour cent. Les études menées dans le cadre du PNR 69 indiquent que la réduction des pertes alimentaires constitue un levier important pour un système alimentaire plus durable.
Quand l'esthétique conduit au gaspillage
Une partie des pertes alimentaires est due au fait que les légumes, les fruits ou les tubercules comme les pommes de terre ne remplissent pas les critères de qualité définis dans le commerce et l'industrie. C'est le cas, en particulier, de la production de pommes de terre en Suisse. Des études du PNR 69 montrent qu'environ 53 pour cent de la récolte suisse de pommes de terre sont perdus pour la consommation humaine.
Ces pertes surviennent principalement au niveau de l'exploitation agricole, souvent parce que les pommes de terre ne répondent pas aux exigences esthétiques (taille, forme ou autres critères de qualité) du commerce ou de l'industrie de transformation. Les scientifiques recommandent de définir des standards esthétiques plus bas pour les pommes de terre, car la forme et la taille importent peu aux consommateurs·trices.
Identifier le principal potentiel d'amélioration
Les pommes de terre qui ne sont pas conformes aux standards de la transformation alimentaire doivent être utilisées comme aliments pour animaux. Des emballages plus petits et opaques permettraient aux consommateurs·trices d'acheter la quantité de pommes de terre qui leur convient et d'améliorer leur durée de conservation. Toutefois, ces propositions ne peuvent pas être transposées telles quelles à d'autres denrées alimentaires. Par conséquent, les scientifiques préconisent d'analyser également, pour ces dernières, à quel niveau se situe le plus grand potentiel d'optimisation.
Un projet de recherche du FiBL, mené en collaboration avec Coop, vise précisément à réduire les pertes de fruits et de légumes bio frais entre le champ et le point de vente. Il se concentre sur l'identification des points critiques de la chaîne d'approvisionnement et sur l'élaboration de solutions permettant d'améliorer la durée de conservation.
Mieux comprendre les dates de durabilité minimale
Selon le PNR 69, les campagnes d'information sont également utiles pour améliorer la compréhension de la date de durabilité minimale. De nombreux produits alimentaires non ouverts sont jetés peu après l'expiration de la date de durabilité minimale, bien qu'ils soient généralement encore consommables. Des campagnes d'information et un étiquetage plus clair pourraient remédier à cette situation. Des recherches sont également menées pour mettre au point des emballages capables de réagir aux variations de pH et d'indiquer ainsi la détérioration des produits.
Promouvoir les cycles fermés
Les restes alimentaires inévitables peuvent être réintroduits dans le cycle comme engrais ou amendement du sol. Des approches de ce type sont étudiées notamment dans le cadre du projet européen «Waste4Soil». Le FiBL examine entre autres si différents amendements du sol ont un effet positif sur la lutte contre les maladies des plantes, la disponibilité de l'azote dans le sol ou l'équilibre hydrique.
Réduire le gaspillage alimentaire pour un système alimentaire durable
Les études le montrent clairement: la réduction des pertes alimentaires est un levier important pour renforcer la durabilité du système alimentaire suisse. Une diminution du gaspillage alimentaire est synonyme de réduction des gaz à effet de serre et de l'impact environnemental tout au long de la chaîne de valeur.
Parallèlement, le gaspillage alimentaire ne peut être considéré isolément. Nourrir durablement une population mondiale qui continue d'augmenter nécessite un arsenal de mesures diverses, à savoir une alimentation privilégiant davantage les végétaux, une réduction de la production animale (conformément aux stratégies «feed no food», par exemple), une consommation responsable et une diminution systématique des pertes alimentaires.
Michelle Knecht, FiBL
Pour en savoir plus
Résultats du PNR 69 (2020): Alimentation saine issue d'une production alimentaire durable
PNR 69, Stratégie de réduction des pertes alimentaires: le cas des pommes de terre
Pertes alimentaires en Suisse (OFEV)
Moins de perte de fruits et légumes bio entre le champ et POS (fibl.org)
Waste4Soil (projet de l'UE)
Dernière mise à jour de cette page: 07.07.2026
