Le trèfle violet: source de protéines
A la recherche de sources de protéines alternatives dans le fourrage de base, il vaut la peine de porter son attention sur le trèfle violet. La plante étant toutefois riche en phytoestrogènes (substances secondaires dont la structure chimique est semblable à celle des hormones sexuelles), il faut éviter d'en proposer des rations en contenant des quantités trop importantes sur une longue durée.
Comparé au trèfle blanc, le trèfle violet permet d'obtenir une bonne production de protéines, même sans engrais. Il est par ailleurs moins sensible à la sécheresse que le premier. On le cultive usuellement en mélange avec des graminées, ce qui est bénéfique en termes de rendement, de propriétés de conservation et de composition de la ration. Les sortes de trèfles disponibles dans le commerce se distinguent dans leur persistance: les mélanges contenant du trèfle violet de courte durée (SM 200, SM 210, SM 230) ne sont adaptés que pour une utilisation bisannuelle, alors que ceux contenant du trèfle violet de longue durée (SM 300, SM 301, SM 310) un an de plus. Les proportions élevées de trèfle dépassant souvent 50 % dans ces mélanges garantissent des teneurs élevées en protéines dans l'aliment, mais ne sont pas sans problèmes pour la conservation. On préférera de manière générale l'ensilage au fanage, en raison des importantes pertes par émiettement, concernant principalement les feuilles, riches en protéines. Pour les exploitations sans ensilage, on recommande dès lors un séchage du foin ou une transformation en pellets. Enfin, outre les trèfles violets de courte et de longue durée, une autre sorte est venue s'ajouter dernièrement: le trèfle violet pour la pâture. On l'utilise dans les mélanges pour prairies ensemencées trisannuelles tant pour les emplacements frais (SM 360) que secs (SM 362), qui peuvent être pâturés jusqu'à cinq fois par an. Ils sont principalement adaptés aux exploitations qui ont peu d'azote à disposition et pour lesquelles le trèfle blanc aurait tendance à trop se répandre en pâture intensive. Le trèfle violet contient toutefois des phytoestrogènes, soit des substances végétales secondaires qui, selon la composition, la concentration et la durée d'affouragement, peuvent entraîner des effets divers. A titre d'exemple elles peuvent, en présence de teneurs modérées, améliorer les gains journaliers, comparé à d'autres aliments n'en contenant peu ou pas.
Il convient cependant de veiller aux effets négatifs éventuels. Dès le milieu du siècle dernier, on a constaté en Australie la maladie dite du trèfle, qui apparaissait principalement lors de la pâture de surfaces contenant des proportions importantes de certaines espèces de ce végétal. La pathologie est associée à des troubles de la fertilité, des prolapsus utérins, des agnelages difficiles et un développement anormal des glandes mammaires. La quantité de phytoestrogènes varie en fonction des sortes de trèfles. Toutefois, les peuplements contenant exclusivement du trèfle violet peuvent être à l'origine d'une ingestion excessive de ces substances, si bien que l'affouragement sur une longue durée peut induire les problèmes décrits. A noter qu'une étude finnoise n'a cependant pas permis de mettre en évidence d'incidences négatives sur la fécondité chez des brebis affouragées durant cinq mois exclusivement avec du trèfle violet. Néanmoins, les brebis présentaient des utérus nettement plus lourds que celles qui avaient reçu un aliment pauvre en phytoestrogènes.
Comment limiter la teneur en phytoestrogènes dans la ration alimentaire?
Dans une étude canadienne, on a constaté que certaines sortes de trèfle violet se distinguaient dans leurs teneurs en phytoestrogènes. Etant donné qu'il n'y a presque aucun recoupement avec les sortes disponibles en Suisse, il n'est pas possible ici de faire de recommandations. L'emplacement et le climat peuvent aussi avoir une incidence, que l'on ne connaît pas encore totalement à ce jour. Les feuilles en contiennent les teneurs les plus élevées, alors que les inflorescences en contiennent le moins. Les résultats de cette étude montrent aussi que la conservation de l'aliment provoque une perte, qui peut se monter entre 20 et 30 % avec l'ensilage ou le fanage. Le trèfle violet étant le plus souvent cultivé en mélange, la teneur en phytoestrogènes s'en trouve diluée par les graminées présentes. En d'autres termes, si l'on affourage un mélange contenant 50 % de trèfle violet, la teneur en phytoestrogènes se situe largement en-dessous d'un seuil considéré comme problématique, bien que toujours supérieure à la valeur limite considérée comme inoffensive. On recommande aux cheffes et chefs d'exploitations intéressés par le trèfle violet de faire leurs expériences en termes de proportions. Ils peuvent pour ce faire observer les caractéristiques de la maladie du trèfle comme indicateurs d'une proportion de trèfle violet trop élevée dans la ration.
Bettina Tonn et Steffen Werne, FiBL
Cet article est paru dans le Forum petits ruminants No 11 / 2021.
Dernière mise à jour de cette page: 23.03.2026
