Prosommation plutôt que consommation?
L'agriculture contractuelle de proximité rapproche la production de la clientèle. Les consommatrices et consommateurs deviennent coresponsables, autrement dit des «prosommatrices» et «prosommateurs». Ces modèles peuvent ouvrir de nouvelles perspectives pour les exploitations, renforcer la création de valeur régionale et promouvoir une alimentation plus durable.
Les jardins en autocueillette créent un lien avec la production agricole et permettent de s’impliquer activement en tant que consommateur ou consommatrice. Photo: Bio Suisse, Luc Kämpfen
Les produits alimentaires n'apparaissent pas tout seuls dans les rayons des magasins. Derrière chaque produit se trouvent des personnes avec leur propre histoire, qui ont investi des efforts, des ressources et un temps considérables. Pourtant, la conscience de ces liens s'est progressivement estompée au cours des dernières décennies. Les marchés mondiaux, la pression croissante sur les prix et des systèmes d'approvisionnement standardisés ont augmenté la distance entre les personnes qui produisent les denrées alimentaires et celles qui les consomment.
Néanmoins, nombreux sont ceux et celles qui souhaitent mieux connaître la provenance des aliments. Les réseaux d'alimentation alternatifs misent sur ce besoin. Les jardins urbains, l'agriculture solidaire et l'agriculture contractuelle de proximité (ACP) créent de nouvelles formes de coopération qui rapprochent la production de la clientèle. Les consommatrices et consommateurs deviennent des prosommatrices et prosommateurs, qui ne se contentent pas de consommer, mais assument la coresponsabilité de la production de denrées alimentaires pour leurs propres besoins.
Une occasion de mieux comprendre
Dans l'agriculture contractuelle de proximité, la clientèle n'achète pas simplement des denrées alimentaires. Elle établit un partenariat avec une exploitation agricole. Il existe toutes sortes de modèles qui varient selon le mode d'exploitation, le degré de codécision et les attentes par rapport à la participation des membres. Dans certains projets, les consommatrices et consommateurs coopèrent avec une exploitation agricole essentiellement par le biais d'un abonnement. Dans d'autres modèles, ils participent à des processus de décision ou s'impliquent activement dans la culture, la récolte ou la distribution.
Toutes ces approches ont pour but de réduire la distance entre le monde agricole et la société et de valoriser la production de denrées alimentaires. Les membres découvrent que les fruits, les légumes et la viande ne sont pas toujours disponibles, que la forme, la taille et la couleur varient naturellement et que les récoltes dépendent des conditions météorologiques. Ils apprennent également quel type de travail est nécessaire pour produire chaque aliment. Selon les enquêtes du Programme national de recherche Alimentation saine et production alimentaire durable (PNR 69), les personnes qui reçoivent régulièrement des paniers de légumes issus de la production régionale sont souvent plus sensibles à la saisonnalité, à la conservation et à la transformation.
Une visibilité accrue pour les exploitations
La collaboration avec les prosommatrices et prosommateurs peut apporter des avantages économiques aux exploitations agricoles. Pour les petites exploitations et les fermes aux activités diversifiées en particulier, la vente directe peut constituer un moyen de réduire leur dépendance aux fluctuations des marchés.
Abonnements et contrats annuels apportent une visibilité accrue. Les productrices et producteurs connaissent leur clientèle et peuvent ainsi mieux adapter leur production à la demande. Ils peuvent également partager avec les consommatrices et consommateurs les risques encourus, notamment en cas de perte de récolte due aux intempéries.
Dans le même temps, ce partenariat s'accompagne de nouvelles obligations en termes de négociations directes, de communication avec les membres, d'organisation et de distribution.
Des efforts pour atteindre davantage de couches sociales
En dépit de leur influence positive, les modèles contractuels de proximité se sont imposés jusqu'à présent auprès de certaines catégories sociodémographiques. Des études montrent en effet que 80 pour cent des membres ont un niveau d'éducation élevé et appartiennent aux classes moyennes et supérieures. Un défi majeur consiste donc à rendre ces modèles plus largement accessibles. Les questions de prix, de disponibilité et d'infrastructure régionale doivent être résolues afin que les modèles de prosommation ne soient pas réservés à une clientèle engagée.
Le rôle du politique et de la société
Pour rapprocher l'agriculture de la société, des conditions-cadres adaptées sont nécessaires. Les scientifiques du PNR 69 plaident en faveur d'une meilleure reconnaissance des services rendus par ces modèles à la collectivité et à la protection de l'environnement, et prônent un soutien à l'accès à la terre, aux crédits et à l'infrastructure. Les établissements publics tels que les écoles, les centres pour personnes âgées ou les institutions communes pourraient créer avec les productrices et producteurs locaux des partenariats plus étroits fondés sur les principes de l'ACP.
Michelle Knecht, FiBL
Pour en savoir plus
jardins en autocueillette (que en allemand)
Publications du PNR 69 concernant une alimentation saine et durable
Dernière mise à jour de cette page: 15.07.2026
