Face aux sécheresses et aux canicules, comment rendre les vergers plus résilients sans renoncer à leur viabilité économique ? À Marcelin, près de Morges, le BioDiVerger expérimente depuis 2013 un système fondé sur la diversification des cultures, des variétés et des aménagements. Le FiBL, Bio Suisse et bio.inspecta y ont fait étape à l'occasion des dix ans de leur présence renforcée en Suisse romande.
Mis en place en 2013 sur une parcelle appartenant au canton de Vaud et travaillée par la Ferme des Trois Sapins, le BioDiVerger est suivi scientifiquement par le FiBL. Son principe de départ : prendre le modèle du verger spécialisé à rebrousse-poil. « Si une espèce se révèle plus fragile ou plus faible en termes de rendement, j'en ai une autre pour compenser ; si une variété se comporte moins bien face aux agressions de ravageurs ou au stress climatique, j'en ai une autre, etc», résume Robin Sonnard, chercheur et conseiller en arboriculture au FiBL.
Ne pas mettre tous ses fruits dans le même panier
Sur environ 4500 m², la partie agroforestière associe ainsi pommiers, poiriers, fruits à noyau, petits fruits et trois planches maraîchères. Les espèces et les variétés sont mélangées, tandis que bandes fleuries et haies d'arbustes indigènes offrent habitat et nourriture aux auxiliaires. Une seconde partie de 900 m², le « verger-épicerie », pousse encore plus loin la logique de diversification.
Cette mosaïque doit notamment permettre de mieux répartir les risques climatiques. Une parcelle plantée d'une seule variété peut voir l'essentiel de sa récolte compromis par un épisode de chaleur ou de sécheresse survenant au mauvais moment. Au BioDiVerger, les sensibilités et les périodes de maturité diffèrent. « Il y a des hauts et des bas selon les variétés, mais il y a toujours quelque chose à récolter », constate Robin Sonnard.
2026, test grandeur nature
L'année 2026 a offert un test grandeur nature. Après un mois d'avril encore frais, chaleur et sécheresse se sont installées durablement. Or, contrairement au verger bio classique voisin équipé d'un goutte-à-goutte, les arbres du BioDiVerger ne sont pas irrigués en permanence. L'objectif était dès le départ de favoriser un enracinement plus profond. Des porte-greffes plus vigoureux, comme le M7, ont également été testés à côté du traditionnel M9 dans cette perspective.
Face aux conditions extrêmes de cet été, Théo Grossenbacher, agriculteur à la Ferme des Trois Sapins, n'a toutefois pas laissé les arbres se débrouiller seuls. Il a apporté de l'eau à trois reprises, notamment aux poiriers, particulièrement menacés par le stress hydrique. Des interventions ponctuelles plutôt qu'une irrigation continue : malgré l'été exceptionnel, le producteur se dit satisfait de la manière dont le verger a résisté.
Un sol à ménager
La résilience climatique se joue également entre les rangs. Pour Robin Sonnard, les surfaces traditionnellement considérées avant tout comme des voies de passage du tracteur peuvent contribuer à augmenter la matière organique, préserver la structure du sol et favoriser la biodiversité. À la Ferme des Trois Sapins, le travail du sol est limité et la végétation broyée en surface forme un mulch : « C'est le ver de terre qui doit travailler nos surfaces », explique Théo Grossenbacher. Cette approche permet aussi de réduire les passages de machines et de ménager le sol.
La biodiversité joue elle aussi son rôle. Les suivis réalisés depuis l'installation du BioDiVerger montrent une richesse importante en insectes et autres arthropodes. Mais installer des bandes fleuries en conditions réelles reste complexe : sécheresse, concurrence des adventices, coût des semences et entretien constituent autant de freins.
Résilient, mais aussi rentable
Reste une question incontournable : ce type de verger peut-il vivre économiquement ? Après dix ans, plusieurs résultats sont encourageants. L'objectif initial était d'obtenir au moins 70 % de fruits commercialisables comme fruits de table : la moyenne atteint 87 %. Surtout, le rendement financier calculé est 2,5 % supérieur à la référence d'un verger de pommes de table bio classique. Un résultat rendu possible notamment par la vente directe et les marchés, particulièrement adaptés à une production très diversifiée.
Le tableau n'est pas idyllique pour autant. Le temps de travail n'a diminué que de 2 %, loin des 30 % espérés initialement. La diversification exige une présence attentive : surveiller les campagnols, entretenir les haies et les bandes fleuries ou intervenir rapidement lorsqu'un problème apparaît.
Après plus de dix ans d'expérimentation, le BioDiVerger ne propose donc pas un modèle clé en main. Il démontre en revanche qu'en multipliant espèces, variétés et productions, il est possible de répartir les risques face aux aléas climatiques tout en conservant un système productif et économiquement viable. Une piste que le FiBL aimerait désormais observer jusqu'aux vingt ans du verger.
Claire Berbain, FiBL
Plus d'informations
Dans le cadre dix ans de présence renforcée du FiBL, de Bio Suisse et de bio.inspecta en Suisse romande, des visites de terrain sont organisées dans tous les cantons francophones. La tournée a ainsi fait étape à Presinge GE, Rivaz VD, Les Reussilles BE, Saint-Léonard VS et Fontaines NE. Retrouvez tous les communiqués et photos sur 10ans.bioactualites.ch (site web)
"le BioDiVerger, projet pionnier et inspirant" (bioactualites.ch)
