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«Un été caniculaire coûte plusieurs centaines de millions de francs»

Nouvelle  | 

Jürn Sanders est président du comité de direction du FiBL. Dans cet entretien, il s'exprime sur les conséquences de cet été caniculaire pour l'agriculture et l'agriculture biologique. Dans la série «Voix du Climat» il plaide en faveur d'une approche systémique afin de mieux aider les producteurs et les productrices à se préparer aux prochaines sécheresses et à y faire face.

Jürn Sanders est économiste agricole et président du comité de direction du FiBL. Photo: FiBL, Adrian Krebs

Que retiens-tu de l'été 2026?

Jürn Sanders: Pour être honnête, le sentiment accablant de voir à quel point les analyses scientifiques que nous menons au FiBL depuis de nombreuses années se sont confirmées. Nous affirmons en effet depuis longtemps que le changement climatique constitue un défi majeur et qu'il faut une agriculture plus résiliente. Le constat du coût monstre est par ailleurs. Selon certaines estimations, un été caniculaire en Suisse coûterait plusieurs centaines de millions de francs. Cela coûte vraiment très, très cher. Et le débat politique montre à quel point l'être humain a du mal à changer ses modes de raisonnement et ses façons de penser.

Où vois-tu un potentiel pour susciter des changements de comportement?

Le rôle de la recherche est de contribuer à une approche plus objective et, en fin de compte, d'expliquer les choses clairement: on ne peut pas aller à l'encontre de la nature et il est plus économique de changer de cap le plus tôt possible. Et pour cela, un dialogue de société est nécessaire. Un changement radical et immédiat est socialement ingérable. Mais nous avons besoin d'honnêteté. Si nous continuons ainsi, cela deviendra de plus en plus coûteux et la qualité de vie s'en trouvera réduite. Cela m'attriste de voir à quel point le moral est parfois au plus bas au sein de la communauté agricole, à quel point les cultures ont souffert et comment, par exemple, les pommes tombent trop tôt.

Y a-t-il quelque chose qui t'a particulièrement marqué durant cet été de sécheresse?

La colline en face du FiBL, que je contemple chaque jour, a pris une teinte de plus en plus jaune-brun. Je n'avais encore jamais vu cela. C'était vraiment un spectacle frustrant, jour après jour. Il faut toutefois noter l'observation suivante: lorsque la pluie a recommencé à tomber, le versant a rapidement retrouvé sa couleur verte. On peut presque y voir un symbole: nous avons un gros problème, mais nous pouvons encore agir. 

Y a-t-il là quelque chose de réconfortant?

Oui, tout à fait. Mais nous ne devons pas oublier pour autant que nous sommes confrontés à un problème grave: les prévisions scientifiques ne se sont pas trompées. Cependant, comme le dit aussi la science, des changements sont encore possibles: nous pouvons ralentir le réchauffement climatique, voire l'arrêter. Il suffit de passer à l'action.

Tu crois donc encore à la protection du climat?

La protection du climat reste une priorité. Nous devons parvenir à réduire la teneur en CO2 de l'atmosphère, et nous en sommes capables, car nous disposons de bons outils pour y parvenir. Mais parallèlement, il est également nécessaire de s'attaquer aux questions de résilience et d'adaptation au changement climatique. Cela devient plus urgent chaque année; c'est pourquoi nous avons inscrit dans la stratégie du FiBL notre volonté d'aborder à l'avenir de manière ciblée et combinée la protection du climat et la résilience climatique.

Où vois-tu les principales lacunes en matière de résilience climatique dans le secteur agricole et agroalimentaire suisse?

Quand on parle de «plus grandes lacunes», cela suggère un peu qu'il existe deux ou trois leviers sur lesquels on peut agir pour améliorer la situation. Mais il est important de renforcer l'ensemble du système. Par exemple, grâce à la formation d'humus, à la culture de cultures intermédiaires, à l'élargissement des rotations culturales, à une utilisation efficace de l'eau ou à la promotion de la biodiversité. Mais pour moi, renforcer le système signifie aussi renforcer les exploitations et leur solidité économique. Nous voulons leur donner les moyens de faire face à cette incertitude supplémentaire. La résilience climatique est étroitement liée à la diversité. En matière d'agroforesterie notamment, nous observons en Suisse de très bons exemples qui le confirment. Nous devons également nous pencher sur les chaînes d'approvisionnement, dans lesquelles la dimension régionale doit jouer un rôle plus important. Donc, encore une fois, pour accroître la résilience climatique, nous devons adopter une approche systémique.

Quels sont donc les principaux axes d'action pour la recherche et le conseil du FiBL?

On parle beaucoup de sélection et de choix des variétés, ce qui restera certainement central. Mais la question est aussi de savoir comment aborder la protection des cultures et la gestion des engrais. Comment protéger les cultures et les animaux de la chaleur? Comment sélectionner des plantes et des animaux mieux adaptés aux températures élevées? Au FiBL, nous avons décidé de traiter la résilience climatique comme un thème transversal. C'est-à-dire que, chaque fois que cela s'impose, nous nous demanderons toujours quels seraient les effets de conditions climatiques différentes. Le deuxième point qui sera certainement très important pour nous: nos collègues du FiBL en France travaillent aujourd'hui à Eurre, dans le sud de la France, dans des conditions climatiques similaires à celles attendues à l'avenir en Suisse. Nous souhaitons exploiter encore davantage les expériences des chercheurs, mais aussi des agriculteurs de cette région, dans le cadre de notre travail.

Cet été, par exemple, nous constatons également les limites de l'agriculture biologique autonome en matière d'alimentation animale. Dans ces conditions plus difficiles, faut-il s'ouvrir au reste de l'agriculture, ou vois-tu d'autres conséquences découlant des événements de ces derniers mois?

Pour Bio Suisse, il s'agit de souligner la grande crédibilité du label «Bourgeon» et de ses exigences. Je trouve compréhensible et juste que la Fédération réagisse à la situation actuelle et autorise temporairement l'achat d'aliments pour animaux importés et conventionnels provenant des prairies. Dans le même temps, l'exigence demeure: là où il est écrit «bio», le contenu doit être bio et l'alimentation des animaux doit être conforme. C'est tout à fait possible, mais il faut développer ces systèmes de production en conséquence. Ce que cet été montre également, c'est que la coopération entre les exploitations gagne en importance, notamment parce que l'impact varie considérablement d'une région à l'autre. 

La crédibilité du bio n'est-elle pas remise en cause lorsque du lait bio est soudainement produit à partir de fourrage conventionnel, simplement parce qu'il a fait chaud?

Nous avons des principes et des règles que nous devons mettre en œuvre et interpréter dans la pratique. Je considère qu'il est nécessaire de faire preuve de souplesse dans une situation exceptionnelle. Mais nous devons également tenir compte de la réaction en chaîne: les agriculteurs bio achètent des aliments conventionnels, tandis que les agriculteurs conventionnels et bio en Suisse achètent des aliments dans les pays voisins. Au bout de la chaîne, certaines exploitations ne pourront pas se le permettre et devront fermer leurs portes. Mais revenons au bio: le secteur suisse a longuement débattu de l'alimentation animale, et il ne faut pas remettre fondamentalement en cause les directives qui ont été renforcées ces dernières années.

Mais que se passera-t-il si un été comme celui-ci se reproduit? Y aura-t-il à nouveau des dérogations?

Oui, ou bien nous engageons dès maintenant le dialogue avec le secteur agricole et nous lui demandons: comment est-il possible d'obtenir un rendement suffisant des prairies dans de nouvelles conditions climatiques? 

Qu'est-ce que cela signifie pour le travail du FiBL?

Les rotations culturales et la tolérance à la sécheresse vont évoluer; d'autres variétés deviendront économiquement plus intéressantes qu'aujourd'hui. Nous devons dès maintenant faire évoluer les systèmes de production. Et il est essentiel de diffuser les informations disponibles; c'est particulièrement important ici, et c'est ce que font déjà les experts du FiBL. 

L'agriculture biologique sortira-t-elle renforcée de la crise ou sera-t-elle constamment contrainte de se justifier au cours des prochaines années?

L'idée fondamentale de l'agriculture biologique est justement d'atteindre une stabilité systémique aussi élevée que possible, et c'est exactement ce qu'on attend aujourd'hui. Si l'on prend l'exemple des animaux, il ne s'agit pas seulement d'avoir dans les exploitations des animaux qui se distinguent par un rendement particulièrement élevé, mais aussi qu'ils soient robustes. Il en va de même pour la culture végétale. Ce sont là les éléments fondamentaux de l'agriculture biologique. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on constate que de nombreux agriculteurs conventionnels s'intéressent aux pratiques biologiques. À cet égard, je considère que l'attrait de l'agriculture biologique s'en trouve renforcé.

Propos recueillis par Adrian Krebs, FiBL

Pour en savoir plus

Voix du climat (FiBL.org)

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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