Un compost contenant seulement 40 % de fumier peut assurer une croissance végétale comparable à celle obtenue avec un compost composé exclusivement de fumier. C'est l'un des résultats les plus remarquable du projet Compost & Résilience, conduit par le FiBL France dans la vallée de la Drôme. Dans un contexte où les matières organiques de qualité, et notamment les effluents d'élevage, sont de plus en plus convoitées, cette observation ouvre des perspectives pour les exploitations agricoles qui disposent de quantités limitées de fumier.
L'étude visait précisément à déterminer dans quelle mesure la composition des composts influence leurs effets sur le sol et le développement des plantes. Les chercheurs ont produit une quinzaine de composts à partir de trois matières premières représentatives des ressources disponibles dans la région : déchets verts, fumier ovin et paille de lavande. Différents mélanges ont été réalisés, puis incorporés à un sol dans le cadre d'une expérimentation en laboratoire.
L'intérêt du co-compostage confirmé
Après deux mois, les analyses ont mis en évidence des différences significatives selon la composition des composts. Les produits constitués exclusivement de matières fortement carbonées, comme les déchets verts ou la paille de lavande, avec un rapport carbone/azote (C/N) supérieur à 30, ont stimulé l'activité microbienne, mais limité le développement végétal par rapport au compost de fumier ovin.
À l'inverse, l'incorporation de fumier dans les mélanges a permis de maintenir une croissance végétale satisfaisante. Avec une proportion de 40 % de fumier, celle-ci ne présentait plus de différence statistiquement significative par rapport au compost composé uniquement de fumier.
Ces résultats soulignent l'intérêt du co-compostage, qui consiste à associer plusieurs matières organiques pour obtenir un produit répondant mieux aux besoins agronomiques. Ils montrent également qu'un compost stimulant fortement l'activité biologique du sol n'est pas nécessairement celui qui favorise le mieux la croissance des plantes à court terme.
La paille de lavande valorisée grâce au fumier
L'intérêt de cette approche a également été observé sur le terrain, dans le Diois, sur la commune de Chamaloc. Une plateforme de compostage disposant de grandes quantités de paille de lavande a servi de cadre à un essai de co-compostage.
Cette matière, réputée difficile à composter, a été associée à du fumier de volaille, ajouté en cours de processus pour apporter de l'azote. L'expérience a permis d'améliorer sensiblement la qualité du compost final, mais aussi de réduire le temps nécessaire à sa transformation.
Cet essai illustre les possibilités de valorisation de résidus agricoles locaux qui, utilisés seuls, présentent des limites pour le compostage. L'association de matières aux caractéristiques complémentaires peut ainsi faciliter leur dégradation et permettre de produire des amendements mieux adaptés aux besoins des cultures.
Des pratiques encore insuffisamment maîtrisées
Au-delà de ces expérimentations, le projet cherchait à mieux comprendre la place du compost dans les exploitations de la Biovallée. Pour cela, le FiBL France a réalisé des entretiens auprès de 23 agriculteurs et agricultrices afin de documenter leurs pratiques, leurs attentes et les difficultés rencontrées dans la production de compost à la ferme.
Les enquêtes révèlent un intérêt marqué pour le compostage, mais également un décalage entre les intentions et les pratiques. Faute de temps et de moyens, les exploitant·es ne parviennent pas toujours à suivre suffisamment le processus pour obtenir un produit de qualité optimale.
Plusieurs leviers ont été identifiés. Le suivi des paramètres de compostage, notamment les retournements et la protection des tas par bâchage, permettrait ainsi d'améliorer la vitesse de dégradation et la stabilisation des matières, tout en limitant les pertes d'éléments fertilisants.
Enfin, il s'agit aussi d'adapter ses caractéristiques à l'utilisation prévue sur l'exploitation. Selon que l'objectif est de fournir des éléments nutritifs aux cultures ou de contribuer au stockage de la matière organique du sol, les matières premières et la conduite du compostage peuvent être ajustées.
Vers des essais en plein champ
Le projet Compost & Résilience du FIBL France met ainsi en évidence deux enjeux complémentaires : mieux maîtriser les processus de compostage à la ferme et tirer parti des ressources organiques disponibles localement, en associant des matières aux propriétés différentes.
Les résultats obtenus en laboratoire sont encourageants, mais demandent encore à être confirmés en conditions réelles. Les chercheurs envisagent donc de poursuivre les travaux par des essais en plein champ, afin d'évaluer la qualité des composts issus de différents mélanges et leurs effets sur la santé des sols.
À l'heure où la disponibilité des engrais organiques constitue un enjeu croissant pour les exploitations, notamment en agriculture biologique, ces travaux rappellent que l'efficacité d'un compost dépend autant de la nature des matières utilisées que de la manière dont elles sont transformées.
Lucas Petit, FiBL France
Cet article est paru dans l'édition du 30 octobre 2026 du Journal AgriHebdo.
