Ce site web ne supporte plus Internet Explorer 11. Veuillez utiliser un navigateur plus récent tel que Firefox, Chrome pour un meilleur affichage et une meilleure utilisation.
FiBL
Bio Suisse
Logo
La plateforme des agriculteurs et agricultrices bio

Des résultats prometteurs pour le blé associé aux légumineuses

Nouvelle  | 

Jusqu’à trois points de protéines supplémentaires dans le blé, moins d’adventices et une pression réduite des maladies foliaires: après trois années d’essais, les cultures associées céréales et légumineuses présentent des résultats encourageants pour le FiBL, confirmant ainsi leur potentiel en agriculture bio, y compris dans des conditions climatiques contrastées.

Trois campagnes et des météos radicalement différentes, mais des tendances qui se confirment. De 2024 à 2026, le FiBL a testé des associations de blé avec du pois ou de la féverole à la station expérimentale de Grange-Verney, ainsi que dans plusieurs fermes de Suisse romande. À l'heure de tirer le bilan du projet international IntercropValues, les résultats suisses mettent en évidence plusieurs bénéfices particulièrement intéressants pour l'agriculture biologique.

Le résultat le plus marquant concerne la qualité du blé. Les analyses montrent que les céréales cultivées en association présentent des teneurs en protéines équivalentes, voire supérieures, à celles obtenues en culture pure. Même lorsque celles-ci sont déjà satisfaisantes, l'association peut encore améliorer la qualité du grain. Dans certains essais associant blé et féverole, le gain atteint jusqu'à trois points de protéines – une différence susceptible de faire franchir au blé des seuils de qualité déterminants pour sa valorisation et sa rémunération.

L'azote mieux valorisé

Cette amélioration repose sur la complémentarité entre les deux cultures. La légumineuse, capable de fixer l'azote atmosphérique, dépend moins des réserves d'azote minéral du sol. Elle n'entre donc pas en concurrence avec le blé pour cette ressource. Celui-ci peut en disposer davantage, notamment lors du remplissage du grain, une phase déterminante pour sa teneur en protéines.

Un résultat particulièrement intéressant dans des systèmes biologiques où l'azote est une ressource précieuse et où son utilisation efficiente constitue un enjeu agronomique majeur.

Moins d'adventices et de maladies

Mais l'intérêt des associations ne s'arrête pas à la qualité des grains. Trois années d'observations au champ confirment également une réduction de la pression des adventices. En occupant plus rapidement et plus complètement l'espace, les deux espèces laissent moins de place aux plantes indésirables. Un avantage de taille en agriculture biologique, où la maîtrise des adventices demeure l'un des principaux défis techniques.

Autre signal encourageant: les maladies foliaires du blé ont elles aussi été moins présentes dans les associations. La diversification des plantes sur une même parcelle semble ainsi contribuer à limiter plusieurs pressions auxquelles une culture pure est davantage exposée.

Les rendements s'en ressentent

Les essais montrent également une meilleure stabilité globale des associations. Le principe est simple: lorsque l'une des deux espèces souffre, l'autre peut en partie prendre le relais. Cette complémentarité a pu être observée dans des conditions météorologiques particulièrement contrastées.

En 2024, un printemps très humide avait favorisé le développement de la féverole et permis d'obtenir de bons rendements pour les deux cultures. En 2026, à l'inverse, la chaleur et la sécheresse ont fortement pénalisé la légumineuse. Outre le fait d'éviter l'absence de récolte, l'association a permis au blé associé de conserver une teneur en protéines permettant sa valorisation en panification.

Cette capacité de compensation constitue l'un des principaux enseignements des trois campagnes: l'association ne garantit pas que chaque espèce produira davantage, mais elle peut rendre le système dans son ensemble plus robuste face aux aléas climatiques ou sanitaires.

Les essais ont enfin montré que l'apport d'azote n'améliore pas systématiquement le rendement des associations. Son effet varie selon les situations et la légumineuse utilisée. À l'échelle du mélange, le rendement total est globalement peu influencé par la fertilisation azotée. Celle-ci n'a pas non plus montré d'effet direct sur la teneur en protéines du blé associé au pois ou à la féverole.

Du champ à l'assiette

Tout n'est toutefois pas si simple. Les résultats montrent que le choix des variétés, les densités de semis et les conditions pédoclimatiques jouent un rôle déterminant. La hausse de la teneur en protéines peut aussi s'accompagner d'une diminution de la taille et de la masse des grains de blé.

La récolte et surtout le tri constituent également des étapes décisives. Produire deux espèces simultanément ne doit pas empêcher la valorisation de chacune d'entre elles aux meilleures conditions, idéalement pour l'alimentation humaine. Cela nécessite du matériel, du savoir-faire et une bonne maîtrise de la séparation des grains.

Les expériences menées avec des producteurs biologiques vaudois montrent néanmoins que l'équation peut fonctionner: une même parcelle peut fournir à la fois du blé de qualité panifiable et une légumineuse destinée à l'alimentation humaine. Deux productions commercialisables issues d'une même surface, avec à la clé une diversification des débouchés et des risques pour l'exploitation.

Après trois années d'expérimentation, le projet IntercropValues ne livre donc pas une recette universelle, mais un faisceau de résultats convergents. Meilleure valorisation de l'azote, teneurs en protéines encourageantes, moindre pression des adventices et des maladies foliaires, stabilité accrue face aux aléas: les associations céréales-légumineuses disposent de sérieux arguments. Pour le FiBL, ces résultats ouvrent désormais la voie à l'affinement des itinéraires techniques et au développement de filières capables de valoriser simultanément les deux récoltes.

Ludivine Nicod, FiBL

Cet article est paru dans l'édition du 04 septembre 2026 du journal AgriHebdo

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

Souhaitez-vous ajouter le site web à l'écran d'accueil ?
Souhaitez-vous ajouter le site web à l'écran d'accueil ?