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Préserver la tradition grâce à l’agrotourisme

Nouvelle  | 

Pour le projet européen FarmBioNet, l’équipe internationale du projet, qui comprend aussi le FiBL, s’est rendue en Toscane fin mai. Le but de l’excursion était de visiter des entreprises agricoles qui produisent des olives de manière traditionnelle. C’est en produisant une haute qualité et en pratiquant l’agrotourisme qu’elles atteignent une compensation financière pour ces méthodes qui donnent davantage de travail.

La Fattoria di Maiano propose des chambres d’hôtel dans le segment supérieur des prix avec libre accès au parc attenant. Photo: FiBL, Simona Moosmann

13 nations sont représentées au sein de l’équipe de projet de FarmBioNet. Le FiBL y participe avec ses sites d’Allemagne et de Suisse. Photo: Ena Stefanović, Foodscale Hub

Francesco Miari Fulcis, propriétaire de la Fattoria di Maiano, et Mauro Agnoletti, de la chaire du patrimoine mondial de l'UNESCO pour les paysages agricoles, ont expliqué les arrière-plans de la production d’olives de la Toscane. Photo: FiBL, Simona Moosmann

Sara Maltini, une collaboratrice de la Fattoria di Maiano, suit entre autres un projet sur la surveillance des insectes et effectue avec des classes d’écoles des journées d'éducation à l'environnement. Photo: FiBL, Simona Moosmann

Barbara Pastore guidant le groupe sur son domaine diversifié. Ses cultures principales sont les olives et le blé. Photo: FiBL, Simona Moosmann

Entre les oliviers poussent des mélanges de variétés de blé dur et de blé tendre. Frosini, du domaine Podere Montisi, cultive en outre dans sa rotation des cultures de la féverole, de l’épeautre, du lin et des plantes aromatiques. Photo: FiBL, Simona Moosmann

Federica Romano, coordinatrice de programmes pour la chaire de l’Unesco, a expliqué les contextes et les développements de la région. Photo: FiBL, Simona Moosmann

Le projet FarmBioNet est dédié aux mesures d'encouragement de la biodiversité dans l'agriculture. Autant les conditions préliminaires climatiques et sociales sont extrêmement différentes dans les 13 pays participants, autant les défis auxquels les agriculteurs·trices sont confronté·es pour harmoniser une production rentable avec la préservation de la biodiversité sont semblables.

Agriculture traditionnelle 

Dans les oliveraies extensives traditionnelles, les oliviers poussent à de larges intervalles (p. ex. 6x6, 6x7 m ou plantations à distances irrégulières). La réflexion originale qu'il y a là derrière est l'utilisation de plusieurs strates superposées, a expliqué Francesco Miari Fulcis, le propriétaire de la Fattoria di Maiano près de Florence: «En haut les fruits, en bas le pâturage et entre les deux le bois d'olivier.»

La Fattoria di Maiano fait aussi pâturer des animaux, mais toutefois selon des combinaisons plutôt inhabituelles: On a pu y voir des ânes, des autruches, des bovins Dexter, des cochons Cinta-Senese et même des paons. «Nous avons des animaux pour avoir des engrais de ferme», a expliqué Miari Fulcis. Quelque 50 des plus de 300 hectares de surface agricole utile servent aussi, en plus de la production d'olives, de parc de loisirs et de ferme pédagogique ou de découverte dont la visite est payante. Les visiteurs·euses peuvent ensuite déguster les produits de la ferme dans son restaurant et en acheter dans son magasin.

Une récolte coûteuse 

«Il y a une forte pression sur le prix de l'huile d'olive», a expliqué Francesco Miari Fulcis. Ses 24 000 oliviers sont tous récoltés à la main. Vu qu'il y a des produits moins chers qui viennent de Grèce ou d'Espagne, la qualité joue un rôle très important. Et celle-ci le rend particulièrement fier: «Nous avons déjà gagné des prix à New York et à Tokyo». Le secret qui se cache derrière cette réussite est une récolte tardive et un mélange particulier de variétés.

«Il faut cependant savoir que, en Toscane, sa propre huile d'olive est toujours meilleure que celle des voisins», a complété en souriant Mauro Agnoletti, qui est titulaire de la chaire de l'Université de Florence pour le patrimoine mondial de l'UNESCO pour les paysages agricoles. «Et en même temps la création de coopératives est compliquée par le fait que les agriculteurs·trices ont de la peine à céder leurs olives pour remplir une même cuve.»

Une mouche dangereuse

Barbara Pastore et sa fille Anna Frosini, du domaine Podere Montisi, produisent elles aussi des olives dans un système extensif. Elles ont montré comment elles réagissent aux risques en recourant à des stratégies biologiques. La mouche de l'olive est crainte dans l'oléiculture car elle peut menacer la quantité et la qualité des récoltes. Pastore la combat avec un mélange de vinaigre et d'eau avec du pois chiche comme appât pour les pièges à mouches: «Je n'ai pratiquement plus de problèmes avec la mouche de l'olive depuis que j'utilise ce mélange», a-t-elle constaté. Sur ce domaine biodynamique au pied des Apennins, il pousse entre les oliviers les plantes et cultures les plus diverses. «L'inule visqueuse, Inula viscosa, héberge les antagonistes naturels de la mouche de l'olive», a-t-elle expliqué en disant que c'est un avantage supplémentaire de cette diversité.

Des céréales comme strate inférieure

Les avantages de la diversité se sont aussi révélés dans l'utilisation des surfaces entre les arbres. «Cultiver du blé comme strate inférieure a une longue tradition dans l'oléiculture», a mentionné Pastore. Cette agricultrice s'engage pour la préservation de la diversité des céréales et sème chaque année des mélanges de variétés de céréales qui se développent continuellement. Et en outre des bandes de blé dur et tendre s'alternent. «Cela rend la culture beaucoup plus résistante», a-t-elle expliqué. Alors que d'autres champs de céréales à longues tiges versent à cause des conditions météorologiques, les siennes restent debout. «Les racines et les tiges des différentes variétés croissent à des profondeurs et hauteurs différentes, ce qui leur permet de se soutenir mutuellement», explique Barbara Pastore à ce sujet.

L'agrotourisme est une source de revenus 

La grande quantité de travail nécessaire avec les systèmes oléicoles traditionnels n'en vaut la peine que grâce à la création de valeur supplémentaire sur place. «Ce sont la qualité particulière et l'agrotourisme qui rendent l'affaire économiquement intéressante», a affirmé clairement Francesco Miari Fulcis. Son agrotourisme de luxe lui permet d'attirer directement sur le domaine une clientèle qui a un bon pouvoir d'achat. Quant à lui, le domaine agricole Podere Montisi suit par contre un concept familial. Mais Barbara Pastore l'a aussi confirmé: «L'entreprise agricole ne fonctionne que grâce à l'agrotourisme.» Conjointement avec sa famille, elle fabrique une très grande diversité de produits à base de plantes aromatiques et propose des cours de cuisine. «Nous avons trouvé l'équilibre nécessaire: Nous produisons des petites quantités et diversifions nos produits», a-t-elle dit à propos de sa stratégie.

L'exigence idéelle d'Anna Frosini et de Barbara Pastore est élevée: Elles réalisent des projets agroécologiques, lancent des actions d'éducation à l'environnement et s'engagent pour la préservation du paysage agricole traditionnel de la Toscane. Et les personnes intéressées ont en outre la possibilité de conclure des parrainages pour des oliviers.

Francesco Miari Fulcis a cependant précisé clairement que «toutes ces activités servent à la poursuite du développement de l'agriculture». Sa famille s'est décidée pour ce système extensif et a développé toute sa filière de création de valeur en fonction de cette stratégie. «Grâce à cela nous contrôlons toutes les étapes nous-mêmes et nous restons indépendants», a-t-il résumé pour conclure.

Un succès avec des ombres au tableau

La Toscane est une des régions touristiques les plus attractives d'Italie, et son paysage agricole unique en son genre contribue notoirement à son succès et à son attractivité, ce qui a aussi été confirmé par l'UNESCO et le ministère italien de l'agriculture. Ce succès a aussi ses ombres au tableau: «C'est un équilibre difficile à trouver», a expliqué Federica Romano, coordinatrice de programmes pour la chaire de l'Unesco: «Nous avons parfois même trop bien réussi à favoriser une région.» Cela devait permettre de conserver l'agriculture traditionnelle et d'ouvrir de nouveaux canaux d'écoulement, mais maintenant Florence étouffe dans le tourisme, et des villages ainsi que des régions viticoles sont achetés par des investisseur·euses. La conclusion de Mauro Agnoletti était que «Nous sommes devenus plus prudents quant au type et à la quantité de publicité nous faisons pour une région.»

La Fattoria di Maiano et le domaine agricole Podere Montisi ont toutefois trouvé dans l'agrotourisme et la diversification une possibilité de conserver la tradition des cultures d'oliviers. Cette dernière pourrait à l'avenir regagner en importance, comme l'a constaté Federica Romano: «Ces systèmes recèlent à la fois de la tradition et de l'innovation. Leur combinaison fournit des méthodes efficaces pour surmonter des défis actuels qui sont en relation avec le changement climatique, la sécurité alimentaire, des risques hydrogéologiques et la perte de biodiversité.»

Simona Moosmann, FiBL 

Pour en savoir plus 

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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