« La sécheresse persistante et les températures exceptionnellement élevées affectent fortement les cultures suisses de betteraves sucrières. En l'état actuel, il faut malheureusement s'attendre à ce que plusieurs centaines d'hectares ne puissent plus être transformés en sucre », indique un communiqué commun de la Fédération suisse des betteraviers, du Centre betteravier suisse et de Sucre Suisse SA.
Pas de solution biologique contre le charançon de la betterave
Selon un reportage de la SRF, les pertes devraient atteindre au moins 10 % pour les betteraves sucrières et 30 à 40 % pour les pommes de terre. D'après le communiqué de la filière sucrière, les premiers arrachages d'essai montrent qu'outre la sécheresse, le charançon de la betterave (Lixus juncii) provoque localement d'importants dégâts. La zone de production occidentale est particulièrement touchée.
« Alors qu'il n'existe que peu de mesures efficaces contre la sécheresse persistante, l'autorisation d'urgence accordée pour lutter contre le charançon de la betterave s'est avérée efficace », indique la filière. Cette autorisation ne concerne toutefois que l'agriculture conventionnelle. « Comme souvent avec les insectes ravageurs, nous ne disposons ici ni de méthode de lutte biologique ni de produit autorisé en bio », explique Raphaël Charles, responsable du département Suisse romande du FiBL.
Une prairie artificielle plutôt qu'une récolte trop risquée
Selon Raphaël Charles, le charançon présente un comportement particulièrement problématique lors des années chaudes et sèches. Lorsque les températures sont élevées et que le manque d'eau devient important, son activité se déplace du feuillage, qu'il perfore habituellement de manière intensive, vers la racine. Les larves peuvent alors y provoquer des pourritures. Un phénomène qui peut encore être favorisé par l'irrigation ou par le retour de pluies régulières. La Suisse romande est particulièrement concernée, le charançon y étant déjà nettement plus répandu que dans le centre et l'est du pays.
À Aubonne, au bord du Léman, Christian Streit a ainsi dû abandonner la totalité de ses sept hectares de betteraves, six semaines avant la récolte. À ses yeux, le risque était trop grand de payer le transport de ses betteraves bio jusqu'à Frauenfeld pour finalement les voir refusées à leur arrivée.
Il a depuis semé une prairie artificielle sur les parcelles concernées afin de produire du fourrage pour son troupeau de vaches allaitantes, qui redescendra bientôt de l'alpage. Les conséquences financières sont lourdes : Christian Streit estime ses coûts à quelque 10 000 francs par hectare, dont 5000 francs pour la seule plantation des betteraves.
Un manque à gagner de 140 000 francs et l'arrêt de la betterave
L'agriculteur doit désormais absorber 70 000 francs de frais de culture, auxquels s'ajoutent quelque 70 000 francs de recettes qui auraient dû provenir de la livraison des betteraves sucrières. Au total, la perte atteint donc environ 140 000 francs.
« Je ne pourrai plus assumer un tel risque à l'avenir. Je ne cultiverai donc plus de betteraves l'année prochaine », annonce l'agriculteur bio.
Une décision qui ne surprend pas Raphaël Charles : « La question est de savoir si, compte tenu du risque de sécheresse et de la pression du charançon, la plantation restera à l'avenir une option pour la majorité des producteurs et productrices. » Selon le chercheur du FiBL, il est également probable que beaucoup ne reviendront pas non plus au semis.
« Nous recommandons les légumineuses à graines destinées à l'alimentation animale »
Quelles cultures pourraient remplacer la betterave sucrière ? Interrogée à ce sujet, Bio Suisse souligne qu'il n'existe pas de réponse valable pour toutes les exploitations. Les conditions diffèrent fortement d'une ferme à l'autre, rappelle Camille Sammali, coresponsable des grandes cultures chez Bio Suisse. « Mais de manière générale, nous recommandons les légumineuses à graines destinées à l'alimentation animale », précise-t-elle.
Le soja fourrager, la féverole, le lupin et le pois protéagineux sont notamment toujours très recherchés. Les céréales panifiables ont elles aussi obtenu des rendements moyens à bons malgré les conditions sèches de cette année, sans toutefois atteindre tout à fait les résultats de l'excellente année 2025.
Pour les exploitations en reconversion, le blé panifiable – soumis à contrat et à des exigences supplémentaires concernant les variétés, les semences et les conditions de prise en charge – ou le blé fourrager peuvent également constituer des alternatives, selon Camille Sammali.
« Les deux dernières semaines ont fait mal »
La situation est nettement meilleure en Suisse orientale qu'en Suisse romande. Daniel Vetterli, qui exploite une ferme familiale à Rheinklingen, dans le canton de Thurgovie, estime qu'il devrait parvenir à couvrir ses coûts avec sa récolte de betteraves.
Les pertes sont néanmoins bien présentes : « Les deux dernières semaines ont vraiment fait mal », reconnaît-il. Dans l'ensemble, la situation reste toutefois supportable. Alors que les rendements atteignent habituellement 75 tonnes par hectare, il table cette année sur un maximum de 60 tonnes.
Un chiffre qui reste très supérieur aux perspectives romandes. « Je m'attends à des rendements allant de zéro à 40 tonnes par hectare dans le meilleur des cas », estime Raphaël Charles.
Respecter autant que possible les contrats de culture
La filière sucrière a entre-temps émis des recommandations concernant les parcelles fortement touchées. En principe, les contrats de livraison existants doivent être honorés. « Dans le même temps, la filière comprend que cela ne sera pas possible dans tous les cas compte tenu des conditions actuelles et que certaines parcelles ne pourront plus être récoltées en raison de dégâts trop importants », précise le communiqué.
Plusieurs cantons, dont Vaud et Genève, tiennent également compte de cette situation exceptionnelle : les contributions à des cultures particulières et les contributions au système de production sont maintenues pour les parcelles qui ne peuvent pas être récoltées.
Pour déterminer si les betteraves peuvent encore être transformées, il faut les couper. La filière fixe à 15 % la proportion maximale de pourriture humide admissible. « Pour ce faire, 100 betteraves par parcelle doivent être coupées en deux dans le sens de la longueur et contrôlées afin de détecter d'éventuelles pourritures au niveau du collet. Les parcelles présentant plus de 15 % de betteraves pourries peuvent être refusées par Sucre Suisse SA », précise la filière.
Avec une conséquence importante pour les producteurs et productrices : les frais occasionnés par un refus sont à leur charge.
Évaluer les dégâts et les annoncer
Tout abandon prématuré d'une culture doit impérativement être signalé par e-mail à Sucre Suisse SA afin de permettre l'adaptation de la planification de la campagne (rueben(at)zucker.ch). En cas de doute, le service extérieur de Sucre Suisse SA se tient à disposition des producteurs et productrices.
La filière rappelle par ailleurs que, lorsque les betteraves sont encore aptes à être transformées, leur livraison pour la production de sucre reste préférable à leur utilisation directe comme fourrage. Les pulpes issues de la transformation peuvent ensuite être valorisées dans l'alimentation animale, une solution économiquement plus intéressante pour l'ensemble des acteurs concernés.
Adrian Krebs, FiBL
Plus d'informations
Communiqué de la branche (presseportal.ch)
Le lixus de la betterave : un nouveau ravageur menace les cultures maraîchères (bioactualites.ch)
Fiche technique sur le lixus (agroscope.admin.ch)
