Selon les chiffres de la Confédération, la Suisse ne dispose de données qualitatives suffisantes que sur 13 pour cent environ des surfaces utiles agricoles. On manque en effet de connaissances détaillées sur la structure, les propriétés et les fonctions de la plupart des sols. Or, ces informations sont essentielles pour l'agriculture, l'aménagement du territoire, la protection des surfaces d'assolement et la gestion des risques naturels. La cartographie des sols à l'échelle nationale, en cours de préparation, vise à combler ces lacunes. Une tâche qui s'inscrit sur plusieurs générations et devrait prendre environ 20 ans selon l'Office fédéral de l'environnement.
Tous les sols ne se valent pas
Quelles sont les caractéristiques d'un sol sain? La réponse est complexe. Le projet de recherche européen «Benchmarks» étudie en détail cette question. «La surveillance conventionnelle des sols est généralement axée sur les paramètres physico-chimiques», déclare Sarah Symanczik, pédologue chercheuse au FiBL. Cette approche n'est toutefois pas suffisante pour évaluer la santé du sol.
En effet, les sols remplissent des fonctions variables selon le site et l'utilisation. En Suisse, un sol cultivé n'est pas confronté aux mêmes défis qu'un sol aride du sud de l'Europe. De même, un sol forestier est différent du sol d'une parcelle agricole ou d'une zone d'habitation.
D'où l'intérêt pour le projet européen de définir des paramètres appropriés pour évaluer la santé des sols dans les conditions les plus diverses. Outre des facteurs comme la texture ou le pH du sol, des indicateurs biologiques ont une importance croissante, notamment les vers de terre, les champignons et les bactéries, qui influencent des processus pédologiques majeurs tels que la minéralisation des nutriments.
La science participative peut-elle contribuer à la surveillance des sols?
Les programmes de surveillance des sols à grande échelle sont coûteux en temps et en ressources. Ils nécessitent l'excavation de profils pédologiques, le prélèvement d'échantillons et des analyses de laboratoire. En outre, bon nombre de régions n'ont pas les moyens financiers pour mener régulièrement des enquêtes. C'est dans ce contexte que le projet Benchmarks a testé une approche de science participative consistant à impliquer des volontaires dans des études scientifiques.
Dans le cadre de campagnes dites SoilBlitz, des classes scolaires, des étudiantes et étudiants ainsi que d'autres personnes intéressées ont réalisé elles-mêmes des analyses du sol rudimentaires. L'objectif était de déterminer si des enquêtes de ce type sont adaptées à la collecte de grandes quantités de données pour la surveillance des sols, tout en sensibilisant davantage à l'importance de la santé des sols.
Cinq tests simples directement au champ
Les personnes participantes ont sondé leur sol à l'aide d'un kit de test standardisé. Elles ont notamment relevé les informations suivantes:
- Type de sol
- Couverture végétale
- Vitesse d'infiltration
- Couleur du sol
- Présence de vers de terre
- Profondeur des racines
Les résultats ont été saisis dans l'application Soil Health Watch développée par Earthwatch, puis évalués. Les tests ont été conçus pour être faciles à réaliser sans matériel onéreux.
Ainsi, la vitesse d'infiltration fournit des indications sur la capacité de l'eau à pénétrer dans le sol et sur la présence éventuelle de tassements. La couleur du sol permet d'estimer sa teneur en humus. Les vers de terre, quant à eux, sont considérés comme des indicateurs importants de l'activité biologique et de la structure du sol.
Incertitudes sur les données
Les premières analyses montrent que les données recueillies grâce à la science participative sont parfois très variables. «Tirer des conclusions robustes et scientifiquement fiables s'avère beaucoup plus difficile que prévu», confie Sarah Symanczik.
Reste à savoir si de telles enquêtes pourront être utilisées à l'avenir pour une surveillance des sols généralisée. Sarah Symanczik dresse toutefois un constat important: selon elle, cette expérience montre où se situent les limites des méthodes simplifiées et quels indicateurs pourraient s'avérer mieux adaptés.
La sensibilisation: un atout majeur
En revanche, l'effet en termes de pédagogie et de sensibilisation s'est révélé particulièrement précieux. Un grand nombre de volontaires ont ainsi eu leur premier contact intentionnel avec le sol. Lors d'un SoilBlitz organisé à Frick avec des élèves du secondaire, «plusieurs jeunes qui n'avaient encore jamais eu de véritable contact avec le sol ont refusé au début de toucher un vers de terre», indique Sarah Symanczik. Pourtant, l'enthousiasme était encore palpable après les tests sur le terrain.
Or, c'est précisément l'un des atouts majeurs de la science participative: en s'intéressant activement au sol, les gens prennent conscience que celui-ci est bien plus que le simple milieu dans lequel poussent les plantes.
Un intérêt pour les exploitations également
Les agricultrices et agriculteurs peuvent également bénéficier des méthodes utilisées dans le cadre des SoilBlitz. Certes, ces tests rudimentaires ne remplacent pas une cartographie du sol professionnelle ni une analyse de laboratoire. Toutefois, elles permettent d'avoir une idée de l'état du sol sur ses propres parcelles.
En effectuant un décompte régulier des vers de terre, en examinant l'infiltration de l'eau ou en observant la couverture végétale, on obtient des renseignements précieux sur les tassements, les risques d'érosion ou l'activité biologique du sol. Ces observations peuvent conduire les exploitantes et exploitants à s'interroger sur leurs méthodes d'exploitation et à suivre l'évolution de leur sol à long terme.
Corinne Obrist, FiBL
Pour en savoir plus
Guide méthodologique SoilBlitz (1.1 MB) (en allemand)
Soil Health Benchmarks (soilhealthbenchmarks.eu)
Qualité du sol (rubrique Cultures)
