Sortir davantage, mais sans se réinfecter en permanence : c'est tout l'enjeu de la gestion des parasites chez les volailles élevées en plein air. Les poules ayant accès à un pâturage sont davantage exposées aux vers de type Ascaridae. Leurs œufs peuvent en effet survivre plusieurs années dans le sol, même en l'absence de volailles. Avec un accès quotidien obligatoire à l'extérieur en agriculture biologique, les animaux retrouvent donc régulièrement des zones potentiellement contaminées.
Au FiBL, les recherches menées sur l'utilisation des parcours ouvrent une piste particulièrement intéressante : mieux répartir les animaux sur la surface disponible pour éviter les fortes concentrations de fientes – et donc de parasites – à proximité du poulailler. Haies, buissons, arbres ou cultures peuvent inciter les poules à explorer davantage leur parcours. L'agroforesterie devient ainsi un véritable outil de gestion sanitaire.
Les traitements ne règlent pas tout
Plusieurs stratégies ont été étudiées pour limiter le parasitisme. En agriculture biologique, les vermifuges sont autorisés, mais leur utilisation doit rester un dernier recours lorsque la santé ou les performances des animaux sont affectées.
Des alternatives à base de plantes ont également été testées. Certaines espèces riches en tanins ou autres métabolites secondaires – thym, tanaisie, ail, lavande, chêne, châtaignier, sainfoin, lotier, chicorée ou plantain – peuvent contribuer à freiner l'augmentation de l'infestation lorsqu'elles sont intégrées à l'alimentation. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, d'éliminer le problème.
Il faut donc agir aussi sur le milieu dans lequel évoluent les volailles.
Faire tourner les parcours
La gestion du pâturage constitue un premier levier. Si la tonte ne permet pas de réduire significativement la quantité d'œufs présents dans le sol, la rotation des parcours peut en revanche limiter les réinfestations.
Autour des poulaillers fixes, la surface disponible est généralement délimitée de manière permanente. Les normes exigent que les poules aient accès en permanence à au moins 70 % du parcours, ce qui laisse la possibilité de mettre temporairement au repos les 30 % restants. Des interruptions d'un mois entre deux passages d'animaux peuvent contribuer à assainir ces surfaces.
Pour les poulaillers mobiles, les normes de Bio Suisse imposent au minimum six déplacements par année. Les volailles accèdent ainsi régulièrement à des surfaces nouvelles, présentant une charge parasitaire plus faible.
Mieux répartir les poules
Mais lorsque la rotation est difficile, une autre stratégie consiste à mieux « diluer » la présence des animaux. Les volailles excrètent là où elles se trouvent : plus elles se concentrent dans une zone, plus les fientes – et avec elles les éléments parasitaires – s'y accumulent. Encourager les poules à explorer l'ensemble du parcours permet donc de réduire cette concentration.
Les travaux du FiBL montrent que la présence de structures sur le parcours ne conduit pas forcément les poules à passer davantage de temps dehors, mais qu'elle améliore leur répartition dans l'espace. Elles semblent notamment privilégier les aménagements variés et naturels : buissons, arbres ou encore cultures semées durant l'été.
À l'inverse, dans un parcours dépourvu de structures attractives, les animaux ont tendance à rester à proximité des sorties du poulailler. Le sol y est alors rapidement dégradé : disparition du couvert végétal, accumulation de fientes, trous creusés par les poules et formation de petites mares. Autant de conditions susceptibles de favoriser la persistance et la transmission de parasites internes.
L'agroforesterie permet précisément de rompre cette concentration en rendant l'ensemble du parcours plus attractif.
Des arbres, des haies et des ressources à explorer
Ce comportement n'a rien d'étonnant. La poule domestique descend d'un animal évoluant dans des milieux forestiers : elle recherche naturellement des espaces couverts et riches en refuges, tout en évitant les végétations trop hautes qui entravent ses déplacements et sa fuite.
L'aménagement peut donc commencer dès la sortie du poulailler. Des haies basses formant des couloirs peuvent guider les animaux vers le fond du parcours, où des structures plus hautes – notamment des arbres fruitiers de différentes tailles – les incitent à poursuivre leur exploration.
Certaines des plantes étudiées pour leurs tanins et leurs métabolites secondaires peuvent également être implantées directement sur le parcours. Elles constituent alors une ressource supplémentaire pour les animaux et multiplient les possibilités d'occupation, réduisant d'autant la pression exercée sur certaines zones du sol.
Les synergies peuvent aller encore plus loin dans un système agroforestier associant volailles et arbres fruitiers. Les poules consomment les fruits tombés au sol ainsi que certaines larves d'insectes ravageurs qui hivernent dans le sol ou les écorces.
Diversifier un parcours avicole ne consiste donc pas seulement à offrir de l'ombre ou des abris aux volailles. C'est aussi une manière de repenser la gestion sanitaire du troupeau. En combinant végétation, meilleure répartition des animaux et rotations lorsque celles-ci sont possibles, l'agroforesterie offre un levier supplémentaire pour limiter la pression parasitaire tout en améliorant la qualité des parcours.
Claire Bonnefous et Nathaniel Schmid, FiBL
Cet article a fait l'objet d'une parution l'édition de l'hebdomadaire AgriHebdo du 21 août 2026.
Plus d'informations
Contrôle des endoparasites chez les poules pondeuses (531.9 KB)(fiche technique FiBL)
Les oeufs d'ascaris survivent jusqu'à trois ans-et-demi dans la terre (193.2 KB) (article Aviculture Suisse)
Un délai d'attente pour les oeufs bio après la vermifugation ? (96.2 KB) (article Aviculture Suisse)
