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Sécheresse dans les prairies: recommandations pratiques

Nouvelle  | 

L’année en cours a montré de manière impressionnante à quel point des périodes de sécheresse prolongées peuvent affecter la production de fourrage. Dans de nombreuses régions, l’absence de précipitations pendant les mois d’été a empêché la réalisation de plusieurs coupes. Sur de nombreux sites, la croissance s’est même arrêtée pendant plusieurs semaines. Dans les situations les plus extrêmes, certaines surfaces pourraient subir des pertes totales. Des études révèlent cependant que de nombreuses zones peuvent se rétablir étonnamment bien après une période de sécheresse, à condition d’être gérées correctement. Les expériences de cette année soulignent donc l’importance d’une gestion adaptée pendant et après les périodes de sécheresse.

Si toutes les pousses sont brunes et desséchées, la plante est considérée comme morte et ne repoussera plus. Photo:HAFL/AGFF, Beat Reidy

Bien que l'année en cours soit marquée par une forte sécheresse dans de nombreuses régions, ses conséquences ne peuvent pas être généralisées. La réaction des cultures diffère considérablement selon la composition des espèces, l'intensité d'exploitation et les conditions locales. La capacité de rétention d'eau du sol et la composition des espèces déterminent notamment dans quelle mesure les périodes de sécheresse affectent le rendement. L'effet direct le plus important est une diminution du rendement, accompagnée d'un creux estival plus marqué, les pertes pouvant toutefois être partiellement compensées par une reprise de croissance en automne.

Comment les différentes espèces végétales réagissent-elles?

Les légumineuses sont souvent plus résistantes

Lors d'essais au cours desquels les cultures n'ont reçu aucune précipitation pendant deux mois, les espèces fourragères ont réagi de manière très différente. Le ray-grass anglais a enregistré des pertes de rendement d'environ 70 %, tandis que le trèfle blanc et le trèfle rouge ont subi des pertes nettement moins importantes. Les légumineuses se montrent plus résistantes au stress hydrique que de nombreuses graminées. Les légumineuses à enracinement profond comme la luzerne, la sainfoin et le trèfle rouge sont particulièrement résistantes à la sécheresse. Ces espèces peuvent puiser l'eau dans les couches plus profondes du sol et mieux surmonter les périodes de sécheresse. En revanche, la luzerne et le sainfoin réagissent de manière sensible à l'eau stagnante et aux conditions très humides.

Ces graminées sont considérées comme résistantes à la sécheresse

Parmi les graminées, la fétuque élevée et, dans une moindre mesure, le dactyle pelotonné et le vulpin des prés sont considérés comme tolérants à la sécheresse. La fétuque élevée, grâce à son système racinaire profond, peut relativement bien valoriser ses atouts en conditions sèches. Plusieurs variétés issues de la sélection sont désormais disponibles et présentent des feuilles nettement plus fines que les écotypes fréquemment rencontrés dans les prairies extensives. Elles sont utilisées dans les mélanges standards SM442 et SM462.

Les pâturages se rétablissent rapidement

Les essais révèlent également que les pâturages se rétablissent souvent rapidement après une période de sécheresse. Après la reprise des précipitations, le ray-grass anglais a ainsi présenté un fort effet de compensation au cours d'une phase de récupération de six semaines, atteignant parfois des rendements environ 70 % supérieurs à ceux des cultures témoins non soumises à un stress hydrique important. L'une des principales raisons réside dans l'équilibre de l'azote du sol. Pendant les périodes de sécheresse, l'azote n'est disponible qu'en quantité limitée pour les plantes. Après le retour des précipitations, on assiste souvent à une forte poussée de minéralisation. La disponibilité de l'azote peut alors être multipliée par quatre et stimuler fortement la croissance des graminées.

Pendant les périodes de sécheresse

Renoncer à la fertilisation

Les engrais azotés ne devraient pas être appliqués pendant les périodes de sécheresse. Les plantes peuvent à peine absorber l'azote, ce qui limite fortement les effets. Après la sécheresse, le sol contient souvent déjà une grande quantité d'azote disponible pour les plantes.

Éviter la surexploitation

La résistance à la sécheresse commence par une gestion adaptée des cultures. Une exploitation fréquente et intensive affaiblit les plantes  long terme. Lorsque les cultures sont régulièrement surexploitées, les plantes consacrent moins d'énergie à la croissance de leurs racines. Le système racinaire se réduit et la résistance à la sécheresse diminue. De plus, les espèces fourragères de qualité sont progressivement remplacées par des espèces moins intéressantes. Il reste souvent des graminées feutrées peu productives, qui s'enracinent superficiellement et sont donc sensibles à la sécheresse.

En revanche, certaines graminées comme le dactyle pelotonné ou la fétuque élevée restent productives plus longtemps et poursuivent leur croissance même en conditions sèches. De plus, le stress hydrique peut entraîner l'apparition de lacunes dans la culture, qui risquent ensuite d'être colonisées par des mauvaises herbes. Des essais menés à l'Alp La Frétaz (1'200 m d'altitude) ont montré des pertes nettement plus élevées lors d'une sécheresse estivale simulée de douze semaines en cas d'exploitation intensive. Sur les pâturages, les pertes de rendement ont atteint jusqu'à 50 %. Ces résultats soulignent l'importance d'une exploitation modérée pendant les périodes de sécheresse.

Recommandations pratiques pendant les périodes de sécheresse

  • Réduire au maximum ou suspendre complètement l'exploitation
  • Renoncer à la fertilisation et à l'utilisation d'une herse étrille
  • Augmenter la hauteur de coupe
  • Éviter le surpâturage
  • Laisser suffisamment de végétation résiduelle afin d'ombrager les bourgeons végétatifs et d'éviter qu'ils ne surchauffent ou ne meurent

Plus d'informations dans la vidéo «Umgang mit Trockenheit im Naturfutterbau» de l'AGFF (Youtube, en allemand, sous-titres en français disponibles)

Autres mesures pendant une période de sécheresse

  • Nourrir les animaux de manière ciblée
  • Selon la situation, il est plus judicieux de nourrir les animaux à l'étable afin de préserver les prairies
  • Planifier suffisamment les achats de fourrage
  • Ajuster l'intensité des pâturages
  • Prévoir du maïs sur pied comme réserve de secours (en cas de besoin, il peut être récolté et distribué en vert pour pallier les pénuries de fourrage à la fin de l'été)

Que faire après une période de sécheresse ?

Effectuer un sursemis ou un semis complémentaire seulement après un véritable changement de météo

Un sursemis ou un semis complémentaire réalisé dans des conditions trop sèches ou après de faibles précipitations seulement augmente le risque d'une levée irrégulière. Dans le pire des cas, les espèces semées germent grâce à l'humidité résiduelle du sol avant de dépérir à nouveau en raison du manque d'eau. C'est pourquoi les semis ne devraient avoir lieu que lorsque le sol contient suffisamment d'humidité ou qu'un changement de météo durable est clairement annoncé. À partir de mi-août, les nuits sont déjà généralement plus fraîches et la rosée du matin contribue également à limiter le dessèchement. 

Le sursemis est-il vraiment nécessaire ?

En raison du manque de précipitations et des températures élevées de ces dernières semaines, les cultures situées sur les sites particulièrement exposés peuvent avoir complètement dépéri. Pour vérifier si les plantes sont encore capables de repousser, il est conseillé de déterrer les chaumes et de contrôler la présence de pousses encore vertes. Si toutes les pousses sont brunes et desséchées, on peut supposer que les plantes sont mortes et ne repousseront plus (voir image).

Lorsque ce phénomène touche une grande partie de la surface, il convient d'envisager un sursemis ou un nouveau semis, faute de quoi des espèces indésirables risquent rapidement de se propager. En raison de l'exploitation intensive des prairies, les réserves de graines présentes dans le sol sont généralement insuffisantes pour permettre une régénération naturelle. La situation est différente dans les prairies exploitées de manière extensive, où les cultures plus riches en espèces peuvent se régénérer naturellement grâce à une première utilisation plus tardive. Un sursemis ne devrait guère être nécessaire dans ce cas.

Compenser le manque de fourrage

Fourrages intermédiaires pour l'automne

Les exploitations ayant la possibilité de cultiver des fourrages intermédiaires peuvent compenser une partie du manque de fourrage à l'automne avec un peu de chance. Pour ce faire, il est possible d'utiliser des mélanges à croissance rapide et tolérants aux semis tardifs, tels que le ray-grass de Westerwold associé au trèfle d'Alexandrie et au trèfle de Perse (SM 106), ou encore un mélange d'avoine, de vesce et de pois (SM 101). Pour un semis réalisé jusqu'à la mi-août, on peut espérer un potentiel de rendement d'environ 30 dt/ha. Ces fourrages intermédiaires ont cependant un point commun: leur qualité n'est pas particulièrement élevée et leur conservation (ensilage) est très difficile en automne en raison de leur forte teneur en eau. Ils sont donc principalement destinés à être pâturés ou distribués en vert. 

Comme solution de dernier recours pour des semis tardifs jusqu'à début septembre, il est possible de semer du seigle à faucher vert. Il faut noter ici que ce fourrage est relativement riche en fibres et que le seigle ne gèle pas en hiver. 

Si les conditions le permettent, les mélanges d'hiver peuvent également être intéressants afin de disposer au printemps de fourrage supplémentaire avant l'implantation d'une culture de printemps. Une autre option consiste à semer sur certaines surfaces un mélange destiné à l'ensilage de plantes entières, avec un sous-semis d'un mélange de trèfle et de graminées d'hiver. Cette méthode permet d'obtenir un rendement plus élevé en matière sèche au printemps, tandis que le sous-semis de trèfle et de graminées peut déjà s'implanter à l'ombre du mélange principal.

Navets fourragers

Les navets constituent une solution plus extrême pour les exploitations disposant de possibilités de pâturage. Des essais réalisés il y a quelques années à la HAFL ont montré que les navets semés au printemps présentent, lorsqu'ils sont semés jusqu'à la mi-août, le potentiel de rendement le plus élevé parmi tous les fourrages intermédiaires. Après la formation du corps du navet, les animaux peuvent, après une période d'acclimatation, consommer aussi bien les feuilles que le navet. Les surfaces sont exploitées de préférence sous forme de petites parcelles de pâturage. Des conditions humides à l'automne peuvent toutefois limiter la protection des sols, tandis que les souillures sur les animaux augmentent le risque de contamination du lait par des spores anaérobies. Les navets d'été et le colza fourrager peuvent également être utilisés comme fourrages intermédiaires. Comme pour les navets fourragers, il convient de noter que leur part dans la ration des vaches laitières devrait être limitée à 30 pour cent au maximum et que ces espèces ne sont pas compatibles avec le colza dans la rotation des cultures.

Lors de l'utilisation de tous ces fourrages intermédiaires, il faut également tenir compte du risque de ballonnement. 

Paille mélassée

Une autre approche pour faire face aux pénuries de fourrage consiste à utiliser de la paille mélassée. La paille étant de très bonne qualité cette année, une partie peut être spécifiquement conservée comme réserve de fourrage. La paille bio produite sur l'exploitation peut être valorisée avec de la mélasse de betterave sucrière et utilisée comme substitut de foin pour les bovins de pâturage pendant la phase d'alimentation progressive ou comme fourrage complémentaire durant la saison des pâturages. Cette méthode convient également aux exploitations laitières disposant de vaches taries et est déjà pratiquée dans certaines exploitations de vaches allaitantes. La condition préalable est toutefois de prévoir assez tôt une quantité suffisante de paille biologique comme réserve de fourrage.

Fertiliser très modérément les prairies et les pâturages

Différentes expériences menées ces dernières années ont montré qu'après de longues périodes de sécheresse, une grande quantité d'azote est minéralisée dans le sol dès la reprise de la croissance. Les surfaces devraient donc être fertilisées avec de l'engrais de ferme de manière très modérée après le début des précipitations, car les plantes peuvent très bien se contenter de l'azote présent dans le sol. Un apport supplémentaire d'azote risque d'augmenter encore la teneur en protéines brutes du fourrage, déjà élevée en automne. Il est donc préférable de réserver ce précieux engrais à d'autres cultures. 

Supprimer les inflorescences fanées

Avec sa profonde racine pivotante, le rumex se comporte comme un véritable survivant et reste bien visible sur les surfaces desséchées. Les tiges portant des graines doivent absolument être retirées avec précaution avant la maturité des graines et éliminées de manière appropriée. 

Autres mesures après une période de sécheresse

  • Faire preuve de patience et attendre la reprise naturelle.
  • Ne pas sursemer immédiatement. Attendre d'abord la reprise naturelle de la culture.
  • Effectuer un sursemis uniquement en cas de lacunes persistantes (plus de 15 % de surface du sol à nu). L'objectif est de favoriser les plantes fourragères souhaitées par rapport aux espèces indésirables comme le pissenlit, la capselle bourse-à-pasteur, le panic commun, la renouée bistorte ou les chardons. Avant le sursemis, le stigmate doit être intensément étrillé.
  • Régénérer de manière ciblée les cultures endommagées.
  • Le choix de la technique de sursemis mérite une attention particulière. Il peut être préférable de réaliser un semis directement avec un semoir adapté, avec un compactage optimal, plutôt que de simplement passer le rouleau. Le mot d'ordre est d'assurer un bon contact entre les graines et le sol. Ainsi, la faible humidité du sol peut être utilisée de manière optimale.

Stratégies à moyen et long terme

Face au changement climatique, l'adaptation aux périodes de sécheresse gagne en importance. Aujourd'hui déjà, le développement de la végétation commence plus tôt qu'il y a quelques décennies. La floraison du pissenlit intervient environ quatre à six jours plus tôt qu'il y a 20 ans en plaine et la première coupe a été avancée d'environ deux semaines. Dans le même temps, les régions situées à plus haute altitude pourraient à l'avenir bénéficier de périodes de végétation plus longues. Ces évolutions nécessitent une adaptation de la gestion des exploitations.

  • Adapter le système des pâturages (les pâturages tournants sont généralement mieux adaptés aux périodes de sécheresse que les pâturages sur gazon court).
  • Utiliser des mélanges tolérants à la sécheresse sur une partie des surfaces (règle empirique: un quart des prairies ensemencées)
  • Utiliser des cultures fourragères intermédiaires (avoine-vesce-pois, trèfle d'Alexandrie-trèfle de Perse et ray-grass, avoine des sables et trèfle d'Alexandrie, sorgho et moah avec des légumineuses (conservation exigeante, qualité de fourrage variable)
  • Sous-semis dans les céréales
  • Adapter la rotation des cultures ou la concevoir de manière à pouvoir bien planifier les sous-semis ou les cultures intermédiaires en cas de besoin
  • Constituer des réserves de fourrage
  • Adapter l'effectif des animaux au potentiel de production fourragère de l'exploitation

Les réserves de fourrage: une stratégie essentielle

L'AGFF recommande de disposer de réserves de fourrage d'au moins deux tonnes de matière sèche par hectare ou une tonne de matière sèche par UGB.

Lors des années favorables, les excédents devraient être stockés autant que possible au lieu d'être vendus. Du point de vue de la production de fourrage, un troupeau de ruminants dépasse les limites du potentiel de l'exploitation lorsque de grandes quantités d'aliments doivent être régulièrement achetées à l'extérieur.

Conclusion

La période de sécheresse actuelle illustre les défis auxquels l'agriculture devra de plus en plus faire face à l'avenir. Les événements météorologiques extrêmes devraient se multiplier, tout en laissant subsister d'importantes fluctuations d'une année à l'autre. Les années 2024 et 2025, riches en précipitations, ont montré que de bonnes productions fourragères restent possibles malgré le changement climatique. Cette variabilité croissante doit donc être prise en compte lors du choix des mélanges de semences pour le sursemis et le renouvellement des prairies artificielles. Il est tout aussi important d'adapter l'exploitation des cultures, de renoncer à la fertilisation à base d'azote pendant les phases de sécheresse et de mettre en œuvre des stratégies à long terme telles que la mise en place de prairies riches en espèces et l'adaptation des effectifs animaux aux conditions du site. La mesure préventive la plus efficace reste cependant la constitution de réserves suffisantes de fourrage, afin de pouvoir compenser les variations de rendement dues aux aléas climatiques.

Beat Reidy et Julie Klötzli AGFF/HAFL, Daniel Böhler, FiBL

Pour en savoir plus

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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