La diversité cultivée ? Il ne s'agit pas ici des insectes ou autres auxiliaires présents dans les cultures, mais de la diversité génétique des plantes que nous cultivons. Mathias Gudinchet, responsable du domaine végétal chez ProSpecieRara, rappelle ainsi qu'historiquement, les paysans et paysannes produisaient eux-mêmes leurs semences. Les variétés étaient ainsi façonnées par un sol, un climat et des pratiques agricoles, mais aussi par les goûts de ceux qui les mangeaient. Un processus largement rompu avec la diffusion de variétés modernes standardisées à grande échelle.
C'est précisément cette diversité que cherche à faire vivre le projet « Légumes traditionnels genevois », qui réunit à Genève les différents maillons de la chaîne, de la conservation des variétés à leur culture et leur consommation, en passant par la sélection et la production de semences.
Cette initiative constitue un des trois cas d'étude suisses de benefits.biobreeding, un projet dirigé par le FiBL qui s'intéresse aux bénéfices de la sélection biologique et qui fait l'objet d'un nouvel épisode du podcast « FiBL Collaboration ».
L'importance des variétés locales
Selon le spécialise Mathias Gudinchet, l'un des trois interlocuteurs du podcast, mieux vaut parler de variété « locale » que de variété « ancienne ». Une variété n'est pas figée dans le passé, mais continue d'évoluer.
C'est pourquoi ProSpecieRara complète la conservation ex situ, dans les banques de gènes, par une conservation dynamique : les semences sont régulièrement cultivées, multipliées et échangées. Elles continuent ainsi de s'adapter au climat, aux pratiques et même à l'évolution de nos goûts.
Communauté d'intérêt entre semenciers et maraîchers
Conserver ne suffit toutefois pas. Il faut encore sélectionner et produire les semences. Un savoir-faire que l'association Semences de Pays a en partie dû « réinventer », explique son cofondateur Joël Mützenberg. L'association cultive, observe, compare et sélectionne, mais ne veut pas être le spécialiste qui livre aux maraîchers une variété toute faite. « Ce sont les maraîchers et les maraîchères qui cultivent les légumes, ce sont les gens qui les mangent qui ont la connaissance de la variété. »
Le « local » tient dès lors autant à la proximité géographique qu'au lien entre les acteurs : pouvoir réunir semenciers et maraîchers autour d'une table et décider ensemble des caractéristiques recherchées. La courgette de Gênes en fournit un exemple : son long pédoncule facilite la récolte, un critère important pour les maraîchers qui n'aurait pas forcément été prioritaire pour le semencier.
Diversité synonyme de résilience
Au sein de Cultures Locales, ferme maraîchère bio en agriculture contractuelle de proximité basée à Dardagny GE, Julia Bürgin participe à cette sélection depuis le champ. La tomate de Chancy, cultivée depuis une quinzaine d'années, est ainsi ressemée, sélectionnée et remise en circulation.
Face aux aléas climatiques, la maraîchère souligne surtout l'intérêt de populations moins homogènes : parmi les plantes d'une même variété, certaines supporteront mieux une canicule ou une sécheresse que d'autres. Une diversité susceptible d'apporter davantage de résilience. La résistance aux maladies ne dépend cependant pas de la seule génétique : sol, biodiversité et pratiques culturales jouent également leur rôle.
Remettre le mangeur dans la boucle
Reste un critère décisif : « On fait des légumes pour les manger », sourit Julia Bürgin. Le goût compte donc parmi les premiers retours des abonnés de Cultures Locales. Le contact direct permet aussi de faire accepter des légumes moins calibrés, d'en expliquer les particularités et de proposer des idées pour les cuisiner.
Le mangeur retrouve ainsi une place dans un processus de sélection aujourd'hui largement orienté vers le rendement, l'homogénéité, le calibrage ou le transport. Pour Mathias Gudinchet, s'interroger sur son alimentation implique donc de remonter jusqu'à la graine : d'où vient-elle, comment a-t-elle été produite et dans quelle intention ?
La volonté politique fait la différence
Le projet Légumes traditionnels genevois pousse cette logique plus loin en réunissant conservation, production de semences, recherche et pouvoirs publics autour d'une même filière. Soutien politique, débouchés économiques et accès à une alimentation de qualité entrent alors dans la discussion. Julia Bürgin cite notamment la Caisse alimentaire genevoise, qui permet d'ouvrir ces circuits à des publics disposant de budgets différents.
Et derrière ces questions se dessine finalement celle du pouvoir de choisir. Pour Joël Mützenberg, choisir son légume au bout de la chaîne ne suffit pas : la démocratie alimentaire suppose de pouvoir participer aux décisions dès la sélection. Autrement dit, la souveraineté alimentaire passe aussi par la souveraineté semencière.
C'est toute cette chaîne qu'explore benefits.biobreeding, projet dirigé par le FiBL, et que raconte le nouvel épisode de « Diversité cultivée ». Pour poursuivre l'échange sur le terrain, rendez-vous à Festi Terroir, à Genève, du 28 au 30 août, où le projet Légumes traditionnels genevois sera présenté.
Claire Berbain
L'intégralité de l'échange entre Julia Bürgin, Mathias Gudinchet et Joël Mützenberg est à écouter en podcast sur ce lien (plateforme Buzzsprout)
Festi'Terroir, le festival de la vente directe et du bio, se déroule du 28 au 30 août au Parc des Bastions. Le projet Légumes traditionnels genevois y aura son stand dédié
L''association ProSpecie rara (site web)
L'association Semences de pays (site web)
La ferme bio Cultures Locales (site web)
Le projet du FiBL benefits.biobreeding (page du projet)
Le projet du FiBL Liveseeding (page du projet)
