Avec 38 hectares certifiés, le pruneau biologique représente encore moins de 12 % des surfaces suisses consacrées à cette culture. Mais derrière cette moyenne nationale se dessine une dynamique plus marquée en Suisse romande : dans les cantons de Vaud et du Valais, plus d'un hectare de pruneaux sur cinq est déjà cultivé en bio.
Enquête d'envergure nationale
C'est pour mieux cerner ce potentiel, mais aussi les freins rencontrés sur le terrain, que le FiBL a mené une enquête auprès des producteurs et productrices.
Soutenu par Bio Suisse et Coop, ce travail dresse un état des lieux de la production biologique, depuis le choix des variétés et des porte-greffes jusqu'aux rendements, aux pratiques culturales et aux principaux risques phytosanitaires. L'objectif est également d'identifier les évolutions nécessaires pour accompagner le développement de cette filière en Suisse.
Un tiers des volumes en Romandie
En 2024, les prunes et pruneaux occupaient environ 322 hectares dans le pays. La production se concentre principalement en Suisse alémanique, notamment dans les cantons de Bâle-Campagne, de Thurgovie et d'Argovie.
La Suisse romande représente toutefois près d'un tiers des volumes, emmenée par Vaud et le Valais.
20% de pruneaux bio dans les vergers romands
Ces deux cantons comptent chacun quelque 10 hectares de vergers biologiques. En Suisse alémanique, Bâle-Campagne en totalise un peu moins de 5 et l'Argovie 2,5. La part du bio dépasse ainsi 20 % dans les principaux cantons producteurs romands, signe d'une dynamique encourageante.
Fellenberg, encore et toujours
Du point de vue variétal, Fellenberg demeure de loin la référence dans les vergers suisses. Cette variété traditionnelle est complétée par des cultivars plus récents comme Dabrovice, Tophit, appréciée pour sa rusticité et le bon calibre de ses fruits, ou encore Tegera.
Variétés tardives peu représentées
Des variétés tardives telles qu'Elena et Presenta sont également plantées, mais restent encore peu représentées. L'enquête met par ailleurs en lumière certaines particularités régionales : Cacaks Schöne est pratiquement absente dans le canton de Vaud, alors qu'elle est relativement bien implantée en Valais.
Le marché guide les choix
Le choix des variétés répond de plus en plus aux attentes du marché. Les metteurs en marché comme les consommateurs recherchent des pruneaux précoces, permettant de lancer rapidement la saison. Mais les variétés tardives suscitent elles aussi un intérêt croissant : elles prolongent la période de commercialisation et permettent de proposer une offre suisse durant une plus grande partie de l'année.
Un porte-greffe quasi exclusif
Du côté des porte-greffes, les pratiques sont nettement plus homogènes. Wavit est aujourd'hui utilisé de manière presque exclusive en Suisse. Il permet de contenir la vigueur des arbres tout en maintenant une bonne productivité. Son ancrage et sa tolérance à la sécheresse, supérieure à celle de certains porte-greffes très nanifiants, constituent également des atouts.
Le FiBL se penche sur la question
Cette quasi-exclusivité soulève néanmoins des questions. Face à des sécheresses plus fréquentes et plus intenses, faut-il continuer à s'appuyer sur une seule référence ? Les arboriculteurs et arboricultrices s'interrogent sur l'intérêt d'évaluer d'autres porte-greffes, susceptibles d'améliorer la résilience des vergers. Un enjeu que le FiBL entend approfondir avec les professionnels de la branche.
Entre potentiel et contraintes
L'enquête montre que les pratiques culturales restent relativement homogènes d'une exploitation à l'autre. Environ la moitié des personnes interrogées disposent d'un système d'irrigation au goutte-à-goutte. Certaines recourent ponctuellement à l'aspersion sur frondaison, en fonction des besoins.
Peu d'éclaircissage
L'éclaircissage des fruits est, en revanche, rarement pratiqué dans les vergers romands. La charge naturelle des arbres est généralement jugée satisfaisante, notamment en raison de la chute physiologique des fruits. Renoncer à cette intervention permet aussi de limiter les coûts de main-d'œuvre.
Une culture à haut potentiel
Les rendements varient fortement selon les exploitations et les années, oscillant entre 10 et 25 tonnes par hectare. Ces écarts s'expliquent notamment par les conditions pédoclimatiques, les variétés, les systèmes de conduite et la pression des maladies et ravageurs.
Plusieurs producteurs atteignent néanmoins régulièrement entre 15 et 20 tonnes par hectare, confirmant le potentiel de la culture lorsque les conditions sont favorables.
Moniliose et chute des fruits
La moniliose reste l'une des principales causes de pertes, en particulier durant les périodes humides. Les pucerons et le ver des prunes figurent également parmi les préoccupations majeures. À cela s'ajoute la chute physiologique des fruits, un phénomène naturel qui peut être accentué par les conditions climatiques ou le stress subi par les arbres.
Une filière à accompagner
Malgré ces difficultés, le pruneau biologique possède de solides atouts. Apprécié pour ses qualités gustatives et sa polyvalence, il se commercialise aussi bien comme fruit frais que sous forme de confitures, de pâtisseries ou de distillats. Les variétés traditionnelles, en particulier Fellenberg, conservent par ailleurs une place importante dans les vergers et auprès des consommateurs.
Enjeux climatiques et sanitaires
L'enquête menée par le FiBL offre ainsi une première photographie détaillée de la filière. Elle doit désormais permettre de mieux cibler les besoins de recherche et de conseil, qu'il s'agisse de l'adaptation climatique des vergers, de la maîtrise sanitaire, du choix variétal ou de l'allongement de la saison de commercialisation.
Autant de leviers pour aider la production biologique à répondre à une demande qui ne demande, justement, qu'à grandir.
Robin Sonnard, FiBL
Cet article est paru dans l'édition du 06 août 2026 du journal AgriHebdo.
Pour en savoir plus
Fruits à pépin (rubrique Cultures)
