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Ce qu'éleveuses et éleveurs nous apprennent de la relation homme-animal

Nouvelle  | 

Pourquoi certaines vaches montent-elles sans difficulté dans une bétaillère tandis que d'autres se bloquent net ? À travers une enquête menée dans onze élevages en Suisse, le projet HARC mené par le FiBL explore un facteur souvent négligé : la relation entre l'humain et l'animal.

Le biologiste Maxime Garcia est l'un des deux chercheurs impliqués dans le projet HARC mené par le FiBL (photos DR).

Comment réagir lorsqu'une vache refuse soudainement d'entrer en salle de traite ? Lorsqu'un veau doit être séparé de sa mère ? Ou lorsqu'un animal se bloque au moment de monter dans une bétaillère ? Ces situations font partie du quotidien des éleveurs et éleveuses, mais elles échappent souvent aux procédures habituelles.

Enquête auprès de onze fermes

C'est précisément à ces moments-là que s'intéresse le projet HARC (Human-Animal Relationship in Cattle husbandry), mené par le FiBL. Après une année d'enquête dans onze exploitations bovines suisses, les premiers résultats montrent que la qualité de la relation entre l'éleveur et ses animaux constitue un levier majeur, encore largement sous-estimé, pour le bien-être des deux parties.

Le stress est communicatif

L'un des constats les plus frappants de cette étude mené par deux chercheurs du FiBL - la vétérinaire Pamela Staehli et le biologiste Maxime Garcia - concerne l'influence de l'état émotionnel du détenteur ou de la détentrice sur ses animaux. 

Dans pratiquement toutes les fermes visitées, les participants ont ainsi souligné que les bovins perçoivent rapidement la nervosité, l'impatience ou la tension de la personne qui les manipule.

« Si je suis stressé, elles le sont aussi », résume un agriculteur interrogé dans le cadre du projet.

Qualité de la relation et production

Cette observation rejoint plusieurs travaux scientifiques montrant que la qualité de la relation homme-animal influence directement le comportement, mais aussi certains paramètres de santé et de production. 

Les entretiens réalisés montrent toutefois que les éleveurs mobilisent ce savoir de manière très concrète au quotidien : prendre le temps de respirer avant une intervention délicate, reporter une manipulation lorsque la fatigue est trop importante ou encore préparer soigneusement une opération plusieurs heures à l'avance.

Chaque vache est unique

Autre enseignement majeur de cette étude financé par la fondation Dreiklang : les éleveurs et éleveuses ne considèrent pas leur troupeau comme un ensemble homogène. Ils décrivent au contraire des animaux « leaders », « timides », « curieux », « craintifs » ou encore « têtus ».

Cette connaissance individuelle joue un rôle déterminant dans les situations complexes. Une génisse peu sûre d'elle ne sera par exemple pas déplacée seule. Une vache proche du vêlage pourra nécessiter davantage de calme ou, au contraire, davantage de présence humaine selon son tempérament.

Des observations fines

Les chercheurs ont été frappés par la finesse des observations réalisées et la créativité des agriculteurs et agricultrices. Beaucoup expliquent adapter spontanément leur manière d'interagir selon l'animal concerné, sur la base d'années d'expérience accumulées. L'exemple de l'utilisation d'une longue perche pour fermer le cornadis par derrière, à distance des animaux lorsqu'on est seul, est très révélateur de la créativité des professionnel·les.

Anticiper plutôt que contraindre

Les entretiens montrent également que les éleveurs et éleveuses expérimenté·es cherchent généralement à éviter les situations de confrontation.

Lors d'un transport vers l'abattoir, certains préparent les documents administratifs la veille afin de pouvoir se concentrer entièrement sur les animaux le jour du départ. D'autres vérifient systématiquement la position des barrières, les couloirs de circulation ou les conditions d'accès avant toute manipulation afin de respecter la vision et la façon de se déplacer des animaux.

Limiter le stress en anticipant

L'objectif est toujours le même : limiter les sources de stress et rendre le comportement des animaux prévisible.

Cette logique se retrouve aussi dans l'aménagement des bâtiments. Sols glissants, passages étroits ou contrastes lumineux importants peuvent suffire à provoquer des refus ou des blocages. À l'inverse, des infrastructures bien conçues facilitent les déplacements et réduisent considérablement les tensions.

Des savoir-faire souvent invisibles

L'étude met en évidence l'existence d'un savoir-faire largement implicite. Les agriculteurs et agricultrices interrogé·es évoquent fréquemment leur intuition pour détecter qu'un animal « n'est pas comme d'habitude », parfois avant même l'apparition de symptômes visibles.

Plusieurs participant·es ont également décrit des pratiques originales inspirées d'autres domaines, notamment du travail avec les chevaux. Sans faire l'objet d'un consensus, ces approches témoignent de la créativité développée par les éleveurs pour renforcer la communication avec leurs animaux.

Prendre soin de soi pour prendre soin des animaux

Enfin, un thème est revenu avec une remarquable régularité au cours des entretiens : le bien-être des professionnel·les eux-mêmes.

De nombreux participant·es estiment qu'être épuisé, stressé ou sous pression ne permet pas d'offrir des conditions optimales à ses animaux. Savoir reconnaître ses propres limites, s'accorder du repos ou demander de l'aide apparaît ainsi comme une compétence professionnelle à part entière.

Observation, confiance et connaissance mutuelle

Au-delà des techniques de manipulation, les premiers résultats du projet HARC suggèrent donc que la qualité des relations homme-animal repose avant tout sur l'observation, la confiance et la connaissance mutuelle. Des dimensions difficiles à mesurer, mais qui semblent jouer un rôle essentiel dans la réussite des élevages.

Les analyses détaillées sont encore en cours. Elles serviront notamment à élaborer une brochure pratique destinée aux agriculteurs et agricultricess, regroupant les expériences et les conseils recueillis sur le terrain afin de favoriser les échanges de savoir-faire au sein de la profession.

Claire Berbain

Cet article est paru dans l'édition du 12 juin 2026 du Journal AgriHebdo.

Plus d'informations

Projet HARC (site web)
Le FiBL a fait partie des premiers instituts de recherche à travailler sur les relations homme-animal dans l'agriculture. La fiche technique «Bien réussir la manipulation des bovins: percevoir, comprendre, communiquer» résume quelques constatations dans ce domaine et illustre la méthode Tellington Touch ainsi que le test de la distance de fuite et l'interaction non stressée avec les animaux («low stress stockmanship»). 
L'approche de la comportamentaliste française Pauline Garcia peut être source d'inspiration (site web)
Relire le dossier sur la communication animale paru dans le magazine Bioactualites 8/21

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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