À l'occasion des 10 ans de présence en Suisse romande du FiBL, de Bio Suisse et de bio.inspecta, une rencontre de terrain s'est tenue à la ferme des Petites Fraises, aux Reussilles BE, chez Valérie Piccand et Olivier Gerber. Cette visite a réuni représentants agricoles, scientifiques, politiques et médias autour d'un enjeu central : comment construire des fermes biologiques robustes, résilientes et capables de faire face aux défis climatiques, économiques et sociaux actuels.
Une agriculture biologique qui poursuit sa progression
L'agriculture biologique poursuit sa croissance en Suisse. Le marché bio a dépassé les 4,3 milliards de francs en 2025, tandis que les surfaces biologiques représentent désormais près de 18 % de la surface agricole du pays.
Le canton de Berne, premier canton agricole suisse, compte aujourd'hui plus de 1460 exploitations biologiques enregistrées. En 2025, une vingtaine de nouvelles fermes bio se sont encore converties dans le canton.
Le Jura bernois participe pleinement à cette dynamique avec une centaine d'exploitations bio et une forte tradition de collaboration entre acteurs agricoles. À travers des initiatives comme PROJAB, organisations bio, chambres d'agriculture et services cantonaux travaillent ensemble au développement de l'agriculture biologique dans la région.
Recherche appliquée, agroforesterie et innovation de terrain
Le FiBL développe en Suisse romande une recherche appliquée menée directement avec les agriculteurs et agricultrices. L'objectif : produire des connaissances scientifiques utiles, concrètes et adaptées aux réalités du terrain.
L'agroforesterie constitue aujourd'hui un axe important de ces recherches. En intégrant arbres, arbustes et productions agricoles au sein d'un même système, cette approche permet d'améliorer la résilience des fermes face aux épisodes climatiques extrêmes, de renforcer la biodiversité, de créer des microclimats favorables et de diversifier les ressources fourragères.
La ferme des Petites Fraises illustre concrètement cette dynamique. Depuis plusieurs années, Valérie Piccand et Olivier Gerber expérimentent différents systèmes agroforestiers, notamment des buissons fourragers destinés à apporter de l'ombre au bétail, améliorer la résilience des pâturages et diversifier l'alimentation des animaux. Ce travail s'inscrit dans des projets suivis par le FiBL et ses partenaires de recherche.
Les Petites Fraises : une ferme pensée pour la robustesse
Située à près de 1000 mètres d'altitude, la ferme des Petites Fraises développe depuis plus de vingt ans un modèle agricole fondé sur la diversification, l'autonomie et la robustesse. Sur une surface restée volontairement de taille moyenne (30 hectares), Valérie Piccand et Olivier Gerber ont progressivement construit un système capable de mieux absorber les aléas climatiques, économiques, politiques et réglementaires.
L'exploitation combine production laitière biologique, agroforesterie, céréales panifiables et transformation à la ferme. Mais au cœur de leur démarche se trouve surtout une réflexion globale sur la résilience des systèmes agricoles. Ce couple d'agronomes a ainsi choisi de miser sur les complémentarités entre ateliers de production, de créer davantage de valeur ajoutée sur place et de miser sur des systèmes simples, autonomes et peu dépendants des intrants extérieurs.
La place centrale de l'arbre
L'arbre occupe une place centrale dans cette vision. Une centaine d'arbres haute-tige et différents buissons fourragers ont été implantés sur l'exploitation afin de créer de l'ombre, protéger les sols, favoriser la biodiversité et améliorer le confort des animaux lors des périodes de chaleur. Ces plantations participent également à une réflexion plus large sur l'adaptation de l'agriculture de montagne au changement climatique.
La diversification constitue un autre pilier essentiel de la robustesse recherchée par les exploitants. En multipliant les productions et les débouchés, la ferme réduit sa dépendance à un seul marché et gagne en capacité d'adaptation face aux fluctuations économiques ou climatiques.
Une agriculture biologique construite collectivement
Cette visite de terrain met en évidence une conviction partagée par les agriculteurs-trices, les scientifiques et les organisations professionnelles présents : les transitions agricoles passent par la coopération entre pratique, recherche et terrain.
À travers des fermes comme les Petites Fraises, l'agriculture biologique démontre sa capacité à expérimenter de nouveaux modèles agricoles conciliant production, autonomie, biodiversité et qualité de vie. Des démarches qui pourraient jouer un rôle important dans l'adaptation de l'agriculture suisse aux défis futurs.
Claire Berbain
Plus d'informations
2026, une année d'événements pour célébrer le bio !
- Des rencontres de terrain, d'avril à novembre 2026, au sein de chaque canton francophone. Destinées à la presse, aux décideurs, décideuses et milieux intéressés, ces rencontres visent à faire découvrir la dynamique de l'agriculture biologique, la recherche "on-farm", et une communauté de paysan.nes innovant.es.
- Une grande conférence, le 10 décembre 2026, à la salle de spectacle de Renens VD – partage d'informations et réflexions
autour de la thématique "Le Bio e(s)t la Suisse " - 10ans.bioactualites.ch (site web)
- Le dossier de presser consacré au 10 ans du Bio en Suisse romande
