Ce site web ne supporte plus Internet Explorer 11. Veuillez utiliser un navigateur plus récent tel que Firefox, Chrome pour un meilleur affichage et une meilleure utilisation.
FiBL
Bio Suisse
Logo
La plateforme des agriculteurs et agricultrices bio

Conférence sur l’éthique animale 2022: pour un traitement équitable des «animaux de ferme»

Début avril, les participant-e-s à la Conférence sur l’éthique animale ont intensément abordé des questions éthiques fondamentales concernant la détention et l’abattage des animaux d’élevage. Parmi ces questions, quelle responsabilité implique aujourd’hui la domestication des animaux? La mise à mort des animaux est-elle compatible avec les conceptions morales de notre société? La conférence était organisée conjointement par le FiBL et l’université de Bâle.

 

Mettre en contact la philosophie et l’élevage et faire participer activement les praticien-ne-s agricoles à la discussion: voilà comment Anet Spengler, co-responsable du groupe de travail Élevage et sélection animale au FiBL, a formulé l’objectif de la conférence. Une telle discussion était manifestement nécessaire: des expériences très personnelles ont été partagées, en particulier l’après-midi, lorsqu’il a été question de la mise à mort et de l’abattage. Avec 16 personnes, le cercle de participant-e-s était restreint, mais la discussion sur le thème était d’autant plus animée.

Animaux de rente: utilisation ou exploitation?

Florian Leiber, chef du Département des sciences animales au FiBL, a fait la distinction entre l’animal sauvage, l’animal domestique (Kulturtier) et l’animal de rente. Selon lui, l’animal de rente issu d’une agriculture intensive est désormais strictement subordonné à l’objectif de l’élevage, tandis que l’animal domestique a été domestiqué sur de longues périodes, mais n’est pas exclusivement productif. Florian Leiber a demandé comment nous pourrions revenir à un traitement équitable de nos animaux et si nous avions à nouveau besoin de davantage d’animaux domestiques sains au lieu d’animaux de rente issus d’une sélection intensive.

Mechthild Knösel, agricultrice au Hofgut Rengoldshausen à Überlingen, en Allemagne, a attiré l’attention sur les nombreux processus de séparation dans l’élevage, qui visent également une productivité toujours plus élevée: par exemple, la séparation des mâles des femelles et la séparation des jeunes animaux de leur mère. Dans son exploitation, Mechthild Knösel essaie de recréer des conditions permettant à ses bovins d’avoir un comportement grégaire et social naturel.

Le terme «animal de rente» a préoccupé les participant-e-s. Ils se sont demandé si cette notion impliquait l’exploitation des animaux. Une lecture positive serait que nous pouvons tirer un bénéfice de l’élevage. Le terme «animal de ferme» a été évoqué comme alternative au terme «animal de rente». Tou-te-s se sont accordé-e-s à dire que la société a besoin de retrouver un contact plus étroit avec ses «animaux de ferme».

Qu’est-ce que le bien-être animal au juste?

Mirjam Holinger, co-responsable du groupe de travail Élevage et sélection animale au FiBL, a expliqué que le concept de bien-être animal était autrefois assimilé à la santé et aux performances, mais que son acception est aujourd’hui beaucoup plus large et inclut également le comportement naturel et le bien-être émotionnel.

Florian Leiber a souligné les différents degrés de liberté que nous accordons aux animaux de ferme en fonction du mode d’élevage. Un degré élevé de liberté se traduit par plus d’espace et d’options pour les animaux, comme l’ont expliqué Florian Leiber et Mirjam Holinger. Cela implique un meilleur bien-être animal, mais aussi une production moindre de viande, d’œufs et de lait sur la même surface.

Lors de la discussion en groupe, il est apparu clairement que nous, les êtres humains, sommes devenus responsables des «animaux de ferme» par la domestication. Actuellement, la société n’assume souvent pas cette responsabilité. Pour augmenter le bien-être des animaux, il faudrait également réduire la consommation d’aliments d’origine animale en raison des besoins en surface plus élevés.

Que signifie pour nous la mise à mort des «animaux de ferme»?

En tant que philosophe à l’université de Bâle, Angela Martin s’intéresse à la forme de relation qui pourrait exister entre les êtres humains et les animaux. Les animaux ne comptent-ils pas du tout ou comptent-ils moins ou autant que les êtres humains? Et quelles conséquences devons-nous tirer en fonction de la réponse que nous formulons à cette question? Angela Martin a donné un aperçu des différentes interprétations: il existe des arguments philosophiques en faveur de chacune des trois options.

Sarah Heiligtag, philosophe et propriétaire d’une «ferme de vie», a décidé de ne pas tuer d’animaux et de confronter son point de vue à la réalité. C’est ainsi qu’est née l’exploitation agricole sans abattage Hof Narr dans le canton de Zurich. Depuis, 87 agricultrices et agriculteurs ont pris exemple sur elle et abandonné l’élevage pour des raisons éthiques, a raconté Sarah Heiligtag.

Anet Spengler a défendu un autre point de vue: selon elle, nous avons une responsabilité aussi bien dans l’élevage que dans la fin de vie des animaux de ferme; il s’agit de déterminer le «comment» et de réduire le stress lors de l’abattage. Cäsar Bürgi, agriculteur dans le canton de Soleure, est aussi de cet avis. Pour lui, il est important d’étourdir soi-même ses animaux au pistolet à tige perforante. Cäsar Bürgi est convaincu que le dernier moment de vie est le moment où il est impératif d’établir un contact direct entre nous, les êtres humains, et les animaux, auxquels nous devons beaucoup. Depuis 2018, Cäsar Bürgi est autorisé à pratiquer la mise à mort à la ferme sur son exploitation de Silberdistel comme alternative à l’abattoir.

Bien qu’il ait été prouvé que la mise à mort à la ferme provoque le moins de stress, de très nombreux animaux sont encore tués dans les abattoirs. Selon Anet Spengler, il est dès lors indispensable de chercher des solutions également dans ce domaine.

Des questions fondamentales, des réponses et visions différentes

La conférence a été marquée par des points de vue différents sur des questions fondamentales. La conclusion d’un participant a été à l’avenant: on ne sort pas de la conférence avec le sentiment de savoir ce qui est juste ou faux, mais avec celui de s’être rapproché-e un peu plus de la réponse aux questions fondamentales dans sa propre exploitation.

De nombreux agricultrices et agriculteurs se posent tôt ou tard des questions similaires sur la détention et la mise à mort de leurs animaux, même si ces processus ne sont généralement pas visibles de l’extérieur. Les participant-e-s à la conférence estiment donc qu’il est nécessaire de créer une plateforme de discussion autour de l’éthique animale. Selon eux, il ne doit pas s’agir de faire des reproches aux éleveuses et éleveurs, mais d’élaborer des visions sur la manière de traiter ses «animaux de ferme» et des possibilités de mettre en œuvre ces dernières. Les organisatrices et organisateurs veulent reprendre cette idée.

Simona Moosmann, FiBL

 

Dernière mise à jour de cette page: 21.04.2022

Souhaitez-vous ajouter le site web à l'écran d'accueil ?
Souhaitez-vous ajouter le site web à l'écran d'accueil ?