La qualité de l'eau représente un levier essentiel dans la santé des pondeuses, de même que le suivi parasitaire. Photo FiBL, Simona Moosmann
Stéphane Oester, agriculteur à Grandval (JU), est venu présenter son concept d'abattoir mobile lors de la journée annuelle "poules pondeuses". Photo FiBL, Nathaniel Schmid
Organisée par le FiBL, la journée romande consacrée aux poules pondeuses biologiques a réuni producteurs et productrices, spécialistes et représentant·es de la branche autour d'un thème central: les séries prolongées. Face à l'augmentation du prix des poulettes et aux nouvelles exigences du marché, la filière cherche des solutions pour améliorer la longévité des animaux, garantir leur bien-être et sécuriser la rentabilité des exploitations.
Longévité des poules : un levier stratégique
Depuis l'introduction du financement des « frères coqs », les producteurs paient environ 17 francs supplémentaires par poulette. Cette contribution permet de valoriser les poussins mâles — dont près de 80 % sont aujourd'hui écoulés en viande — mais elle renchérit le coût initial pour les exploitations. Ce surcoût doit être compensé par un prix de l'œuf plus élevé.
Dans ce contexte, l'allongement des séries apparaît comme un levier économique central. Au lieu d'acheter trois lots de poulettes en trois ans, l'objectif est de fonctionner avec deux lots sur la même période. La branche encourage ainsi des séries durant 18 à 20 mois. Avec une gestion optimisée, il est possible de maintenir un taux de ponte de 80% à 18 mois. Cette prolongation permet de diluer les coûts d'élevage et d'amortir l'investissement de départ.
Santé, alimentation et gestion du troupeau
La matinée a débuté par une intervention consacrée à l'alimentation, avec un accent particulier sur deux facteurs clés : la qualité de l'eau et la santé du foie. Organe central du métabolisme et du système immunitaire, le foie joue un rôle déterminant dans la longévité des pondeuses. «Tout tourne autour d'un foie en bonne santé», a rappelé Andrea Koller de la firme Anitech. L'objectif est d'optimiser l'assimilation des nutriments et de prévenir les troubles métaboliques afin de maintenir la productivité sur la durée.
La qualité de l'eau — contrôle régulier, hygiène des pipettes et des soucoupes, entretien des conduites — représente un potentiel d'amélioration encore important. De même, le suivi sanitaire (parasites internes notamment), le choix génétique, la qualité des litières et la gestion globale du troupeau constituent des leviers essentiels.
Claire Bonnefous, experte en aviculture pour le FiBL, a ensuite présenté les résultats de travaux sur le choix des litières et leur influence sur la pression parasitaire. Une litière adaptée contribue en effet à réduire les infestations dans la litière et dans la poule et à améliorer le confort des animaux, un facteur clé lorsque les séries sont prolongées.
Échanges de terrain : adaptations et réalités économiques
Une table ronde réunissant Karine Krähenbühl (vétérinaire avicole), Thomas Wettler (firme Osberg), Yann Oppliger, producteur d'œufs bio et Andrea Koller a permis d'aborder les changements concrets liés au nouveau management des troupeaux. Tous ont souligné l'importance des mesures préventives pour maintenir les poules en bonne santé plus longtemps.
Si certains producteurs redoutaient une augmentation significative de la charge de travail avec l'entrée en vigueur du nouveau cadre réglementaire, les témoignages ont montré que celle-ci n'a pas notablement augmenté. Par contre, le salaire horaire pris en compte dans la nouvelle tabelle de calcul des coûts de production des œufs mise à jour par Aviforum, a été légèrement augmenté pour compenser les risques supplémentaires de maintenir des pondeuses en production de trois à 6 mois supplémentaires.
Situation du marché et perspectives
Adrian Schlagetter a ensuite présenté un état des lieux du marché. Après un ralentissement post-Covid, la demande en œufs bio est repartie à la hausse. En 2025, le marché aurait pu absorber davantage de volumes. Cette évolution positive renforce la pertinence des stratégies visant à stabiliser et prolonger la production.
Des défis subsistent toutefois, notamment dans le choix des souches génétiques, le suivi sanitaire et l'optimisation de l'alimentation. La valorisation des frères coqs progresse, mais la viande issue de ces animaux dispose encore d'un potentiel de développement.
Kevin Bieri, aviculteur à Bourrignon (JU) et délégué romand à l'IG BioEi est revenu sur les décisions de l'assemblée générale de cette interprofession et sur les mécanismes de financement des frères coqs. Il a également rappelé que, dans le contexte des assurances liées aux épizooties, la responsabilité du détenteur est scrutée de près, ce qui renforce l'importance d'une gestion irréprochable.
Abattage à la ferme : une piste prometteuse
La journée s'est conclue par la présentation d'une initiative innovante. Stéphane Oester, agriculteur jurassien disposant d'un laboratoire de transformation bouchère, a présenté son concept d'abattoir mobile. Cette infrastructure permet d'abattre, nettoyer et ensacher jusqu'à 700 poules par jour directement à la ferme, dans un périmètre défini.
Ce service répond à une demande croissante des producteurs, qui souhaitent pouvoir abattre sur place les poules de réforme et les frères coqs, faute d'offres régionales suffisantes. Plusieurs participants ont souligné l'intérêt de développer des initiatives similaires dans d'autres régions afin de renforcer la valorisation locale.
En conclusion, la prolongation des séries constitue à la fois un défi technique et une opportunité économique. Elle exige une gestion rigoureuse — alimentation, eau, santé, infrastructures — mais offre un potentiel réel pour consolider la rentabilité des exploitations bio tout en répondant aux attentes sociétales en matière de bien-être animal.
Nathaniel Schmid, Claire Berbain, FiBL
Plus d'informations
Rubrique volaille (bioactualites.ch)
Article sur l'abattage de volailles à la ferme (bioactualites.ch)
boucherdecampagne.ch (site web)
