La viticulture biologique poursuit sa progression en Suisse, où elle représente désormais plus de 20 % du vignoble. Cette dynamique répond à une demande croissante pour des vins produits dans un respect croissant de l'environnement. Mais elle s'accompagne aussi de défis techniques majeurs, en particulier en matière de protection phytosanitaire.
Historiquement, les vignerons bio s'appuient sur deux piliers : le cuivre contre le mildiou et le soufre contre l'oïdium. Or, ces substances, bien que naturelles, sont aujourd'hui remises en question pour leurs impacts environnementaux et les contraintes réglementaires croissantes.
Deux projets, 50 parcelles, 90 modalités
Dans ce contexte, les projets BIOVIPRO et InNoVaudCuivre, coordonnés par le FiBL, ont été menés entre 2021 et 2025 afin d'explorer des stratégies innovantes pour réduire l'usage de ces intrants sans compromettre la protection des cultures. Plus de 50 parcelles, réparties dans plusieurs régions viticoles suisses, ont servi de terrain d'expérimentation. Au total, plus de 90 modalités ont été testées sur une vingtaine de cépages, en collaboration étroite avec les producteurs.
Les recherches se sont articulées autour de cinq axes principaux : réduction du nombre de traitements, substitution du cuivre et du soufre, renforcement de leur efficacité, amélioration des techniques d'application et mise en place de mesures préventives. L'objectif était clair : identifier des leviers concrets permettant d'adapter les programmes phytosanitaires aux conditions réelles du terrain.
Forte dépendance à la pression des maladies
Les résultats montrent avant tout une forte dépendance à la pression des maladies, en particulier du mildiou. L'exemple d'un essai conduit à Morges sur Chasselas illustre bien cette variabilité. En 2024, année marquée par une pression exceptionnelle de mildiou, les alternatives testées n'ont globalement pas permis de contrôler efficacement la maladie. Sans traitement, les attaques atteignaient près de 100 % sur feuilles et grappes.
Effet intermédiaire du Mycosin
Les programmes classiques à base de cuivre et de soufre ont nettement limité les dégâts, tandis que certaines solutions alternatives, comme les extraits végétaux ou les nanoparticules de silice, se sont révélées insuffisantes dans ces conditions extrêmes. Un produit comme le Myco-Sin a montré un effet intermédiaire, permettant une réduction partielle de la maladie, mais sans garantir un niveau de production satisfaisant.
Résultats comparables en cas de faible pression
À l'inverse, en 2025, année à faible pression, les différences entre stratégies se sont estompées. Des programmes réduits en cuivre, voire des alternatives ou des combinaisons avec des produits de renforcement, ont permis d'obtenir des niveaux de protection comparables aux références classiques. Dans ces conditions, il devient possible de diminuer significativement les doses de cuivre et la fréquence des traitements sans pénaliser la récolte.
Des stratégies à adapter au millésime
Ces résultats confirment que la clé d'une protection phytosanitaire efficace en bio réside dans l'adaptation fine des stratégies au millésime. En années difficiles, le recours au cuivre et au soufre reste difficilement évitable, même si certaines alternatives peuvent contribuer à en limiter l'usage. En revanche, lors d'années plus favorables, une marge de manœuvre existe pour alléger les programmes, à condition de s'appuyer sur une bonne observation du vignoble et des outils d'aide à la décision.
Affiner les combinaisons possibles
Les travaux en cours au FiBL visent désormais à mieux comprendre le rôle des produits de renforcement et à affiner les combinaisons possibles pour sécuriser les récoltes tout en réduisant l'impact environnemental. À terme, l'enjeu est de proposer aux viticulteurs bio des itinéraires techniques plus flexibles, capables de concilier performance agronomique, exigences réglementaires et attentes sociétales.
Pas de solution unique, mais une palette de leviers
Pour la pratique, le message est clair : il n'existe pas de solution unique, mais une palette de leviers à mobiliser en fonction du contexte de la parcelle et du millésime. La réduction des intrants est possible, mais elle nécessite une approche globale, intégrant à la fois le choix des produits, le positionnement des traitements et les mesures préventives. Une évolution qui s'inscrit pleinement dans la transition vers une viticulture biologique plus durable et résiliente.
Michaël Farny, David Marchand, FiBL
Cet article est paru dans l'édition du 01/05/2026 du journal AgriHebdo
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Cet article est un résumé d'un article scientifique plus complet paru dans le Journal L'Objectif. A télécharger ici (2.4 MB).
Viticulture (rubrique Cultures)
Protection des plantes en viticulture (rubrique Cultures)
