Le consortium Solvi'Terra, né en 2024, regroupe la Communauté de Commune du Val de Drôme, la Chambre d'Agriculture de la Drôme, Solagro, et le GRAB.
À ce stade du projet, l'équipe Solvi'Terra cherche à mettre en place 15 essais dans les fermes du territoire. Afin de stimuler les questionnements et les échanges sur la santé des sols, préalablement à la réflexion sur le type d'essais à mettre en place, le FiBL France a organisé deux conférences techniques sur l'agriculture bio de conservation tout d'abord (le 25 novembre 2025), puis sur les matières organiques ensuite (le 02 décembre 2025).
Ces évènements ont été très mobilisateurs et ont générés questions et envies de travaux collectifs.
ABC: état des lieux et perspectives
Deux intervenants ont été mobilisés pour cette première rencontre. Mathieu Marguerie, ingénieur régional chez Arvalis, a rappelé les spécificités climatiques concernant l'agriculture méditerranéenne.
Il a décrit plus particulièrement les «pluies efficaces», c'est-à-dire les précipitations qui contribuent réellement à alimenter les milieux aquatiques et à recharger les nappes souterraines, et permettant ainsi une levée et une installation satisfaisante des couverts végétaux.
Le constat est que les épisodes dit efficaces sont en nette diminution en contexte méditerranéen. Autrement dit: les créneaux classiques d'implantation des couverts sont dépassés en situation méditerranéenne.
La luzerne à la rescousse
Sur ces bases, Mathieu Marguerie a ensuite présenté les derniers résultats d'essais sur le choix des couverts d'intercultures et les leviers de gestion possible en climat sec. Arvalis travaille également depuis quelques années sur la culture de blé dans un couvert semi-permanent de luzerne.
La technique, si elle est prometteuse en termes d'autonomie azotée du système, nécessite encore un approfondissement des connaissances sur les interactions entre plantes (choix de génétiques adaptées) et une mise au point au niveau mécanique : en effet, la luzerne est gérée par tonte et nécessite une grande précision de l'outil dans la configuration spatiale actuelle des cultures.
En deuxième partie de matinée, Philippe Nouvellon, producteur retraité dans le Tarn (81) et administrateur de l'association « les Décompactés de l'ABC », est venu témoigner de son expérience de la mise en place de l'ABC sur sa ferme. Son témoignage a permis de faire un état des lieux des réflexions sur le sujet au sein du réseau des Décompactés.
L'intérêt de la fissuration
Il a tout d'abord souligné les difficultés spécifiques liées à la prise en compte de la santé des sols dans les systèmes de grandes cultures sans élevage. L'absence de prairies et d'arbres, combinée à des problématiques récurrentes de tassement des sols, constitue un frein important pour améliorer la structure et la vie biologique des sols.
Ensuite Philippe Nouvellon a présenté un ensemble d'astuces et de solutions techniques issues de l'expérience de terrain et qui ont montré des résultats satisfaisants sur le plan mécanique. Il a notamment évoqué le recours à la fissuration, l'importance de la précision des réglages des outils, l'intérêt de semer des graines « pulsées » plutôt que rappuyées au rouleau, ainsi que le développement d'éléments semeurs autoconstruits.
Enfin, son témoignage a ouvert des perspectives innovantes autour du développement du mulching de surface. Des échanges sont actuellement en cours avec le FiBL France afin de mieux problématiser ce sujet, à la fois sous l'angle agronomique et dans une perspective de recherche et développement en mécanique agricole.
Compose et résilience
Pour cette deuxième conférence, SolviTerra a invité Jacques Fuchs, chercheur au FiBL Suisse, expert en compostage, gestion des matières organiques et phytopathologie. Précédé de sa réputation, le « pape du compost » a présenté un résumé de ses connaissances scientifiques et pratiques en matière de fertilité des sols, de compostage, mais aussi d'effets suppressifs des composts.
Pour compléter l'intervention de Jacques, Lucas Petit, chercheur au FiBL France, expert sur les matières organiques, la fertilité des sols et la macrofaune des sols a présenté les premiers résultats du projet Compost et Résilience : mesure de l'effet de différents ratios de matière organique (fumier ovin) en co-compostage avec paille de lavande ou déchets verts. Un dernier essai est en cours sur le territoire pour mesurer l'effet de l'apport de composts de déchets verts sur la résilience des sols après un stress hydrique.
Quid de la faim d'azote
Enfin, pour illustrer le projet Compost et Résilience, Maxime Méjean (co-gérant de la Distillerie des 4 vallées, expert en distillation de lavandes et gestion du compostage des pailles de lavandes) a présenté les essais menés avec le FiBL France dans le cadre de ce projet et témoigné des résultats : cela a permis d'améliorer le procès sur la distillerie et de réduire significativement la durée de compostage (divisée par 2). Et ce, notamment en ensemençant les nouveaux tas de compost avec un extrait des anciens.
Des questions demeurent, notamment sur la gestion de la faim d'azote lors de l'incorporation du compost au printemps. Pour l'heure, la correction azotée est réalisée à l'aide d'engrais minéraux, mais Maxime souhaiterait continuer à travailler la question. Il reste aussi à affiner les quantités apportées.
Christian Icard, Florence Arsonneau, Mathilde Chommel, FiBL France
Plus d'informations
Projet Solvi'Terra (Site web)
Projet Solvi'Terra (plaquette en pdf)
Arvalis – Institut technique agricole (site web)
Les décompactés de l'ABC (site web)
Projet Compost et Résilience (site web)
