Il faut parfois faire preuve de patience dans le secteur biologique : en 2015, Bio Nordwestschweiz avait fait une première tentative pour obtenir l'autorisation du spermasexing, en 2020, une motion avait été déposée par 108 membres individuels (mobilisés par Swiss Jersey) et en 2021, lors de la troisième tentative, ce sont les organisations membres (OM) des deux Appenzell, des Grisons, du Liechtenstein et de Schwyz qui ont déposé la motion. Les demandes ont échoué deux fois de manière assez nette, il y a 11 ans par 59 voix contre 27, et il y a 6 ans de manière encore plus nette par 66 voix contre 28. Seule l'année 2020 a été serrée, lorsqu'une assemblée des délégués en ligne a décidé à une très faible majorité de 42 voix contre 41 de ne pas donner suite.
Modification simple des directives
La question sera à nouveau soumise à l'assemblée des délégués de Bio Suisse (AD) le 15 avril, pour la quatrième fois. La motion bénéficie cette fois d'un soutien nettement plus large : 12 OM l'ont signée, d'autres ont été impliqués et ne l'ont pas signée uniquement parce que le soutien au sein des organes décisionnels n'est pas unanime.
La motion est formulée de manière simple. Elle prévoit une modification mineure du paragraphe 4.3. Élevage des directives de Bio Suisse. Jusqu'à présent, celui-ci stipule :
L'insémination artificielle est autorisée. D'autres formes de reproduction artificielle ou influencée d'une autre manière (par exemple, transfert d'embryons, sélection du sperme, clonage, sélection in ovo) ne sont toutefois pas autorisées.
Si l'AD l'approuve, le nouveau passage serait libellé comme suit :
L'insémination artificielle, y compris le sexage du sperme, est autorisée. D'autres formes de reproduction artificielle ou influencée d'une autre manière (par exemple, le transfert d'embryons, le clonage, la sélection in ovo) ne sont toutefois pas autorisées.
« Une méthode innovante pour promouvoir le bien-être animal et la durabilité »
Parallèlement, la motion intitulée « Le Spermasexing favorise une utilisation durable des ressources dans l'agriculture biologique » fournit toute une série d'arguments en faveur de l'autorisation :
« Le spermasexing est une méthode novatrice permettant de promouvoir le bien‑être animal et la durabilité dans la production laitière et la production de viande biologiques », écrivent les auteurs de la motion. La méthode (« fondée sur un tri mécanique ») renforce globalement la valeur accordée à la vie animale et est conforme aux valeurs fondamentales de l'agriculture biologique, poursuivent-ils.
Arguments et contre-arguments non encore exprimés
Selon les auteurs de la demande, la situation initiale a considérablement changé par rapport aux controverses antérieures (extrait de la motion) :
- La technique du spermasexing est désormais établie en Suisse et il existe un large choix de doses de semences sexées provenant de taureaux adaptés à l'agriculture biologique.
- Les mâles des races laitières et des races à double vocation sont difficilement écoulables dans le circuit bio. Ils sont trop souvent abattus prématurément. Le potentiel de marché s'est, malgré diverses mesures et initiatives, plutôt détérioré.
- Avec les directives d'alimentation visionnaires en vigueur depuis 2022, seules des animaux adaptés au site ont encore du sens. Le risque que l'utilisation du spermasexing favorise une sélection orientée vers la production intensive n'existe plus.
Jusqu'à présent, aucune voix contraire à ces arguments ne s'est encore exprimée publiquement. On sait toutefois que certains craignent que le croisement de races à l'engrais ne permette pas à lui seul de vendre un seul veau supplémentaire dans le canal bio. Ou que le tri du sperme renforce le découplage entre le lait et la viande, ce qui serait contraire à l'idée fondamentale de l'agriculture biologique. On peut supposer que ces arguments et d'autres seront abordés lors de l'assemblée des délégués.
19 OM et un groupe restreint de sept membres
Kurt Zimmermann, directeur général de l'association faîtière romande Progana, est le moteur de la proposition visant à introduire le spermasexing. Il explique les raisons pour lesquelles une nouvelle initiative est lancée précisément maintenant. L'année dernière, son association a mené une enquête auprès des producteurs laitiers sur le thème « Réduire les coûts logistiques ». À plusieurs reprises, la demande de remettre le spermasexing sur la table a été formulée. Il a également constaté un vif intérêt pour cette question en Suisse alémanique.
Au vu de cette situation, il a écrit aux organisations membres qui avaient déjà soutenu des propositions antérieures en faveur du spermasexing. « Celles-ci m'ont alors indiqué d'autres organisations membres qui pourraient se joindre à une nouvelle proposition », explique Kurt Zimmermann. C'est ainsi qu'un groupe de 19 organisations membres intéressées par le thème du spermasexing s'est constitué, avec des avis favorables et défavorables, comme le précise Kurt Zimmermann. Un groupe de travail composé de sept personnes a ensuite été formé. Après de longs échanges, il a finalisé la demande et l'a soumise dans les délais impartis.
12 OM ont signé la demande
Le groupe de travail comprenait des représentants de Bio Grischun, Bio Ostschweiz, Bio Bern, Bio Zug, Bio Jura, FiBL et Progana. Douze OM ont signé la proposition : Bio-Ring Appenzellerland, Bio Fribourg, Bio Grischun, Bio Genève, Bio Jura, Bioland Liechtenstein, Bio Neuchâtel, Bio Bauern Ob- und Nidwalden, Bio Ostschweiz, Bio Schwyz, Bio Ticino et Progana.
Certaines organisations de producteurs n'ont pas signé la motion, car il n'y avait pas de majorité claire en sa faveur, notamment Bio Bern et Bio Vaud, comme l'explique Kurt Zimmermann. Selon l'initiateur, les groupes spécialisés dans le lait et la viande ont également été consultés, mais ils n'ont pas encore pris de position définitive.
Les jeunes pourraient abandonner la production de lait Bourgeon
Kurt Zimmermann craint que les jeunes agriculteurs, en particulier, abandonnent la production laitière Bourgeon et se tournent vers le « bio fédéral » (conforme à l'ordonnance fédérale sur l'agriculture biologique) si l'interdiction du spermasexing est maintenue. À moyen terme, cela pourrait entraîner une pénurie de lait biologique, prévient-il. Contrairement au marché conventionnel, il n'y a déjà plus d'excédent aujourd'hui et les convertis sont rares.
Zimmermann souligne que, même en cas d'accord, l'utilisation de sperme sexé resterait facultative. Il imagine que l'on pourrait intégrer une condition dans le processus de décision concernant la demande, à savoir qu'aucune autorisation spéciale ne serait plus accordée pour l'achat de vaches provenant d'exploitations conventionnelles. Ces dernières ont été fréquemment utilisées ces dernières années, principalement pour justifier un changement de race.
Pour augmenter le nombre de veaux dans le cycle bio, d'autres mesures sont nécessaires
Une telle mesure – la suppression des autorisations spéciales – est également recommandée par le FiBL, qui a rédigé un avis sur la nouvelle demande. Dans son avis, le FiBL suggère également de lier l'autorisation du sexage du sperme à l'obligation de sevrage des veaux dans l'exploitation de naissance ou de fixer un pourcentage maximal de vaches pouvant être inséminées avec du sperme sexé par exploitation. Le FiBL cite un chiffre possible de 20 pourcents.
Mais M. Zimmermann n'y croit pas beaucoup, craignant qu'une telle réglementation n'entraîne une charge administrative supplémentaire et des tentatives de fraude. Selon lui, l'obligation de sevrage est également un « gage » trop contraignant pour l'autorisation. « D'autres efforts seront toutefois nécessaires dans les domaines de la recherche, de la pratique et de la promotion des ventes afin de maintenir le plus grand nombre possible d'animaux dans le cycle biologique », déclare-t-il, « je pense que le spermasexing sera un premier pas dans la bonne direction ».
Une autre condition possible, dont on entend parler ici et là, est la restriction aux taureaux dont le sperme non sexé est également proposé ou à ceux qui, munis du label trèfle, sont bien adaptés aux besoins de l'agriculture biologique.
Dans l'attente impatiente de la décision du comité directeur
Compte tenu du large soutien dont elle bénéficie actuellement, l'autorisation du sexage du sperme – avec ou sans conditions – semble avoir de bonnes chances d'aboutir. Les parties prenantes attendent maintenant avec impatience la prise de position du comité directeur, qui doit être publiée le 17 mars. Si celui-ci donne également son accord, un rejet de la proposition lors de l'assemblée des délégués serait plutôt improbable.
Adrian Krebs, FiBL
