La rédaction de bioactualites.ch/bioaktuell.ch inaugure une série d'interviews, donnant la parole à ceux qui s'engagent pour faire vivre le mouvement bio: les président·e·s d'Organisations Membres (OM) de Bio Suisse. L'occasion de faire le point avec eux sur ce qui les anime, leurs chantiers en cours, leurs espoirs et leurs préoccupations en tant que producteurs et productrices. A quelques jours de l'Assemblée générale de Bio Fribourg, qui se tiendra le 12 mars prochain
Vous déplorez un manque de volonté politique en faveur du bio à Fribourg. Pourquoi ?
On a longtemps cru que la gastronomie publique serait une locomotive pour le bio. Mais contrairement au canton de Vaud, Fribourg a refusé d'intégrer un pourcentage minimal de produits bio dans la restauration collective. Cela envoie un signal clair : il n'y a pas de volonté politique forte pour faire progresser le bio dans les assiettes.
Nous sommes face à un vrai dilemme sociétal. La société dit vouloir du bio, mais elle ne veut pas payer plus. Et l'État ne prend pas le relais pour soutenir la transition. Dans ce contexte, c'est à nous, producteurs, de faire le travail : démarcher les entreprises, convaincre les fournisseurs de collectivités publiques. Nous n'avons pas énormément de forces vives, mais nous devons agir. C'est notre seul espoir de progression.
Bio Fribourg stagne en nombre de membres. Est-ce inquiétant ?
Aujourd'hui, les membres entrants remplacent les sortants : nous sommes stables, mais sans croissance. Nous ne voulons pas lancer de grand plan stratégique pour attirer davantage de producteurs si le marché ne suit pas. Produire sans débouchés n'a pas de sens.
Nous devons trouver des niches. Les surfaces en viticulture et en légumes augmentent, ce qui est encourageant. Nous cherchons donc à dynamiser le B2B et à développer la 4e gamme pour décrocher de nouveaux marchés et stimuler la consommation. Les vignerons fribourgeois, très actifs en vente directe, montrent qu'une belle dynamique est possible lorsqu'il y a reconnaissance et proximité avec les consommateurs.
La production laitière traverse une nouvelle période difficile – qu'en est-il en bio?
La tendance est identique. Et c'est décourageant. Les contraintes de production sont importantes, mais la différence de prix avec le lait conventionnel n'est pas suffisante. À Fribourg, les AOP et les marques de terroir sont très fortes, ce qui ne permet pas au bio de se distinguer aussi aisément que dans d'autre régions.
Je pense aussi que certaines exigences du cahier des charges Bourgeon ont évolué trop rapidement. L'introduction du 100 % de fourrage suisse, par exemple, a entraîné une baisse de production laitière et donc un manque à gagner qui n'a pas été compensé par les prix.
Ce qui me réjouit malgré tout, c'est que des jeunes en reconversion continuent de s'intéresser à la production laitière bio. Cela montre que l'attrait est toujours là.
Comment renforcer l'engagement et l'innovation au sein de la filière ?
Au sein de Bio Fribourg, je sens des membres motivés, qui ne se plaignent pas. Mais à l'assemblée générale, seuls 10 % sont présents. Une partie de la base peine à se sentir concernée. Maintenir le lien avec tout le monde n'est pas simple.
Sur le plan technique, nous manquons de variétés résistantes, par exemple en pommes de terre. Nos institutions devraient investir davantage dans ce domaine. En revanche, nous avons clairement progressé ces quinze dernières années en matière de formation et de vulgarisation : les futurs agriculteurs sont mieux informés, et les exploitations certifiées disposent de davantage de ressources.
Je pense aussi que le bio devrait s'inspirer davantage de l'agriculture régénérative. La Suisse alémanique est plus avancée que nous sur ces questions.
Quelles sont vos priorités pour les prochaines années ?
Ma priorité est claire : développer les débouchés. Nous devons convaincre les fournisseurs de la restauration collective d'intégrer davantage de bio dans leur assortiment. Et nous devons encourager nos membres à investir la vente directe, car c'est là qu'il y a de la marge et du lien avec le consommateur.
Des initiatives comme le magasin coopératif Bio26 qui a ouvert en ville de Fribourg il y a maintenant trois ans et dont nous sommes membre coopérateur, montrent qu'il existe un public convaincu et prêt à comprendre les prix. Expliquer la valeur du bio demande de l'énergie, mais c'est indispensable. Il faut rappeler que nous sommes ce que nous mangeons : notre corps fait avec ce qu'il reçoit.
Propos recueillis par Claire Berbain
Bio Fribourg (website) organise son Assemblée générale le jeudi 12 mars 2026. Plus d'informations sur le lieu et les horaires suivront.
