«Comment concilier viabilité économique et pratiques favorables aux sols?». C'est l'une des questions qui anime Jean-Charles Jouve, agriculteur bio à Divajeu, dans la Drôme. Ce producteur de grandes cultures et d'œufs, impliqué dans sa CUMA (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole), fait partie des agriculteurs les plus engagés dans la démarche.
Sur son exploitation, les essais portent notamment sur la gestion des couverts végétaux et le travail du sol : quels couverts choisir et comment les détruire ? comment réduire le travail du sol pour moins l'impacter ? comment conserver mes surfaces de luzerne, pilier de la fertilité des sols en AB et la conjoncture économique défavorable pour cette culture ?
Implantation anticipée de couverts végétaux
À quelques kilomètres de là, Estevane Rolland se pose d'autres questions. Producteur bio d'ail, il s'intéresse depuis plusieurs années aux couverts végétaux et aux techniques simplifiées de travail du sol. Dans le cadre de Solvi'Terra, il expérimente l'implantation anticipée de couverts directement dans le blé avant moissons afin de produire davantage de biomasse et protéger le sol plus longtemps avant l'implantation de son ail d'automne.
Il teste également des espèces encore peu utilisées dans la région mais réputées adaptée aux climats chauds, comme le sarrasin qui présente également des capacités à remobiliser le phosphore dont l'ail est très consommateur.
Gestion de l'enherbement à la vigne
En viticulture, Serge Krier cherche quant à lui à résoudre un problème bien connu : comment profiter des bénéfices d'un couvert végétal sans accentuer le stress hydrique de la vigne ? Son essai vise à comparer différentes stratégies de gestion de l'enherbement afin de trouver un meilleur équilibre entre protection du sol et disponibilité de l'eau.
Ces trois fermes font face à trois problématiques différentes, mais partagent une même conviction : le sol constitue l'une des clés de l'adaptation de l'agriculture aux défis à venir.
Un laboratoire vivant pour la vallée de la Drôme
Elles réalisent ces différents essais dans le cadre de SolviTerra, un « laboratoire vivant » développé dans la vallée de la Drôme, à l'initiative du FiBL France, avec le concours de la Communauté de communes du Val de Drôme, la Chambre d'agriculture de la Drôme, le Groupement de Recherche en Agriculture Biologique et Solagro.
Le principe est simple : partir des problématiques rencontrées par les agriculteurs et agricultrices et construire avec eux des expérimentations directement dans leurs parcelles. Les praticien.nes, conseillers-ères, scientifiques, collectivités et structures de développement agricole participent ensemble à la définition des enjeux et problématiques, mais aussi des protocoles, au suivi des essais et à l'analyse des résultats.
Cette démarche est territorialisée et s'inscrit dans une réflexion plus large portée par la Communauté de communes du Val de Drôme (CCVD) dans le cadre de sa stratégie territoriale 2050 et directement liée aux enjeux d'adaptation au changement climatique.
Le sol, un levier d'adaptation
Derrière la diversité des essais réalisés sur quinze fermes (viticuture, arboriculture, élevage, grandes cultures et cultures spécialisées), les enjeux se rejoignent souvent : couvrir le sol en interculture, améliorer l'infiltration de l'eau, limiter l'érosion, favoriser l'activité biologique, maintenir le taux de matière organique ou encore réduire les phénomènes de tassement.
Ces approches revêtent une importance croissante dans un contexte marqué par l'alternance d'épisodes de sécheresse et de pluies intenses. Un sol capable d'infiltrer l'eau, de stocker du carbone et d'alimenter les cultures en période difficile devient en effet progressivement un véritable outil de résilience pour l'exploitation.
Une démarche locale inscrite dans un réseau européen
SolviTerra s'inscrit dans le projet européen Gov4All, qui rassemble 5 territoires dans 3 pays en Europe engagés dans l'amélioration de la santé des sols.
Les partenaires espagnols ou grecs travaillent parfois dans des contextes où la sécheresse, l'érosion ou la perte de fertilité sont déjà fortement visibles. Pour les acteurs et actrices drômois.es, ces échanges permettent d'anticiper certaines évolutions et d'identifier des pistes de solutions avant que les problèmes ne deviennent plus difficiles à corriger.
Car si les sols se construisent sur des milliers d'années, ils peuvent se dégrader beaucoup plus rapidement. Préserver leur fonctionnement n'est donc pas seulement un enjeu environnemental : c'est aussi une condition de la pérennité des exploitations agricoles.
Mathilde Chomel, FiBL France
Cet article a été publié dans l'édition du 10 juillet 2026 du journal AgriHebdo
Plus d'informations
Projet Gov4all (site web)
Projet SolviTerra (Site web)
