Qu'est-ce qui t'a amené au FiBL?
Christophe Notz: Après la maturité, j'ai été pendant dix ans à l'alpage en été et dans la construction en hiver. J'étais alors déjà très intéressé par l'homéopathie, à 20 ans j'ai suivi une formation dans ce domaine – et finalement j'ai étudié la médecine vétérinaire. C'est mon amour pour les vaches qui m'y a décidé. Après les études, des amis et moi avons acheté une ferme. Au début j'étais annoncé au chômage et devais faire des demandes d'emploi. L'une d'elles a été au FiBL – et c'est pour ainsi dire sous la contrainte que j'ai trouvé mon job de rêve.
Quel a été ton domaine au FiBL?
La diminution des antibiotiques pour les vaches avec l'homéopathie était alors une nouveauté. Une étude dite d'intervention nous a permis de montrer qu'on pouvait diminuer significativement les antibiotiques. Il y a eu un moment fort: Les résultats ont été présentés dans l'émission de la SRF «Menschen Technik Wissenschaft». J'ai en outre pu présenter les résultats lors d'un congrès mondial de la médecine pour les bovins, et pourtant nous avons été attaqués de différents côtés. Il se disait que nous acceptions que les bêtes souffrent et que les paysans s'appauvrissent. Nous avons pu réfuter les deux. J'ai souvent constaté qu'il vaut la peine d'empoigner les thèmes délicats et d'être persévérant pour obtenir quelque chose.
Comment ce thème a-t-il évolué?
Dans le projet suivant «Pro Q», nous avons pu diminuer de 30 pour cent la quantité d'antibiotiques dans 140 fermes bio sans détérioration du bien-être animal ou de la rentabilité. Au début il n'a pas été simple de propager les résultats dans la pratique. C'est venu plus tard avec l'offre de conseil «ProBétail».
Qu'est-ce qui a été fait dans ce cadre?
«ProBétail» était centré sur l'échange de connaissances entre les paysannes et les paysans, on a commencé avec des visites d'étables et des groupes d'échanges. Il était important pour Bio Suisse et nous de transmettre à la pratique les résultats de projets comme «Pro Q» et «Feed no Food». «ProBétail» est plus tard devenu «ProBio», qui compte maintenant près de 60 groupes d'échanges sur les thèmes les plus divers.
Tu parles de «Feed no Food». Quelles recherches avez-vous faites?
Suite à la crise alimentaire mondiale de 2007, nous avons lancé avec «Feed no Food» un grand projet sur la diminution des concentrés dans la production laitière. Nous avons conseillé 70 producteurs et productrices et fait de la recherche On Farm. Pendant les trois années du projet, les concentrés ont pu être diminués d'un quart avec une perte de 0,7 kilo de lait par kilo de concentré économisé. Jusque là on tablait sur une perte de deux kilos de lait. Nos calculs modélisés ont montré que les économies réalisées dans ces 70 fermes auraient pu empêcher 500 personnes de mourir de faim. Cela montre que «Feed no Food» comprend aussi une forte composante éthique.
Sur quoi d'autre as-tu travaillé?
Nous avons par exemple organisé des cours pour mieux faire connaître la méthode Obsalim en Suisse. Sinon j'ai aussi donné de nombreux conseils individuels, enseigné à la ZHAW, la HAFL et l'École Demeter et participé ces dernières années à plusieurs projets sur la diminution des apports de protéines.
Où trouves-tu que la production animale bio a besoin d'améliorations?
Il y a quelques thèmes auxquels on devrait s'attaquer. Traditionnellement les volailles et les porcs mangeaient des restes, et je trouve très critique de les nourrir avec des grandes cultures. Tant qu'à avoir des animaux, ce devraient être des ruminants. Nous devrions d'une manière générale diminuer nos cheptels, aussi en pensant au climat, mais il faudrait pour cela impliquer les consommateurs et le commerce.
Qu'est-ce qui t'a retenu si longtemps au FiBL?
J'avais trouvé mon job de rêve. Je n'ai jamais voulu devenir un vétérinaire normal. Au début le salaire n'était pas bon, mais j'ai toujours trouvé important de pouvoir concilier mon travail avec ma vision du monde.
Et qu'est-ce que le temps après le FiBL apportera?
Entre autres plus de temps pour notre bout de terrain, mon engagement politique et pour randonner sur la Grande Traversata delle Alpi.
Interview: Theresa Rebholz, Bioactualités
Pour en savoir plus
Réduire les antibiotiques et le recours aux fourrages concentrés (rubrique Bovins)
ProBio (rubrique Vulgarisation)
Feed no Food (rubrique Vaches laitières)
La méthode Obsalim (rubrique Vaches laitières)
