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Des semences non-traitées à l'étude grâce au projet ResOsem

Nouvelle  | 

Proconseil, avec le soutien d'Agroscope, du FiBL et de l'Association suisse des sélectionneurs, porte depuis plus de trois ans un projet visant à ne plus recourir aux traitements phytosanitaires des semences dans les cultures de céréales et de protéagineux. Une étude d'envergure, dans laquelle la participation des agriculteurs et agricultrices est primordiale.

Photo Claire Berbain, FiBL

Depuis trois ans, le projet Résosem s'appuye sur la participation d'une septantaine d'exploitations vaudoises et valaisannes (Photo ProConseil).

Marina Wendling du FiBL (à g.) et Charlotte Savoyat de Prométerre portent conjointement, avec le soutien d'Agroscope et de l'Association suisse des sélectionneurs, le projet Résosem (Photo Claire Berbain, FiBL).

C'est un dispositif unique en son genre : 70 exploitations vaudoises et valaisannes impliquées dans un projet de recherche visant à répondre à une question stratégique - bien que relativement peu documentée dans la littérature scientifique : Comment se passer des traitements phytosanitaires sur les semences de céréales et de protéagineux ?

« Les semences sont quasi-systématiquement traitées, alors qu'on sait pertinemment que les substances actives utilisées présentent des risques pour les ressources naturelles en raison de leur persistance dans le sol, et pour l'utilisateur qui les manipule », résume Charlotte Savoyat, collaboratrice pour Proconseil et porteuse de ce projet « 77a » financé par l'Office fédéral de l'agriculture. 

« Repenser le traitement de semences est donc une nécessité – mais pas question de mettre en péril la protection contre les maladies des semences », précise-t-elle d'emblée. Et de rappeler qu'en Suisse, « la filière des grandes cultures bénéficie d'ores-et-déjà d'une garantie sanitaire avec la production de semences certifiées et testées. »

Acteurs de la recherche

Si des méthodes et technologies alternatives– à base d'électrons, de vapeur ou de moutarde – sont disponibles, elles doivent cependant être éprouvées sur le terrain et validées par tous les acteurs de la filière, à commencer par les agriculteurs eux-mêmes. « Depuis 4 ans, une septantaine d'agriculteurs et agricultrices s'engagent à comparer des essais en bandes de différentes modalités de traitement de semences, sur de l'orge, du blé, du pois ou du lupin », explicite Marina Wendling, chercheuse au FiBL.

Rémunérés en fonction du temps consacré à ce projet, les producteurs vaudois et valaisans doivent en effet effectuer une série de mesures au cours de la culture, du semis à la récolte, et fournir des échantillons de chaque bande récoltée, afin que la qualité soit analysée et les pathogènes recherchés.

Bio ou conventionnels

« Qu'ils soient bios ou conventionnels, les participants et participantes sont des acteurs à part entière du volet scientifique. C'est vraiment une première dans le monde de la recherche », se félicitent les deux jeunes chercheuses. 

Outre leur implication dans les activités de monitoring et la validation des résultats, les producteurs, accompagnés par des conseillers et des experts scientifiques, échangent régulièrement leurs expériences. « Il y a une vraie émulation autour de cette thématique, qui touche tous les agriculteurs quelles que soient leurs méthodes de production et convictions », observe Marina Wendling.

Quels effets sur le microbiome du sol ?

Les premiers résultats, publiés il y a quelques mois dans un rapport intermédiaire, semblent démontrer la non-nécessité de traiter des semences certifiées (et donc définies comme saines par des contrôles sanitaires). L'impact des traitements de semences aurait par ailleurs un impact mineur – inférieur à 10% - sur les rendements économiques des cultures. 

« Il reste néanmoins nécessaire de poursuivre les analyses pendant les trois prochaines campagnes », précisent les deux agronomes.  L'Association suisse des sélectionneurs souligne de son côté la difficulté à obtenir des résultats irréfutables dans le cadre d'un essai de recherche appliquée. « En mettant toutes les chances de son côté via l'utilisation de semences saines et certifiées, il est possible de se passer partiellement des traitements chimiques », affirme l'Association.

Comprendre le microbiome des graines

En parallèle, du côté du FiBL, on se penche sur les effets des différents traitements de semence sur les sols : « Comment les produits phytosanitaires affectent-ils la diversité et l'abondance des micro-organismes dont dépend directement la vie du sol ? », s'interroger la microbiologiste et spécialiste de la santé des sols Natacha Bodenhausen, qui a réalisé des séries de prélèvements auprès d'une vingtaine d'exploitations du réseau. 

« Après une première série d'observations et d'analyses ADN effectuées dans la rhizosphère, il semble que la diversité microbienne du sol ne soit pas affectée par l'enrobage des graines, quel qu'il soit », récapitule la chercheuse basée à Frick AG. « Désormais, nous allons intensifier nos recherches en réalisant des répétitions, afin de minimiser « l'effet sol » et de mieux comprendre le microbiome des graines en lui-même», précise-t-elle.  

Volet socio-économique essentiel

En attendant la fin du projet prévue pour 2028, se pose la question de la réorganisation de la filière des semences en Suisse et de l'adoption de nouvelles pratiques par les agriculteurs. 

« Résosem s'insère dans un contexte de pression sociétale et réglementaire croissante quant à l'usage des produits phytosanitaires en agriculture », reconnaît Rebecca Hevia, économiste au FiBL. « Notre ambition, c'est aussi de répondre aux questions suivantes : quelles seraient les conséquences économiques d'un tel changement de paradigme pour la filière ? quid de l'organisation logistique et technique pour les établissements multiplicateurs ? »

Outre une étude poussée de l'analyse des coûts générés par l'adoption potentielle de techniques alternatives pour le traitement des semences, Rebecca Hevia effectue également une veille juridique pointue sur la question.

Quide de l'acceptation des agriculteurs et agricultrices

Enfin, il s'agit également d'étudier l'acceptation des agriculteurs et agricultrices quant au recours à des semences non-traitées. « Quels sont les freins, les motivations qui sous-tendent leur attitude face à cette innovation ? » explicite Rebecca Hevia. La chercheuse basée à Lausanne réalise donc actuellement une enquête sociologique complète auprès d'un large panel d'agriculteurs romands et alémaniques, afin d'accompagner les résultats technico-économiques du projet Résosem par des données tirées, là encore, de la pratique. 

« Les agriculteurs sont les premiers concernés par un tel changement. Avec cette étude, ils ont la possibilité de faire avancer cette thématique complexe. Ils sont la condition de réussite de ce projet Résosem. »

Claire Berbain

Article paru dans l'hebdomadaire professionnel Agri du 19.09.2025.

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Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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