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Des jeunes veaux laitiers élevés sous leur mère ou une nourrice

Nouvelle  | 

En France comme en Suisse, la pratique de laisser les veaux laitiers sous leur mère ou sous une nourrice connaît un intérêt croissant. Le FiBL France mène un travail de recherche pour synthétiser le savoir-faire, les motivations et les impacts et publier des recommandations dans des fiches techniques.

Le projet Panas'lait, mené par le FiBL France depuis 2023, porte sur les veaux laitiers élevés sous leur mère ou sous une nourrice (photo FiBL France).

Le projet vise à étudier et à promouvoir les aspects bien-être animal, zootechniques et socio-économiques de ces systèmes d'élevage (photo FiBL France).

L'équipe de recherche du FiBL France est parvenu à la conclusions que les temps de croissance du jeune bétail sont raccourcis. Et que le détenteur ou la détentrice des animaux gagnent en qualité de vie (photo FiBL France).

Selon la chercheuse Caroline Constancis, «les veaux sont mieux valorisés. Grâce à leur croissance plus rapide, ils sont vendus plus tôt.» (Photo FiBL France).

Selon les conclusions du projet Panas'lait, les vaches nourrices doivent nécessairement être dociles pour la réussite de cette pratique d'élevage (photo FiBL France)

Caroline Constancis observe que cette pratique d'élevage fait tache d'huile: «Elle est clairement dans l'air du temps chez les éleveurs bio.» (photo FiBL France)

Si la pratique d'élevage courante consiste à séparer les petits de leurs mères dès les premiers jours après la naissance, de plus en plus de productrices et producteurs laitiers, notamment bovins, font néanmoins le choix de garder les jeunes sous la mère sur le long terme, tout en maintenant la traite.

«Les objectifs de cette pratique, qui est de plus en plus en vogue sur le territoire français, sont multiples», explique Caroline Constancis. La chercheuse française, après avoir réalisé sa thèse de doctorat sur cette thématique, a initié un travail de recherche en 2023 au FiBL France.

«Beaucoup d'éleveurs agissent de la sorte pour des questions organisationnelles : ne pas avoir à séparer les animaux permet de ne pas être débordé et de gagner en confort de travail», explique la scientifique qui a conduit une enquête auprès d'une quinzaine de producteurs laitiers adeptes de cette pratique, en grande majorité bio, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Différentes approches coexistent dans la pratique 

Trois pratiques co-existent, en fonction du contexte et de l'envie de chaque professionnel·le:

  • Sous la mère: un veau sous une vache qui est traite généralement en monotraite. Les veaux restent souvent uniquement le jour ou la nuit dans le troupeau laitier.
  • Sous nourrice: 2 à 4 veaux avec une vache laitière non traite, séparé du troupeau laitier. Les veaux vont au pâturage dès les premiers jours de vie et sont sevrés tardivement.
  • Courtes tétées quotidiennes: les veaux ont accès à une vache 2 fois par jour autour de la traite. La vache peut changer au cours de la lactation.

«L'amélioration de la santé et de la croissance de veaux est également un argument avancé par les praticien·nes. Enfin, certain.es effectuent ce choix de conduite pour des raisons éthiques et souhaitent que les jeunes puissent garder le contact avec leur mère pour être conformes à leurs valeurs.»

Le projet Panas'lait apporte des résultats concluants

Le projet Panas'lait, qui vient de prendre fin il y a quelques semaines, s'avère multidisciplinaire. Il vise à étudier et à promouvoir tant les aspects bien-être animal, zootechniques que socio-économiques des systèmes d'élevage agroécologiques qui laissent les veaux – mais aussi les chevreaux et agneaux - laitiers sous leur mère ou une nourrice.

À l'issue des trois années qu'a duré le projet de recherche, Caroline Constancis et sa collègue agronome Clara Robin sont formelles: ces pratiques font leurs preuves et apportent des résultats tout à fait concluants. 

Moins d'astreinte pour les éleveuses et éleveurs

«D'une part les temps de croissance du jeune bétail sont raccourcis. Et d'autre part le détenteur ou la détentrice gagnent en qualité de vie.» Non pas parce qu'ils ou elles passent moins de temps à s'occuper des veaux, mais «parce que les taches sont moins pénibles et plus valorisantes» résument les deux collaboratrices scientifiques. 

«C'est la nature du travail qui change, observe Clara Robin. L'observation des veaux peut se faire en dehors de l'astreinte de la traite et il n'y a plus à se baisser pour aller apprendre aux veaux a téter dans des niches individuelle ni pour les nettoyer car les veaux tètent directement une vache dans une case paillée ou au pâturage.»

Caroline Constancis observe par ailleurs que la plupart des éleveurs et éleveuses n'ont pas eu à initier de changements majeurs dans leur organisation. «L'aménagement du bâtiment doit être repensé, ainsi que la redéfinition éventuelle de lot, mais cela n'occasionne pas d'investissements majeurs.»

Peu d'impact économique sur la feme

Les analyses comptables sur trois années consécutives de cinq fermes (présentant chacune une pratique d'élevage des veaux différente) montrent que  les investissements ont davantage d'impact que le la conduite des veaux, à l'échelle du domaine. 

La consommation de lait représente 34 % à 81 % du coût d'élevage d'un veau. Ce pourcentage dépend plus de l'âge au sevrage et du prix du lait que de la conduite des veaux. «Les veaux sont aussi mieux valorisés, en étant vendus plus tôt grâce à leur croissance plus rapide. Le coût de production d'un veau est ainsi réduit», explique Caroline Constancis. «En moyenne, à trois mois, un veau qui a tété une vache pèse en effet 50 kg de plus qu'un veau élevé au biberon, classiquement.»

Des vaches nourrices nécessairement dociles

Du côté du rapport Humain-animal, il change drastiquement. «L'éleveur ou l'éleveuse sont appelés à faire davantage confiance à l'animal. Ils consacrent plus du temps à l'observation du comportement et ne s'échinent plus à savoir les quantités bues par chaque animal. Il y a néanmoins quelques points d'attention à ne pas négliger: les vaches nourrices doivent nécessairement être dociles et aller à leur contact tous les jours si on veut mettre toutes les chances de son côté pour que les veaux ne deviennent pas sauvages.»

«Rassembler dans une case située proche de la salle de traite un groupe de veaux âgés d'une semaine avec une nourrice en début de lactation est gage de succès.»

Les nourrices produisent plus

Autre point à ne pas négliger, l'état corporel des vaches nourrices, qui produisent davantage, que des vaches uniquement traites. «Elles ont tendance à maigrir plus vite, et à moins montrer leur chaleur», met en garde Caroline Constancis qui recommande d'utiliser plus volontiers des vaches promises à la réforme, ou des vaches déjà pleines, en guise de nourrices. Les vaches traite et tétées uniquement par un veau produisent moins de lait qu'une vache uniquement traite car elles retiennent leur lait à la traite pour le donner au veau. La qualité du lait trait est également modifiée.

Encore peu de littérature scientifique

Depuis le début de sa carrière, la spécialiste française a défriché un terrain quasiment vierge en France comme en Europe. La littérature scientifique en la matière a néanmoins explosé ces cinq dernières années. «Sur le terrain, on observe que c'est une pratique d'élevage qui fait tache d'huile», poursuit Caroline Constancis. «Elle est clairement dans l'air du temps chez les éleveurs bio. Il y a une demande importante pour que les pratiques existantes soient documentées.» C'est justement l'objectif du projet européen TransforDairyNet actuellement en cours, dans lequel Caroline et Clara ont réalisé des fiches techniques. «Les gens se forment, échangent entre eux», observe Caroline Constancis. De quoi espérer que cette pratique se démocratise encore plus. «Elle demeure pour l'instant cantonnée aux filières bio, extensives, ou certifiées par une AOP.»

Claire Berbain, bioactualites.ch

Article paru dans l'hebdomadaire professionnel Agri du 12.12.2025.

Pour en savoir plus

Il y a quelques mois, le FiBL France a publié trois films visant à promouvoir l'élevage, en production laitière, de veaux, agneaux et chevreaux sous leur mère ou sous une nourrice.

L'élevage des agneaux sous la mère en système laitier: témoignages d'éleveurs (Youtube.com)
L'élevage des veaux laitiers sous leur mère ou sous nourrices: témoignage d'éleveurs (Youtube.com)
L'élevage des chevreaux sous la mère: témoignages d'éleveurs (Youtube.com)

De nombreuses fiches techniques vont être publiées ces prochaines semaines – elles aborderont des points concrets, comment l'effet de cette pratique sur les vaches, leur santé, la gestion du sevrage et de la séparation, l'aménagement du bâtiment, la gestion du pâturage, la croissance des veaux. 

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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