Les agronomes européens réunis en Suisse pour parler des systèmes agricoles de demain.

L’intensification des connaissances est probablement le levier le plus efficace pour le développement d’une agriculture innovante prête à relever les défis du futur. Un coup d’œil sur la recherche internationale offre un aperçu de ce qui nous attend et constitue une source d’inspiration.

(20.09.2018) Des scientifiques du monde entier se sont retrouvés fin août 2018 à Genève pour présenter leurs travaux agronomiques. Mobiliser les processus naturels pour augmenter l’efficience des systèmes de production, trouver des solutions aux problèmes phytosanitaires et faire face aux contraintes climatiques grandissantes, voilà quelques axes de la recherche actuelle.
Risques de carences alimentaires
La croissance de la demande alimentaire mondiale constitue un défi de taille. Si les agronomes – et les agriculteurs – progressent pour augmenter les volumes produits, le défi alimentaire ne saurait se contenter d’aliments carencés en nutriments, au risque d’aggraver la malnutrition. D’entrée, le choix des variétés ainsi que la gestion de la santé du sol déterminent l’efficience d’absorption de la vingtaine d’éléments minéraux du sol essentiels à la production d’aliments sains. Les recherches toujours plus actuelles sur le système racinaire, la vie du sol et les interactions entre le sol et la plante soulignent l’intérêt de cette transition vers une agriculture basée sur l’écologie des systèmes. Aujourd’hui, l’innovation consiste peut-être simplement à intensifier la fertilité naturelle du sol et à implanter les bonnes variétés au bon endroit.
Les agrosystèmes complexes intéressent la recherche
Si la sélection variétale permet de proposer des solutions face aux maladies, la maîtrise des ravageurs et adventices reste un défi majeur. Des progrès significatifs pourraient découler de l’intérêt croissant de la recherche pour des systèmes complexes tels que l’agriculture biologique, l’agriculture écologiquement intensive et l’agriculture de conservation des sols. Un dénominateur commun à ces systèmes réside dans la diversification des cultures et des peuplements végétaux pour réduire les problèmes phytosanitaires. Cette diversité peut se combiner dans l’espace (mélanges variétaux, cultures associées, agroforesterie, aménagements paysagers) et dans le temps (rotation des cultures, gestion de l’interculture, cultures relais, cultures pérennes). La multiplication des systèmes de culture envisageables et la complexité des processus en jeu, notamment autour de la biodiversité, restent difficiles à appréhender pour la recherche. Toutefois la connaissance de ces systèmes progresse en particulier grâce à une meilleure valorisation des connaissances empiriques, celles obtenues par l’observation et l’expérimentation. Le paradoxe veut que l’intérêt de la polyculture élevage doive être démontré au fur et à mesure de la spécialisation galopante de l’agriculture.
Le climat au centre des préoccupations
L’évolution du climat est apparue comme une thématique sous-jacente à de nombreuses présentations orales et sous forme de poster. Ce leitmotiv préoccupant met chacun devant ses responsabilités pour réduire la contribution de l’agriculture aux gaz à effet de serre ou pour trouver des moyens d’adaptation. Les liens de cause à effet (croissance économique, consommation de protéine animale, production de fourrage, déforestation) ont souligné l’échelle planétaire de la problématique et la nécessité d’un engagement local.
Chaque agriculteur est un chercheur
Chaque agriculteur se doit de disposer de larges connaissances pour se jouer de la diversité de ses activités. A l’inverse, la collaboration entre différentes disciplines constitue un vrai défi pour la recherche. Sur ce point, le congrès a montré l’intérêt du monde scientifique pour des projets on farm qui intègrent des approches apparemment divergentes, filtrent les thématiques prioritaires et permettent de valoriser la connaissance approfondie de chacun. Cette méthodologie largement adoptée en agriculture biologique a fait ses preuves et sa mise en œuvre mérite d’être poursuivie.
Ce XVème congrès de la société européenne d’agronomie (European Society for Agronomy ESA) était organisé par quatre institutions actives dans la recherche agronomique suisse : Agroscope, l’EPFZ, le FiBL et la Société suisse d’agronomie (SSA). Les 320 congressistes se sont vu proposer un programme composé de 160 conférences, 150 posters et 5 excursions thématiques. L’ensemble des comptes rendus sont disponibles sur le site du congrès (esa-congress-2018.ch >> Programme>> Detailed programme and abstract book).

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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