Lutte contre le mildiou de la pomme de terre La lutte contre le doryphore 

Régulation du ver fil de fer dans les pommes de terre bio

Leur nom est déjà tout un programme: les vers fil de fer sont durs et résistants. Une fois établis dans un champ, ils constituent pour les agriculteurs concernés un casse-tête souvent durant des années. Mais pourquoi les vers fil de fer sont-ils si difficiles à combattre? Et quelles mesures de lutte conduisent au meilleur résultat?

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Mode de vie

Plusieurs espèces de vers fil de fer

Les difficultés  commencent déjà avec la détermination de ces ravageurs. En effet, sur un champ cultivé, on trouve souvent plusieurs espèces de ver fil de fer, qui creusent tous des galeries de 2 à 4 mm de large dans les pommes de terre. Habituellement, nous avons affaire à un mélange de deux à trois espèces courantes, qui font les mêmes dégâts aux plantes cultivées, mais qui peuvent se distinguer fondamentalement dans leur biologie. Les mesures de lutte à un moment donné touchent peut-être une seule espèce, pendant que les autres espèces sont en bonne partie préservées.  

Jusqu’à 15 stades larvaires

Avant que les vers fil de fer ne se transforment en adultes, ils peuvent passer par 15 stades larvaires et cela dure trois à cinq ans. Durant une saison, on peut trouver dans un sol des vers fil de fer de diverses espèces et de différents âges, qui ont différentes phases d'activité et de préférences alimentaires.

Mode de survie

L'atout principal des vers fil de fer est leur capacité à s'enfoncer dans les couches profondes du sol dès que les conditions de vie dans les couches superficielles du sol deviennent défavorables (par exemple à cause du froid en hiver et de la sécheresse en été). En quelques jours, ils descendent jusqu'à 50 à 60 cm de profondeur. Ils peuvent y hiverner sans problèmes durant plusieurs mois sans nourriture, bien protégés des influences néfastes de la météo, et insensibles aux mesures de lutte mises en place contre eux. Ils reviennent tout aussi rapidement à la surface (dès que les températures du sol atteignent 10 °C), se transforment en adultes ailés (= les taupins), s’accouplent et pondent des œufs sous la surface du sol (à environ 6 cm de profondeur).

Ils apprécient les peuplements épais comme les prairies ou les surfaces avec beaucoup d’adventices, sous lesquels il y a beaucoup d’humidité. Quatre à six semaines plus tard, les larves éclosent et passent par différents stades larvaires successifs durant 3 à 5 ans. La dernière année, les larves se transforment en nymphes en juillet-août, ces nymphes émergent 3 à 4 semaines plus tard, puis les adultes ailés s’enfoncent dans le sol pour hiverner.

Ce sont les larves de ver fil de fer qui font les dégâts aux tubercules de pommes de terre. Ils sont particulièrement importants en cas de sécheresse prolongée, lorsque l’épiderme des pommes de terre n’est pas encore solide. En effet, dans ces conditions, les larves de vers fil de fer sont attirées par l’humidité des tubercules. C’est donc à la fin de l’été et au début de l’automne que les dégâts principaux ont lieu. Mais les vers fil de fer font aussi des dégâts au printemps.

Les vers fil de fer font des dégâts non seulement sur pommes de terre, mais aussi sur céréales, maïs et betteraves sucrière par exemple. Les dégâts commencent souvent par des morsures sur les parties souterraines des plantes en germination. Les dégâts sur céréales ne sont pas très marqués car contrairement au maïs, les céréales peuvent taller et donner un rendement acceptable même avec peu de talles. 

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Pas encore de lutte directe possible actuellement

En agriculture bio, une lutte directe contre les vers fil de fer dans les cultures sensibles ou avant celles-ci n'est pour l'instant pas possible, car il n'y a pas de produits phytosanitaires bio convenant à cette lutte.

Un champignon ouvre de nouvelles perspectives

Après des années de recherche, une souche indigène du champignon Metarhizium anisopliae a pu être isolé. Au laboratoire, cette souche s'est révélée être hautement efficace contre certaines espèces de ver fil de fer. Près de 80 % des vers fil de fer traités avec les spores de ce champignon sont morts durant les deux premières semaines après le traitement. L'efficacité de cette souche de champignon a pu être également prouvée dans des essais en serre.

Les travaux de recherche actuels ont pour but d'arriver à une application efficace de ce champignon contre le ver fil de fer dans les conditions de la pratique. Dans le cadre du projet européen Inbiosoil, les chercheurs d'Agroscope visent ces prochaines années à augmenter la capacité de survie du champignon dans la terre. A l'aide de méthodes modernes de formulation, il est tenté d'encapsuler les spores de champignon, de manière à ce qu'elles soient épandables avec des machines et qu'elles supportent mieux les conditions défavorables de vie dans des sols secs. En plus, il est tenté de combiner le champignon avec d'autres ennemis naturels des vers fil de fer, comme par exemple des nématodes parasites.

C’est Agroscope qui a développé cette nouvelle méthode de régulation du ver fil de fer, en collaboration avec la HAFL et l’Université de Göttingen, avec le soutien de la filière suisse de la pomme de terre et l’OFAG.

Bientôt un produit sur le marché ?

Le chemin à parcourir entre les premiers essais réussis en laboratoire et l'obtention d'un produit de lutte biologique commercialisable est encore long. A long terme, l'utilisation de ce champignon entomopathogène représentera la seule méthode disponible pour l'agriculture bio ou non-bio. Un premier produit a été provisoirement autorisé en Allemagne en 2016 et est testé sur de petites surfaces dans la pratique. En Suisse, un produit devrait arriver sur le marché dans les deux à cinq prochaines années.

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Mesures préventives

Rotation culturale

En attendant que les produits à base de Metarhizium soient sur le marché, il s’agit de recourir aux méthodes indirectes de régulation. Les vers fil de fer doivent être combattus de préférence avec leurs propres armes: la résistance et l'endurance. La lutte a lieu durant une longue période et comprend plusieurs méthodes distinctes.

Les mesures préventives jouent un rôle important. Parmi elles citons une planification minutieuse de la rotation culturale. Les taupins (= les vers fil de fer devenus adultes) pondent leurs œufs de préférence dans les surfaces herbagères.

Des cultures sensibles comme la pomme de terre ne doivent donc pas être cultivées après une prairie. Etant donné que le développement des larves dure plusieurs années, il faut cultiver la pomme de terre « le plus loin possible » de la prairie temporaire dans la rotation, à savoir dès la 4ème année après la prairie temporaire.

Travail du sol

Les populations de ver fil de fer peuvent être passablement décimées par le travail du sol. Toutefois il faut faire attention à préserver la structure du sol. Même le travail le plus intensif du sol resterait sans effet s'il n'a pas lieu quand les vers fil de fer sont en activité à proximité de la surface du sol. Les périodes les plus favorables à la destruction mécanique des vers fil de fer sont le début de saison (en mars-avril) et la fin de l'été (en août-septembre). De jeunes larves sont bien plus sensibles au travail du sol que les larves plus âgées, elles sont donc plus aisément détruites mécaniquement.

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Choix des parcelles

Posez des pièges en terre au printemps (dès que la température a dépassé pour la première fois 15 °C pendant plusieurs jours), dans le champ qui servira à la culture de pommes de terre durant l'année suivante:

  • Déposez à 20 endroits par hectare, à 10 à 20 cm de profondeur, une assiette en carton avec des grains de céréale germés.
  • Au bout de 7 jours, relevez sur combien de pièges vous avez trouvé des vers fil de fer et combien de vers fil de fer par piège il y avait.

Seuil de tolérance

Avec cette méthode, vous pouvez estimer si la population de ver fil de fer dans ce champ a atteint ou non une quantité alarmante:

  • Si vous trouvez des douzaines de vers fil de fer sur cette surface, vous devriez renoncer à y cultiver une culture sensible aux vers fil de fer.
  • Mais il n'est pas possible de tirer la conclusion inverse: si vous ne trouvez aucun ver fil de fer ou seulement quelques vers fil de fer, cela ne signifie pas forcément qu'il est possible de cultiver sans aucun problème la pomme de terre sur cette surface.

Un seuil de tolérance valable dans toutes les situations ne peut pas être défini sur la base de cette méthode de piégeage. Voilà pourquoi il est conseillé de vous adresser à un expert d'une station phytosanitaire cantonale,  ou à l'interlocuteur d’Agroscope figurant dans l'encadré à droite pour discuter de la méthode de piégeage ou de l'interprétation des résultats.

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Dernière actualisation de cette page: 22.02.2018

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