Produire des pêches et des abricots bio en Suisse est possible 

Développer une production sûre d'abricots biologiques

L’offre des abricots bio suisses ne peut satisfaire la demande du marché. L’essentiel de la production d’abricots bio se limite à quelques exploitations en Valais. La production d’abricots bio offre pourtant une possibilité de diversification aux exploitations, et malgré un prix attractif qui oscille entre 5,50 et 6,50 chf/kg pour le producteur, les fluctuations de rendements freinent au développement de cette filière. Ces fluctuations sont principalement dues aux possibilités de lutte insuffisantes contre les maladies Monilia et Pseudomonas. Depuis 2016, FiBL et Agroscope mènent différentes activités de recherche et de conseil, afin de développer une culture de l’abricot bio plus sûre et plus rentable. L’état actuel du projet montre quatre solutions possibles face à ces maladies.

1. Variétés résistantes et tolérantes

Observation variétale

Les sensibilités de plus de 70 variétés d’abricots et de croisements contre le champignon Monilia et la bactérie Pseudomonas sont évaluées à plusieurs endroits et sur plusieurs années. Afin d‘accélérer le processus de test, les conditions les plus favorables à la maladie sont simulées à l’aide d’irrigations artificielles et de pose de fruits momifiés. Ces premières acquisitions sont résumées dans la

Liste variétale Abricots (variétés recommandées pour l’agriculture bio; boutique du FiBL)

Création de nouvelles variétés

D’autre part, de nouvelles variétés sont développées. Ces variétés doivent, en plus des qualités du fruit requises par le marché, remplir des exigences agronomiques et principalement la tolérance aux maladies. Deux nouvelles variétés ont déjà été lancées cette année par Agroscope, Mia et Lisa, qui sont respectivement tolérantes à la bactériose (Pseudomonas) et la moniliose (Monilia laxa).
Afin de trouver une variété prometteuse, de nombreux croisements spécifiques sont évalués sur plusieurs années. Presque tous les croisements seront abandonnés selon des critères de qualité du fruit insuffisants ou des propriétés culturales inadéquates. Plusieurs années sont nécessaires, par exemple pour l’évaluation de sensibilité à la Monilia, la plante doit croître, produire des fleurs et être tester sur plusieurs années. Le processus de sélection d’une nouvelle variété dure ainsi au moins 15 à 20 ans, si la variété est issue du croisement de première génération. L’analyse ADN permet d’examiner la sensibilité en quelques heures. La plupart des croisements peuvent ainsi être immédiatement éliminés. Afin d’accélérer le processus de sélection, les gènes de tolérance doivent être identifiés. Dans ce but, en 2017 et 2018, la sensibilité à la moniliose d’environ 180 croisements entre une variété tolérante (Bakour) et une variété sensible (Bergeron) sont testés. A l’aide d’une cartographie génétique de tous ces croisements et après traitement des données, les gènes de résistance seront identifiés.

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Compréhension des mécanismes d’infection et de résistance
Apparemment Monilia laxa entre dans le bois à travers la fleur. Les spores germent par pistil comme le pollen. Le champignon se déplace par le phloème, où il est transporté sur quelques centimètres dans chaque direction. Après quelques jours, les tissus sont infectés et nécrosés. Il a été montré chez d’autres espèces végétales, que les cellules végétales pouvaient produire des substances, telles que des phénols, afin d’inhiber l’infection. Cette théorie est actuellement vérifiée dans les laboratoires du FiBL et de l‘Agroscope.

Développement d’une méthode d’évaluation de la moniliose sur fleur
De fortes fluctuations de sensibilité variétale sont observées entre les années. En effet, l’intensité des infections de Monila laxa varie suivant différents critères tels que la pluviométrie, l’historique de la parcelle, l’âge, ainsi que de la période de floraison des arbres. Ainsi, une variété identifiée comme « tolérante » une première année peut s’avérer beaucoup plus sensible l’année suivante. L’identification des gènes de résistance et les mécanismes de défense vont être mis en lien avec les observations phénotypiques afin de développer une méthode d’évaluation de la moniliose sur fleur moins dépendante des conditions annuelles qui facilitera et accélérera la sélection variétale.
Actuellement deux méthodes d’évaluation sont utilisées : l’évaluation visuelle et l’évaluation « Agroscope ». L’évaluation visuelle consiste à estimer le pourcentage de branches moniliées 35 jours après pleine fleur. La méthode développée par Agroscope consiste à exprimer le poids des branches et brindilles moniliées en fonction du diamètre du tronc ou des charpentières.

2. Gestion des maladies

 Afin de réduire l’impact de la moniliose sur les cultures existantes, FiBL et Agroscope cherchent à développer une stratégie de protection efficiente. En partenariat avec Andermatt Biocontrol différents produits, mélanges et périodes d’application sont testées en laboratoire et au champ, en Valais et en Suisse alémanique. Après deux années d’essais, il a été constaté que les différences d'infestation étaient plus grandes selon les variétés, selon les conditions météorologiques et l’historique des parcelles qu'entre les stratégies de traitement étudiées. La recherche va se poursuivre les prochaines années, tout en gardant  en mémoire que les produits phytosanitaires ne peuvent régler à eux seuls la protection pour ces maladies.

3. Culture sous protection

Les précipitations propagent les spores de Monilia et favorisent les infections via la fleur au printemps. Sous l’intensité de la pluie, les bactéries de Pseudomonas sont éjectées du sol. Quelques gouttes atterrissent sur les plaies fraiches des abricotiers, créées lors de la chute des feuilles à l’automne ou par la taille, et ainsi commence l’infection. Ainsi protégé de la pluie, la durée de vie des arbres peut-être allongée. La moniliose des fruits en été et le gel sont aussi d’importants problèmes, qui peuvent être minimisés avec une culture sous tunnel. Néanmoins, ce type d'infrastructure engage des coûts d'infrastructure et d'installation importants, il est en test dans les régions moins favorables à la culture de l'abricotier.

4. Greffage haut

Les symptômes de Pseudomonas sont plus importants à la base des branches principales. Dans les vergers de Frick et Conthey, il est testé si un point de greffe plus haut diminue les infections et ainsi la mortalité des arbres. Une étude complémentaire est faite sur le greffage intermédiaire à l’aide d’une variété résistante à Pseudomonas.

Transfert des connaissances

Les apprentissages tirés de ce projet seront intégrés aux expériences acquises pour la culture de l'abricotier mais aussi extrapolées à d'autres cultures. Ces dernières années, l’intérêt pour la production d’abricots augmente en Suisse. De ce constat, le FiBL, comme d’autres organisations agricoles, organise des rencontres afin de transférer ce savoir-faire à la pratique.
Des relations étroites sont liées grâce à ce projet avec Agroscope Conthey, l'office arboricole du Canton du Valais et des instituts de recherche en France, tels que le GRAB et l'INRA. L'OFAG finance la majeure partie de ce projet. Bio Suisse, Coop, Andermatt Biocontrol et l'IFELV soutiennent également ce projet.

Pour en savoir d'avantage: Projet "Produire des abricots biologiques" (site du FiBL)

 

Dernière actualisation de cette page: 16.04.2019

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