Mais où donc va le bio ?

(11.11.2014) 

Depuis le début du 20ème siècle à aujourd’hui, l’agriculture bio a fortement évolué et des changements continueront d’avoir lieu. Différences tendances parfois très éloignées les unes des autres se dessinent.
Il y a eu la phase pionnière des chercheurs et paysans-philosophes. Puis dès les années 1990, on a passé à la phase d’expansion avec l’irruption du bio dans la grande distribution, les paiements directs bio et un cahier des charges très pointilleux. Pour l’avenir, différentes possibilités s’ouvrent à l’agriculture bio, marquées par les attentes parfois contradictoires de la société. Manger bio, local, saisonnier, acheté directement au producteur ; ou consommer du bio venant du supermarché, y compris des tomates bio venant du Maroc par camion en hiver et des papayes bio des Indes ; ou recourir à ces deux variantes.

Différentes formes de production bio

En ce qui concerne la production, on est également en face de deux variantes : Il y a tout d’abord l’agriculture familiale de proximité, capable de produire de la très haute qualité et de faire une transformation traditionnelle soigneuse. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut fortement encourager cette forme d’agriculture. Mais pour nourrir le monde, Urs Niggli, directeur du FiBL, se demande s’il faudra également une production bio très productive et high tech (avec de l’électronique pour  régler le climat des serres, le GPS pour cultiver les grands domaines bio d’Argentine sur les courbes de niveau…). Cela amène des questions épineuses : comment faire en sorte que le dénominateur commun entre ces deux agricultures reste la durabilité sous tous ses aspects (protection de l’environnement, respect des animaux, rétribution équitable des ouvriers agricoles et du produit agricole…) ? Et quelles seront les nouvelles technologies et les nouveaux intrants auxquelles cette agriculture bio industrielle pourrait-elle recourir ? Par exemple, culture de tomates sous serre et hors-sol, fertilisées par des poissons en aquaculture : recyclage parfait, naturel et high tech, mais actuellement pas bioconforme. Il n’y a pas de réponses simples à ces questions. Les uns craignent une édulcoration du cahier des charges bio, et les autres ont peur d’une restriction trop grande des possibilités d’innovation.

On a besoin de nouvelles idées

Pour aller de l’avant, il faut des projets porteurs. L’agriculture bio de l’avenir devrait se définir par sa capacité à fournir des solutions convaincantes à des problèmes locaux et globaux. Heureusement, beaucoup de monde y travaille à l’heure actuelle. Par exemple, l’amélioration de la technique culturale, qui consiste à optimiser la rotation, la fumure organique, les légumineuses, la régulation mécanique des adventices et le travail minimum du sol, occupe et passionne actuellement beaucoup d’agriculteurs, de vulgarisateurs et de chercheurs. Un autre exemple est celui  de la production de larves d’Hermetia sur différents déchets organiques pour produire des protéines pour les poissons et les monogastriques : cette production va bientôt pouvoir démarrer en grand et permettre de remplacer une partie du soja affouragé.

Rôle attendu de L’Etat

Pour soutenir cette évolution, il est attendu de l’Etat qu’il soutienne davantage certains secteurs-clés, comme par exemple la sélection des plantes ou des animaux en fonction des besoins locaux. La sélection a besoin de nombreuses moyennes et petites entreprises, sinon il y aura une perte de diversité.

Collaborations entre bio et PER

Il est réjouissant de constater que de nombreux cahier des charges autres que celui du bio (par exemple les labels de production intégrée ou les labels concernant l’importation de denrées tropicales (Fairtrade, Rainforest Alliance…) reprennent des éléments du cahier des charges bio (par exemple la durabilité sociale), voire vont plus loin que lui sur certains aspects. Et sur le plan de la  technique, des nouveaux dénominateurs communs aux modes bio et PER apparaissent, en partie influencés par la PA 2014-2017 : agriculture de conservation, renoncement aux herbicides, affouragement des ruminants basés sur les herbages, …. Les agriculteurs des deux modes de production se retrouvent de plus en plus souvent ensemble pour discuter humus, santé des animaux, biodiversité…. Tout cela est porteur d’un avenir passionnant.

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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