Il y a assez de nourriture pour 9 milliards d'êtres humains

(18.02.2012) 

Malgré cela, environ 1.2 milliard d’humains sur les 7 milliards qu’en compte la planète ne mangent pas à leur faim et vivent sous le seuil d’extrême pauvreté. Pour lutter contre la faim, il revient aux pays du Sud de développer massivement une agriculture familiale et productive, axée sur les productions vivrières. 

Les mesures à mettre en oeuvre sont connues
Ce n’est pas le rôle des pays industrialisés (y compris de la Suisse) de produire des excédents de nourriture pour nourrir les pays du Sud. La Suisse peut se permettre d’aller dans la direction d’une production durable même si cela peut impliquer à court terme des stabilisations ou légères baisses de rendements, qui seront compensées dans certains cas par le progrès technique à venir.
C’est l’agronome suisse Hans Rudolf Herren, engagé depuis longtemps pour un développement agricole durable, qui estime qu’il y a bien assez de nourriture pour satisfaire correctement les besoins de tous les humains. Il résume dans le Neue Zürcher Zeitung les changements à introduire pour bannir la faim: le gaspillage de denrées alimentaires qui a lieu entre la production et la consommation doit être réduit. La qualité des aliments doit s’améliorer. Il faut stabiliser la consommation mondiale de viande. La dégradation des sols doit être stoppée, de même que la disparition de la diversité des espèces domestiques végétales et animales. Les ressources en eau doivent être préservées. Il faut soutenir massivement et prioritairement les petits paysans, qui représentent l’immense majorité des paysans. Il faut arrêter de favoriser une agriculture qui cherche à court terme le maximum avec des variétés à haut rendement, des engrais et des produits phytosanitaires, sans se préoccuper des conséquences écologiques à long terme. Enfin, il faut dire halte aux agro-carburants.
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Le message de l’ONU
En mars 2011, Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, a présenté un  rapport intitulé « Agroécologie et droit à l’alimentation ». Dans ce rapport, il est affirmé que l’agroécologie pourrait doubler en 10 ans la production alimentaire des régions ou règne la faim. L’agroécologie est une notion englobant différentes stratégies de production durable telles que l’agriculture biologique et l’agroforesterie par exemple. En 2006, l’université d’Essex (Angleterre) a passé sous la loupe les résultats de 286 projets récents d’agriculture durable couvrant 37 millions d’hectares dans 57 pays pauvres. Elle a constaté que l’agroécologie a augmenté les récoltes de 79 % en moyenne dans 12,6 millions d’exploitations. En 2010, la même université a examiné 40 projets d’agroécologie réalisés dans 20 pays africains dès l’an 2000. Au début de 2010, le rendement des cultures avait plus que doublé sur une période variant de trois à dix ans selon les projets.
En augmentant la fertilité des sols, « l’agroécologie diminue la dépendance des agriculteurs à l’égard des intrants externes et des subventions de l’État, ce qui rend les petits exploitants moins dépendants des commerçants locaux et des prêteurs », affirme Olivier De Schutter.

Des réalisations concrètes
Dans son rapport, Olivier De Schutter cite des exemples qui font envie. Ainsi, au Kenya, les agriculteurs ont appris à contrôler les insectes nuisibles en plantant entre les lignes de maïs des plantes répulsives comme le Desmodium et en attirant ces insectes vers des petits carrés d’une plante appelée napier ou herbe à éléphant. Ce napier produit une substance gluante dans laquelle les insectes sont pris au piège. En plus, le Desmodium sert de fourrage pour le bétail. Cette stratégie de «répulsion attraction» a permis de doubler le rendement du maïs et la production de lait tout en améliorant les sols.
En Tanzanie, 350 000 hectares de terre ont été réhabilités dans les provinces occidentales de Shinyanga et Tabora grâce à l’agroforesterie, qui vise à introduire des arbres multifonctionnels dans les systèmes agricoles.
Les agriculteurs apprennent à fabriquer leur engrais azoté eux-mêmes en recourant à la plantation d’acacias qui fixent l’azote de l’air. En Afrique, on a recours à Faidherbia albida,  une variété d’acacia présente sur tout le continent. Cet arbre entre en repos et perd ses feuilles (riches en azote) au début de la saison des pluies, au moment où les cultures sont mises en place. Il ne leur fait donc pas concurrence pour la lumière ou l’eau pendant leur croissance. En Zambie, le rendement du maïs cultivé sans engrais à proximité de ces acacias a atteint en moyenne 4,1 t/ha, contre 1,3 t/ha pour du maïs cultivé au-delà de la zone plantée d’arbres.
Au Nicaragua, après l’ouragan Mitch (en 1998), une étude a été réalisée auprès de 180 communautés de petits paysans. Sur les parcelles travaillées en agroécologie, « la perte de couche arable due aux glissements de terrain était de 18 % inférieure à celle constatée sur les parcelles conventionnelles, et l’érosion ravinante, de 69 % inférieure ».

Les politiques doivent changer
Concernant l’OMC, Olivier De Schutter a émis le 16 novembre 2011 une position catégorique : « L’OMC continue à poursuivre l’objectif dépassé d’intensifier le commerce pour son propre bien au lieu de n’encourager davantage de commerce que dans la mesure où cette intensification améliore le bien-être humain. Elle considère dès lors les politiques en matière de sécurité alimentaire comme une déviation malvenue de cette voie. Il nous faut au contraire un environnement qui encourage les politiques audacieuses visant à améliorer la sécurité alimentaire. » Non seulement l’OMC, mais également tous les gouvernements, doivent dorénavant clairement opter pour une agriculture écologiquement et socialement durable. Hans-Rudolf Herren informe qu’en juin 2012 aura lieu à Rio de Janeiro le Sommet de la terre «Rio + 20». A cette occasion, le programme pour l’environnement de l’ONU demandera aux gouvernements d’investir annuellement 200 milliards de dollars dans la revitalisation de l’agriculture en direction d’une agriculture durable. « Cela ne correspond même pas à la moitié des subventions mondiales en faveur des énergies fossiles », commente Hans-Rudolf Herren. 

Sources
Rapport « Agroécologie et droit à l’alimentation », Olivier De Schutter, 08.03.2011
Genug Nahrung für neun Milliarden Menschen », Hans Rudolf Herren, dans la Neue Zürcher Zeitung, 04.01.2012
Site internet de Olivier De Schutter: www.srfood.org
Site internet de Bio Vision (Hans-Rudolf Herren): www.biovision.ch

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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