Maîtriser l’enherbement et l’approvisionnement en azote dans les vignes bio Produits renforçant la santé de la vigne : rapports d’essais du FiBL 

Le cuivre en viticulture bio: on continue ou on arrête?

Essais avec le Silicuivre et le purin d’ortie
Le Silicuivre est un fertilisant à base de cuivre (5%) ; il est associé à des extraits de plantes et à de la silice. Selon le fabricant, il est censé augmenter la résistance de la plante vis-à-vis du mildiou. Outre l’aspect anti fongique, le Silicuivre est aussi supposé améliorer le métabolisme du calcium et de la silice dans les cellules végétales. En Suisse, ce produit n’est pas homologué comme produit phytosanitaire.

Le FiBL a mené un essai sur une vigne bio de Chardonnay du Mandement genevois en 2013 et 2014, qui comprenait les trois procédés suivants:

  • programme standard de traitement bio (Mycosan + bouillie bordelaise + soufre)
  • programme standard plus adjonction de Silicuivre
  • programme standard plus adjonction de purin d’ortie

Les quantités de cuivre métal épandues étaient identiques dans les trois procédés. Les autorisations nécessaires à la conduite de cet essai ont été préalablement obtenues.

Le Silicuivre et le purin d’ortie n’eurent pas d’effets significatifs sur les teneurs des feuilles en macro- et microéléments, sur la teneur en azote des baies et des moûts ainsi que l’état phytosanitaire et le rendement. Seule une légère tendance (non significative) à l’augmentation de la teneur des feuilles en manganèse avec le Silicuivre fut constatée.

Dans cet essai, le recours au Silicuivre ne fut donc pas pertinent. Un essai mené sur le vignoble de l’Etat de Genève en 2012 en conditions PER a donné des résultats similaires.

Maurice Clerc et Dominique Levite

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Il ne faut pas diaboliser le cuivre, et le monde du bio ne veut pas de sortie précipitée du cuivre. Mais il faut accepter l’idée qu’on devra s’en passer à moyen terme. En attendant, on peut  continuer à optimiser son utilisation. Ce n’est pas un combat d’arrière-garde.

« Quand on défonce une vigne et qu’on y remet des grandes cultures, il peut arriver que ces cultures poussent extrêmement mal en raison du cuivre accumulé dans les premiers centimètres de sol durant des décennies de traitement. Je l’ai constaté de mes propres yeux dans un cas concret ; en fin de compte, l’agriculteur a abandonné les grandes cultures et replanté une vigne, car cette plante s’enracine suffisamment en profondeur et échappe ainsi aux hautes concentrations de cuivre dans la couche supérieure du sol», relate Christian Keimer, ancien responsable du secteur « Protection de sols » du Canton de Genève.

Ne généralisons pas, ce ne sont probablement pas tous les sols de vignes défoncées qui réagiraient ainsi, mais on ne peut pas nier que le cuivre en grandes quantités peut constituer un problème entre autres pour les cultures annuelles, pour la microflore du sol et pour la faune aquatique (le cuivre peut parvenir dans les eaux de surface par l’érosion). Par ailleurs, les purins de porcs ainsi que la pluie passant sur les parties en cuivre des toits amènent au sol et aux eaux de surface de grandes quantités de cuivre. Il faut donc voir le problème dans sa globalité et tenir également compte des  problèmes notables de toxicité sur l’environnement que causent certains produits phytosanitaires de synthèse. Il faut aussi rappeler qu’on a bien travaillé depuis 20 ou 30 ans, car on a fortement diminué les apports de cuivre par hectare et année.

Alternatives pour demain

Les premiers extraits de plantes ou autres substances naturelles pouvant valablement remplacer le cuivre ne sont pas attendus avant 2018, malgré le travail acharné d’Agroscope, du FiBL et de nombreux chercheurs à l’étranger. Mais le challenge sera difficile, car le cuivre a également des effets secondaires bactéricides intéressants sur les nécroses bactériennes ou le black rot. En attendant, cherchons à tirer le meilleur parti possible du cuivre.

Stratégies pour aujourd’hui

Globalement, les différentes formes de cuivre (hydroxyde, oxychlorure, cuivres à action systémique...) ont une efficacité comparable, et des dosages faibles (dès 200 g de cuivre) sont à même de protéger le feuillage tant qu’on est en situation de prévention et non pas en présence d’une pression élevée avec un début d’infection du feuillage. Mais l’optimisation du recours à des petites doses ou l’optimisation des formulations n’est de loin pas terminée. Les viticulteurs aimeraient savoir s’il y a une relation entre les dosages de cuivre et la formulation des produits d’une part, avec la durée de la protection du feuillage d’autre part. Car ils souhaiteraient pouvoir espacer les traitements et ainsi s’économiser du travail. Ils encouragent donc les chercheurs et vulgarisateurs à se pencher sur ces questions et à multiplier les essais pratiques pouvant apporter des réponses.

Parmi les stratégies complémentaires, mentionnons l’utilisation de Mycosan (ou argile acidifiée), le recours systématique à l’agrométéorologie pour le choix des dates d’intervention et des dosages, et l’amélioration des techniques de pulvérisation. On peut aussi tester le recours à des extraits de plantes ou des poudres de roche qui contiennent par exemple de la silice et qui renforcent la santé de la vigne ; mais ces substances ne peuvent pas à elles seules protéger la vigne contre le mildiou. On peut aussi donner à la vigne davantage d’aération en choisissant des inter-rangs plus espacés et un nombre de plants par hectare plus faible. Enfin, il est souhaitable que la culture de cépages tolérants au mildiou se développe, mais sans précipitation car il faut convaincre le consommateur du bien-fondé de la démarche et de la qualité des vins.

Qu’il s’agisse des stratégies de protection fongique pour aujourd’hui ou pour demain, il faut que tout le monde joue le jeu et que les problèmes soient abordés rationnellement. A cet égard, il est peu compréhensible que des vendeurs mettent sur le marché des produits non homologués.

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Dernière actualisation de cette page: 26.03.2015

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