Poires: contrôle de la tavelure  Gestion de la tavelure en automne et en hiver 

La tavelure et la maladie de la suie du pommier : recommandations de traitement

Dans le monde entier, la tavelure et les taches de suie provoquent les problèmes phytosanitaires les plus importants dans la production de pommes bio. L’assortiment sans cesse croissant de variétés résistantes à la tavelure permet d’économiser une grande partie des traitements contre cette maladie (photo du haut). Par contre, toutes les variétés tardives sont plus ou moins sensibles aux taches de suie et aux crottes de mouche, deux maladies liées à des complexes parasitaires fongiques. Les symptômes sont des plages noires superficielles plus ou moins étendues pour la maladie de la suie (photo du centre). Pour les crottes de mouche, il s’agit de petites tâches rondes, noires, souvent groupées (photo du bas). Depuis de nombreuses années, les différents essais pratiques ont permis d’optimiser les conseils phytosanitaires et d'élaborer des stratégies de traitement qui couvrent la protection contre ces maladies.

Prévention des risques

La tavelure (photo du haut) est la maladie la plus dommageable sur pommiers. Cette maladie fongique causée par le champignon Venturia inaequalis engendre des lésions noires ou brunes à la surface des feuilles, des bourgeons ou des fruits et parfois même sur le bois. Elle est fortement influencée par les conditions météorologiques : les risques de contaminations augmentent avec la hausse des températures et de l’humidité. C’est pourquoi avant tout, il est primordial de se référer à RimPro pour déterminer les risques d’infection et agir en préventif et ne faire appel aux moyens curatifs qu’en dernier recours.

Recommandations de traitements

    Cuivre (200-700 g de Cu métal/ha) seul – attention à ne pas dépasser 4 kg/ha/année, ou
    Cuivre (100-200 g de Cu métal/ha) et soufre mouillable 80% (3.2 kg/ha), ou
    Myco-Sin (8 kg/ha) + + soufre mouillable 80% (3.2 kg/ha), ou
    Armicarb* (3.2 kg/ha) + soufre mouillable 80% (3.2kg/ha), ou
    Vitisan* (5 kg/ha) + soufre mouillable 80% (3.2 kg/ha), ou
    Vitisan* (5 kg/ha) + Biofa Cocana (8 L/ha), ou
    Curatio** (18-25 L/ha)
*Armicarb et Vitisan bénéficient d’un effet stop partiel jusqu’à maximum 12-24 h après la pluie
**Curatio bénéficie d’un effet stop partiel maximum 24h après l’infection pour des températures moyennes entre 12-13°C.

Le cuivre

Le cuivre peut être utilisé de la première application jusqu'au débourrement avancé (oreilles de souris) ou même jusqu'au stade pré-bouton rose si un russetting léger peut être accepté. Le russeting sur les pommes est un type particulier de peau, légèrement rugueuse, avec une couleur allant habituellement du brun-verdâtre au brun-jaunâtre ou gris-roussâtre, suggérant une fine pellicule liégeuse. Parfois propre à la variété, l'apparition du russeting peut aussi avoir d'autres origines dont les applications agrochimiques. Certaines variétés supportent des doses très faibles jusqu'à la fin juillet. Néanmoins, le risque de russeting sur fruit est accru et de la phytotoxicité peut apparaître sur les organes humides ou mal aoûtés. Les risques de brûlures sont plus grands par temps froid et humide et il faut éviter les arrosages sous grand soleil. Le cuivre est quand même préférable au soufre par temps froid (<15°C) et avant la floraison.
Attention aux populations d’acariens et à l'accumulation du cuivre dans le sol.

Le soufre

Le soufre appliqué en mélange avec le cuivre, l’Armicarb ou le Vitisan a une action préventive. Il créé une barrière contre les spores, en effet cet élément s'oxyde au contact des feuilles et brûle les spores. Son efficacité est peu résiduelle donc de courte durée et souvent trop faible en cas de forte pression. C’est pourquoi il est conseillé de ne pas l’employer seul. Son efficacité ne sera assurée que par des températures suffisamment élevées. Par contre le soufre est phytotoxique pour les fruits et les feuilles, surtout par temps chaud. On recommande son usage uniquement entre 10°C et 28ºC. Certains cultivars, notamment rouges sont très sensibles à la phytotoxicité du soufre.
Le soufre est également nuisible à certains insectes utiles tels que les punaises, les acariens prédateurs et les hyménoptères parasites. Son accumulation dans le sol peut aussi engendrer une acidification.

L'argile

Le Myco-sin (argile sulfurée + extrait de prêle) lutte contre la tavelure mais aussi l’oïdium, le feu bactérien, Marssonina et les maladies de conservation. Le produit agit en préventif par la libération d’ions aluminium en solution aqueuse, qui désactivent les spores de champignons en germination. Myco-Sin agit aussi par temps froid. Son utilisation peut être délicate selon l’équipement de pulvérisation. Il est conseillé de délayer le produit un bon volume d’eau au préalable à laquelle on aura ajouté de l’acide citrique, de remplir à 50% le tank en eau puis d’incorporer la préparation avec l’agitateur en marche et enfin d’y ajouter le solde d’eau.
Ne mélanger le Myco-sin qu’avec du soufre mouillable, proscrire tout autre type de soufre.

Le bicarbonate

L’Armicarb (bicarbonate formulé) n’est pas uniquement efficace contre la tavelure mais également les taches de suie, les crottes de mouche et l’oïdium. Ce produit agit par pression osmotique pour générer la lyse les spores. Son mode d’action lui avait à ces débuts prévalu une mauvaise presse car de légères brûlures avaient été constatées sur feuilles. Depuis lors, les essais et les nombreuses expériences de la pratique ont permis d’optimiser les conseils phytosanitaires concernant ce produit. Il est important de ne pas renouveler trop rapidement les applications du produit (plus de 8 jours) en vue d’éviter l’accumulation du produit. La dose peut être réduite à 3.2 kg/ha en mélange avec du soufre mouillable afin de limiter ces risques phytotoxiques, mais attention à proscrire les formulations de soufre liquides. Néanmoins, des sensibilités variétales aux nécroses sur feuilles ont été observées à Frick, Remigen, Pfyn, Sulgen et Aubonne, de 2006 à 2008 :

Application d’armicarb
Sensibilité des variétés aux nécroses sur feuilles
(Observations de Frick, Remigen, Pfyn, Sulgen et Aubonne, 2006-2008)
VariétéSensibilité aux nécroses sur feuilles
Ecoletteforte
Elstar forte
Pomme clocheforte
Rose de Berneforte
Golden Delicious moyenne
Galamoyenne
Iduna moyenne
Meran moyenne
Arlette faible
Cox Orange faible
Retina faible
Resi faible
Vanda faible
Boskoop aucune
Braeburn aucune
Evelinaaucune
Fiesta aucune
Goldparmäne aucune
Gravenstein aucune
Idared aucune
Jonica aucune
Maigold aucune
Ottawa aucune
Pinowa aucune

De part sa formulation, l’Armicarb a une bonne adhérence sur les feuilles et ainsi une bonne résistance au lessivage. Les savons qui entrent dans sa composition amènent son efficacité contre la maladie de la suie et les crottes de mouche.
On préférera employer l’Armicarb lors des périodes de risques moyens à faibles, en infections secondaires notamment et en été-automne afin de profiter de son efficacité contre la maladie de la suie. La même marche à suivre est la même que pour le Mico-syn concernant la préparation de la bouillie.

Le Vitisan est composé de bicarbonate pur. Vitisan a un mode d’action similaire à l’Armicarb donc des efficacités comparables contre la tavelure et l’oïdium mais n’étant pas formulé, utilisé seul, il sera plus vite lessivé et n’agira pas contre la maladie de la suie. Par ailleurs, moins de dégâts de phytotoxicité ont été observés avec ce biocarbonate, même s’il risque également de créer des nécroses en étant accumulé.
Contre la maladie de la suie et afin d’améliorer l’adhérence du Vitisan, on ajoutera du Biofa Cocana (savon de coco).

La chaux soufrée

Le Curatio est un fongicide de contact à base de chaux soufrée. Il s’utilise plutôt en curatif juste après une pluie sur feuillage humide, puis apportera après séchage une protection préventive. On le privilégiera en période d’infections primaires, mais il est également efficace contre maladie de la suie et Marssonina. Attention à ne mélanger Curatio avec aucun autre produit et à bien rincer et nettoyer tous les équipements de pulvérisation immédiatement après traitement.

Auteurs : Lucius Tamm, Andi Häseli, Hans-Jakob Schärer et Flore Lebleu, FiBL

 

Dernière actualisation de cette page: 08.01.2018

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