Plantes indésirables dans les alpages, investir sur du long terme

Les alpages d’estivage souffrent d’un manque de planification des travaux d’entretien et d’exploitation. Ce déficit engendre une pression accrue des adventices indésirables empêchant une production d’un fourrage de qualité.

(07.05.2020) 

Plan d’exploitation

A long terme, il est judicieux de composer avec un plan d’exploitation pour une utilisation raisonnée et optimale des alpages d’estivage. Outre les besoins en eau, abris, clôtures et entretien général des accès, il s’avère important de caler la date de montée à l’alpage en fonction de la poussée de l’herbe et en misant très tôt sur une charge plus importante de bétail sur les parcelles les plus précoces. Il est aussi utile de prévoir une rotation en fonction des caractéristiques et de l’historique de chaque zone de l’alpage. Une fois le bétail présent, les adventices au stade plantule sont rapidement consommées et l’herbage se densifie sous l’action des bovins. Dans tous les cas,  il convient d’adapter le type de bétail aux parcelles ; des parcelles plus humides accueillent mieux des animaux plus légers. Des parcelles riches en éléments nutritifs devront être pâturées avec une densité suffisante d’animaux, mais en évitant toute zone de repos avec un risque d’accumulation d’excréments. Dans bien des cas, le manque de planification conduit à une sous-exploitation et les conséquences sont rapidement visibles. Les lisières de forêt et les ronces envahissent rapidement les pâturages. Les plantes problématiques et voleuses d'espace ne peuvent plus être tenues en échec.

Actions nécessaires

Additionnelles au plan d’exploitation, certaines actions doivent être menées dès le printemps, au moment de la préparation des alpages. Les chardons sont déjà présents au stade de rosette et peuvent facilement être arrachées à l’aide d’outils appropriés. La plupart des plantes problématiques se développe en milieu enrichi en matières nutritives. En particulier le rumex des Alpes (Rumex alpinus) est très concurrentiel (lumière) et s’accommode bien des sols humides et compactés. De plus, passé un certain stade, il n’est plus consommé par le bétail et prolifère rapidement. Afin de rétablir l’équilibre botanique  il convient d’éviter un accès prolongé aux animaux et  les zones souvent utilisées comme place de repos doivent être clôturées pour les rendre inaccessibles une fois le fourrage consommé. Comme le mode le plus efficace de dissémination des plantes les plus problématiques reste la graine, la fauche régulière avant floraison permet d’éviter la contamination de l’ensemble des pâtures et à long terme mène à un affaiblissement des indésirables. L’alternance de pâture et de fauche dans les endroits les plus accessibles est également un bon moyen de réguler la prolifération de joncs par exemple, plantes extrêmement rustiques, non consommées par les animaux et qui ont tendances à rapidement envahir les pâtures.

Plantes toxiques

Certaines plantes comme le vératre blanc (Veratrum album), la fougère (Pteridium aquilinum et Dryopteris filix-mas) et le séneçon des Alpes (Senecio alpinus) sont considérées toxiques à très toxiques pour l’homme et le bétail. Eviter leur prolifération relève donc de la santé des troupeaux de jeunes bovins, tels que les remontes d’élevage ou les animaux d’engraissement. Pour ces trois plantes, un fauchage successif à un stade plantule provoque une baisse progressive de la vigueur et une réduction conséquente des surfaces envahies. Le vératre et le séneçon peuvent être arrachés à un stade plus avancé en extirpant le rhizome ainsi que les bourgeons enterrés à l’aide d’une fourche à rumex ou d’un cylindre-extracteur. Des conditions humides favorisent grandement le succès de cette méthode. La manipulation de ces plantes doit se faire impérativement avec des gants, les substances excrétées peuvent provoquer des symptômes de toxicité graves. Il est fortement recommandé de se débarrasser des plantes fauchées. Les plantes sèches jonchant le sol sont particulièrement appétantes et présentent donc un danger important, surtout chez les jeunes animaux.

Conduire son alpage sans chimie

Il apparaît de plus en plus évident que les meilleures stratégies d’entretien des herbages des pâturages d’estivage sont celles planifiées à long terme et basées sur une adaptation des pratiques. Miser sur l’équilibre sol-plantes revient à favoriser une pâture relativement intensive, à adapter la charge et le type des animaux et planifier une mise en défens des zones humides, compactées et chargées en éléments nutritifs. Le FiBL travaille depuis de nombreuses années sur des techniques d’entretien des pâturages d’estivage sans chimie, basées sur des stratégies durables de contrôle de ces plantes à problèmes sans toutefois chercher à les éradiquer. Les fleurs de certaines de ces plantes sont une source de nourriture pour les insectes et favorisent donc également le maintien de la biodiversité des biotopes alpins. Des informations pratiques sur les mesures de lutte mécanique et préventive sont disponibles sur le site de www.bioactualites.ch: régulation des adventices dans les prairies,  ainsi que sur le tout nouveau site internet www.patura-alpina.ch réalisé par Agridea, FiBL, Alpe, Agroscope et l’ADCF.

NS, FiBL

Source: Article paru dans l'Agri Hebdo du 30 avril 2020.

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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