De l’intérêt à produire des baies bio en Suisse Romande

Alors que les récoltes fruitières touchent à leur fin, la première rencontre d'un groupe d’intérêt pour la production de baies biologiques romand, s’est tenu le dernier jour d'octobre sur le domaine de la famille Vulliemin à Pomy.

(06.11.2018) Faisabilité des baies bio
L’offre en petits fruits bio ne répond pas à la demande du marché. L’antenne romande du FiBL a mené une enquête auprès des producteurs sur la faisabilité agronomique et économique de la production de baies biologiques en Suisse romande. L’objectif de ce travail était de mettre en lumière les freins et opportunités de la culture de baies biologiques (fraises, framboises, mûres, myrtilles) en Suisse Romande. Ainsi les questions sur lesquelles le FiBL pourrait travailler sont soulevées et un groupe d’intérêt a été créé.

Un panel diversifié
Au total, 18 producteurs ont participé à l’enquête et répondu à des questions sur leurs exploitations, leurs pratiques et leurs problématiques. Parmi les agriculteurs participants, 60 % produisent en conventionnel (dont 1/4 prévoit de passer en bio), 25 % sont en bio et 5 % en reconversion. La fraise est l’espèce la plus cultivée avec près de 2/ 3 des surfaces (dont 9 % en hors-sol non compatible avec les exigences bio), vient ensuite la framboise d’été (19%), d’automne (5 %), la mûre (7 %) et la myrtille (6 %). Les exploitations qui produisent des baies, ont le plus souvent aussi des arbres fruitiers et des grandes cultures (> 50 %). Un tiers des producteurs fait aussi du maraîchage et un quart a des vaches laitières et/ou allaitantes. Au final, 9 producteurs souhaitent intégrer le groupe d’intérêt.

Les variétés savoureuses et précoces sont privilégiées
Pour la fraise, ‘Cléry’ et ‘Joly’ sont les plus cultivées, en raison de leurs caractéristiques bien adaptées à la vente directe (goût exquis, mais faible durée de conservation). Viennent ensuite ‘Darselect’ et ‘Laetitia’, jugées peu sensibles aux maladies. La majorité des producteurs choisissent des variétés précoces (‘Cléry’, ‘Amy’, ‘Daroyal’, ‘Flair’) pour profiter d’un marché avantageux, avant la haute saison et éviter les attaques de Drosophila suzukii. Lors de la séance de restitution, André Ancay de l’Agroscope Conthey, a présenté les recherches effectuées pour la sélection de variétés adaptées à la culture bio.
Plusieurs voies de commercialisation
Les trois quarts des agriculteurs utilisent au moins deux canaux différents pour la vente des baies. La moitié vend une partie des récoltes à la ferme; seul un producteur écoule sa production uniquement en vente directe. La moitié des producteurs propose l’auto-cueillette, dont 20 % exclusivement. Ensuite vient la vente en épicerie et/ou en grande surface avec un tiers chacun. Seul un quart des participants fait les marchés.

Principales difficultés agronomiques : adventices, ravageurs et maladies
Ce sont particulièrement les adventices, le botrytis et les acariens qui posent problème pour la culture de la fraise. Tandis que pour les framboises ce sont le botrytis, puis le phytophthora et Drosophila suzukii qui sont pointés. Les aléas climatiques sont une problématique grandissante avec notamment le risque de gel printanier (framboises, myrtilles), les pluies abondantes et à contrario la sécheresse. Des solutions concrètes et des pistes de recherche ont pu être abordées lors de la séance de restitution. Une présentation des axes principaux de recherche de l’Agroscope et du FiBL sur la culture des petits fruits ont également été exposé.

Limites économiques : installations et main d’œuvre
Le coût des infrastructures (tunnels, filets, plastiques, bâches) et les heures de montage pour les cultures sous protection restent des contraintes majeures, tout comme  la gestion de la main d’œuvre lors les pics de travail. Les exploitants ont également de la peine à trouver du personnel compétent et de confiance à prix compétitif, compte tenu de la pénibilité du travail. L’auto-cueillette est une réponse à ces problématiques. Celle-ci permet d’amener la clientèle sur l’exploitation et de minimiser les coûts de cueillette. En revanche, elle amène d’autres défis : information, communication avec les clients (importance d’un site internet bien structuré et actualisé), fluctuation de l’affluence suivant la météo, gestion des cueilleurs (supervision de la cueillette), ou encore concurrence entre producteurs voisins.

Intérêt à la reconversion
Plusieurs participants à ce réseau sont en conventionnel et s’interrogent sur une potentielle reconversion. Ils sont actuellement confrontés aux risques liés à l’emploi des produits phytosanitaires, font face au retrait du marché de certaines substances et à l’apparition de résistances. Néanmoins, la lutte contre les adventices, les maladies et les ravageurs, ainsi que le fait de ne pas avoir de « filet de sécurité » sont évoqués comme les freins principaux à une reconversion. Ils redoutent également le fait de devoir passer toutes les cultures en bio, des rendements plus faibles, ou encore la perte de clientèle dû à l’augmentation des prix.

Mise en réseau
Les résultats de cette enquête ont conduit le FiBL à mettre les agriculteurs en réseau pour répondre à leurs besoins d’avoir des contacts entre eux, de discuter de leurs défis et de leur stratégie. Les producteurs de petits fruits intéressés par la culture en bio sont les bienvenus à intégrer le groupe, n'hésitez pas à contacter l'interlocutrice pour l'arboriculture en Suisse romande.

Remarque: ce texte est une nouvelle du jour. Il ne sera pas actualisé ultérieurement.

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