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Interlocuteur

Jean-Luc Tschabold

Jean-Luc Tschabold
Sciences végétale, techniques de production
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Stratégie d’utilisation de l’armicarb sur pommiers contre la tavelure et les taches de suie

Le nouveau produit Armicarb ne facilite pas seulement la régulation de la tavelure...
...mais aussi celle des taches de suie....
... et des crottes de mouche

L’armicarb est un nouveau produit contre la tavelure. Il ne facilite pas seulement la régulation de la tavelure mais également celle des taches de suie (photo du milieu) et de la crotte de mouche.

Dans le monde entier, la tavelure et les taches de suie provoquent les problèmes phytosanitaires les plus importants dans la production de pommes bio. L’assortiment sans cesse croissant de variétés résistantes à la tavelure permet d’économiser une grande partie des traitements contre cette maladie. Par contre, toutes les variétés tardives sont plus ou moins sensibles aux taches de suie. Jusqu’à aujourd’hui, la lutte contre la tavelure consistait à appliquer du cuivre et/ou des préparations à base d’argile en combinaison avec le soufre jusqu’à la floraison, puis du soufre mouillable après la floraison. Et pour réguler les taches de suie, il n’y avait que la préparation Cocana RF à base de savon de coco. Il y a deux ans, le fongicide «Armicarb»,  à base de bicarbonate de potassium, a été autorisé pour la culture bio ; cette préparation permet de réguler les deux maladies. Depuis lors, les essais et les nombreuses expériences de la pratique ont permis d’optimiser les conseils phytosanitaires concernant ce produit.

Composition

L’armicarb contient non seulement du bicarbonate de potassium, mais également 20 % d’additifs qui améliorent la sécurité de l’efficacité du produit en comparaison du bicarbonate de potassium pur. L’armicarb est classé comme non toxique par l’Office fédéral de la santé publique ; voilà pourquoi aucune valeur-limite n’a été fixée. A part sur les fruits à pépin, l’armicarb est également autorisé contre l’oïdium sur certaines cultures maraîchères et plantes médicinales.

Effet contre la tavelure et les taches de suie

Les expériences de la pratique durant 2008 et 2009 confirment la bonne efficacité qui avait été constatée dans les essais contre les taches de suie et les crottes de mouche. De même, l’effet sur la tavelure des feuilles est relativement bon ; il est même légèrement meilleur que le soufre seul. Toutefois, l’énorme pression de la tavelure durant la saison 2008 a montré les limites de ce produit. Par contre, l’effet sur la tavelure des fruits est étonnamment bon ; en combinaison avec le soufre, il est clairement supérieur aux stratégies utilisées précédemment.

Effet « stop »

Des essais en conditions contrôlées ont montré que l’armicarb a un très bon effet durant les 24 premières heures qui suivent le début de l’infection. Ce produit est donc une alternative intéressante pour stopper les infections.

Effets secondaires

L’utilisation de l’armicarb dans la pratique a montré que ce produit peut provoquer, dans certaines conditions d’utilisation et sur certaines variétés, des nécroses des feuilles et une chute prématurée du feuillage. Les nécroses sur les feuilles sont reconnaissables à la brusque apparition de taches brunes, sans nuances dans le temps (pas de détection précoce possible) ou dans l’intensité (pas de petites taches d’irritations modérées). Lors de la chute prématurée du feuillage, des symptômes de carence en magnésium apparaissent. Les nécroses des feuilles dépendent fortement du dosage, de la fréquence d’application, de la variété et de la météo. Nous ne maîtrisions pas encore toutes les relations entre ces facteurs. Le dosage et la fréquence d’application ont probablement une influence prépondérante sur les nécroses constatées sur variétés sensibles. Il ne faudrait donc pas répéter les traitements à une fréquence inférieure à 8 jours sur ces variétés, et il ne faudrait pas appliquer plus de 4.8 kg/ha d’armicarb. La combinaison avec 2 à 5 kg/ha de soufre mouillable (comme par ex. Thiovit, Soufralo ou Stulln) est recommandée. Par contre, la combinaison avec d’autres formulations de soufre, en particulier du soufre liquide, devrait être évitée, en attendant que les possibilités d’utilisation de ces combinaisons soient clarifiées.

Dans quelques cas, sur certaines variétés et à certains endroits,  il a été observé que l’armicarb peut favoriser la formation du rougissement des lenticelles (causé probablement par Pseudomonas syringae) et du Gloesporium. Mais ces observations ne sont pas encore assurées. Dans les essais de conservation en chambre froide effectués par les producteurs, aucun problème n’a été constaté jusqu’à aujourd’hui sur les premiers stockages importants de pommes traitées à l’armicarb. Et il a été constaté une réduction de la tavelure de conservation sur ces lots de pommes.

Application d’armicarb
Sensibilité des variétés aux nécroses sur feuilles
(Observations de Frick, Remigen, Pfyn, Sulgen et Aubonne, 2006-2008)

Sorte

Sensibilité aux nécroses sur feuilles

Ecolette

forte

Elstar

forte

Pomme cloche

forte

Rose de Berne

forte

Golden Delicious

moyenne

Gala

moyenne

Iduna

moyenne

Meran

moyenne

Arlette

faible

Cox Orange

faible

Retina

faible

Resi

faible

Vanda

faible

Boskoop

aucune

Braeburn

aucune

Evelina

aucune

Fiesta

aucune

Goldparmäne

aucune

Gravenstein

aucune

Idared

aucune

Jonica

aucune

Maigold

aucune

Ottawa

aucune

Pinowa

aucune

Périodes d’application

Appliquer l’armicarb :

  • après la floraison ;
  • avant tout en été et en automne, pour profiter de l’effet de protection contre les taches de suie ;
  • en avril et en mai, pour stopper une infection qui a déjà eu lieu ou qui se prolonge, pendant la phase d’infection primaire (ascospores), après le lessivage du dépôt de produit sur les feuilles. Pour déterminer l’apparition des infections, se référer à RimPro.
    Lien vers RimPro

Dosages

L’armicarb est appliqué à une dose de 4.8 kg/ha (0.3 %) ; après la floraison, dès que les fruits ont la taille d’une noix, on lui ajoute dans le pulvérisateur 3.2 kg/ha (0.2%) de soufre mouillable Thiovit, Soufralo ou Stulln.

Dès juin, sur variétés résistantes à la tavelure, pour prévenir ou combattre les taches de suie, l’armicarb peut être appliqué à 4.2 kg/ha, de préférence après des précipitations. Pour diminuer le risque de phytotoxicité, il est possible, surtout en juin et juillet, d’alterner avec le savon de coco pour réguler les taches de suie. Lors des derniers traitements (jusqu’à 8 jours avant la récolte), et éventuellement entre le 1er et 2ème passage de récolte, lors de fortes pressions d’infection, seul l’armicarb peut être encore utilisé grâce à son délai d’attente de seulement 8 jours.

Perspectives

Dans la stratégie phyto, l’armicarb va combler une lacune importante chez de nombreuses variétés, en particulier les variétés tardives, en raison de leur sensibilité aux taches de suie. Il manque encore quelques connaissances en ce qui concerne l’influence de la météo et de la physiologie de l’arbre sur l’effet et les risques du produit. Dans ce contexte, certaines expériences faites en Italie, qui indiquent un effet curatif de l’armicarb, sont intéressantes.

Auteurs : Lucius Tamm, Andi Häseli et Hans-Jakob Schärer, FiBL