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Maurice Clerc

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Prévenir les dérives de produits phytosanitaires de synthèse par des bandes-tampons

Bande-tampon entre deux cultures
Bande-tampon entre un champ de colza conventionnel (à gauche) et un champ d’épeautre bio (à droite). Canton de Neuchâtel, 23.04.2009.

Lorsque des parcelles conventionnelles côtoient des parcelles bio, les produits phytosanitaires de synthèse utilisés sur la parcelle conventionnelle peuvent dériver sur la parcelle bio. Ce risque existe spécialement s’il y a du vent lors des applications de produits, si les techniques d’application ne sont pas professionnelles ou si les pulvérisateurs ne sont pas réglés de manière optimale. 

Le risque de contamination par dérive est spécialement élevé dans les cas suivants :

  • culture conventionnelle subissant de nombreux traitements ;
  • traitements de fongicides ou d’insecticides chimiques (gouttes plus fines et donc plus légères que les gouttes d’herbicide) ;
  • topographie locale (par ex. culture bio située à la suite de la culture conventionnelle dans le sens du vent dominant) ;
  • producteur non bio ne prenant pas de mesures spéciales de précaution en raison de la présence d’une culture bio à proximité de sa culture conventionnelle ;
  • présence d’un verger à proximité de parcelles bio.

Afin de remplir son devoir de précaution, l’agriculteur bio doit entreprendre tout ce qui lui est possible pour éviter cette dérive et donc éviter la contamination de sa récolte par des produits chimiques. Mais le producteur non bio doit aussi répondre à son devoir de précaution. Les prescriptions légales sont claires à ce sujet, et une grande importance est accordée à l’exactitude d’application et la protection de l’environnement lors des applications. Or la pratique effective des applications n’est pas contrôlée ; par exemple, des applications au gun ont encore lieu dans des parcelles facilement accessibles,  ce qui ne devrait pas se faire. Malheureusement, des incitations à ne mettre sur le commerce que des pulvérisateurs provoquant le minimum de dérive font défaut.

Voilà pourquoi les spécialistes (Büchi et Bigler, ART, 2002) ont formulé les directives suivantes pour éviter les dérives :

  • aucun épandage de produits phytosanitaires si le vent a une vitesse supérieure à 5 m/s et si la température dépasse 25 °C ;
  • technique d’épandage empêchant la formation de petites gouttes, par ex. en utilisant des buses à injection ;
  • rampes de traitement passant le plus bas possible sur la culture ;
    - aucun traitement à moins de 3 m d’une surface de compensation écologique ;
  • éventuellement, traitement du bord du champ avec une autre technique d’application, par ex. avec pression de traitement fortement réduite et vitesse d’avancement réduite.

En cas de risque élevé de dérive, il est fortement recommandé à l’agriculteur bio d’implanter sur son terrain une bande-tampon facile à entretenir en bordure de la parcelle conventionnelle. Cette bande-tampon peut être constitué  d’une prairie, d’un engrais vert ou d’une jachère, par exemple. Idéalement, elle fera 3 m de large, afin que son entretien par fauchage (si nécessaire) soit facile à effectuer avec des machines usuelles.