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Milo Stoecklin
Conseiller en agriculture biologique
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Rentabilité des différents systèmes d'engraissement au pâturage

Trois bovins couhés dans l'herbe

Les grandes cultures bio génèrent un revenu supérieur à celui des grands cultures en PER. Mais qu'en est-il de l'engraissement de bovins au pâturage en zone de plaine ? La production biologique sort ici également son épingle du jeu.

Nous avons comparé différents systèmes labellisés de production de viande sur pâturage: "Natura-Beef", "Bœuf de pâturage" avec 100% de pâture en été, "Bœuf de pâturage" avec 50% de pâture en été (et complément à l’ensilage de maïs), et "Engraissement de gros bovins à la crèche". Chacun des systèmes a été calculé en mode de production PER et Bio. Deux indicateurs de rentabilité ont été calculés, à savoir le revenu du travail / heure et le revenu agricole / ha.

Tableau avec tous les résultats (60 Ko)

Principaux résultats

  • Bio-PER : le revenu du travail / heure et le revenu agricole / ha sont toujours supérieurs en Bio, sauf dans la variante "Engraissement de gros bovins à la crèche".
  • Natura-Beef : avec moins de Fr. 1'000.- de revenu agricole / ha et un revenu du travail aux environs de Fr. 10.- de l'heure, la production de veaux "Natura-Beef" présente les résultats parmi les plus faibles.
  • Bœuf de pâturage : Dans les conditions cadres actuelles, le revenu agricole / ha de la variante "Bœuf de pâturage" complétée à raison de 50% de maïs à la crèche en été affiche des résultats supérieurs à l'option 100% pâture en été. Avec Fr. 27.- / heure, c'est d'ailleurs l'option "Bœuf de pâturage" avec 50% de maïs qui génère la meilleure rémunération du travail.
  • "Engraissement de gros bovins à la crèche": système intensif par nature, cet engraissement selon les règles PER dégage le meilleur revenu à la surface, soit Fr. 3'479.- / ha. Cette même production conduite en Bio provoque par contre une chute de revenu agricole / ha à Fr. 1'178.-. Le revenu du travail / heure y descend même à Fr. 6.-. L'absence de plus-value sur le prix de vente, les coûts d'intrants plus élevés, la diminution de la productivité de la surface fourragère ainsi qu'un niveau élevé de coûts de structure par UGB expliquent cette situation.
  • Pâture : notons qu’en Bio l’engraissement de taureaux à la crèche est toujours autorisé sur la base des règles SRPA (accès permanent à la courette, pâturage pas obligatoire), tandis que les génisses et les bœufs à l’engrais devront bientôt avoir obligatoirement accès à la pâture, selon une décision de l’Assemblée des délégués de Bio Suisse du 20 avril 2011.

Indicateurs de rentabilité

Les deux indicateurs retenus pour apprécier la rentabilité de ces différentes branches de production donnent parfois des informations contradictoires. Se pose alors la question de savoir quel calcul est adapté à quelle situation.

  • L'indicateur du revenu du travail / heure est particulièrement pertinent dans une logique de long terme, notamment lorsque des investissements doivent être consentis dans les bâtiments. Il est également préférable lorsque la charge en travail sur l'exploitation est importante et/ou lorsque l'exploitant a l'opportunité de générer un bon revenu horaire sur d'autres branches de production ou à l'extérieur.
  • L'indicateur du revenu agricole / ha est plus adapté pour prendre des décisions sur le court terme, lorsque les investissements dans les bâtiments sont déjà réalisés et qu'il n'y a aucune possibilité de mettre en valeur sa force de travail dans d'autres branches de production.

PA 2014-2017

Les calculs présentés ont été réalisés sur la base des conditions actuellement en vigueur. Au vu du développement envisagé de la politique agricole, il est très probable que les options avec production sous label de "Bœuf de pâturage" maintiennent leur avantage concurrentiel par rapport à la situation actuelle.

Coûts de structure

En général, pour l'ensemble des options calculées, le revenu du travail / heure est très sensible aux variations des coûts de structure. Ainsi, une diminution de ceux-ci de 10% apporte quelque Fr. 5.- de revenu horaire supplémentaire dans les systèmes avec 100% de pâture en été. Pour obtenir des résultats satisfaisants, il est certes important de maîtriser les techniques de production. Toutefois, dans les systèmes de production de viande sur pâturage, la maîtrise des coûts de structure est tout aussi déterminante.

Blé ou engraissement au pâturage ?

En bio et en zone de plaine, le revenu agricole par ha ou le revenu du travail par heure est plus élevé pour le blé que pour l’engraissement au pâturage. Malgré cela, il est intéressant de pratiquer l’engraissement au pâturage pour mettre en valeur les fourrages de l’exploitation (Bio Suisse exige 20 % de prairies temporaires dans la terre assolée) ou pour produire des engrais organiques pour les cultures et l’entretien des sols.

Références choisies pour les calculs

  • Marges brutes par animal produit dans les différents ateliers : elles se basent sur les pratiques et prix moyens actuels en zone de plaine.
  • "Boeuf de pâturage bio": les calculs ont été faits avec des remontes d'engraissement achetées à Fr. 1450.- . Si ces remontes sont produites par des vaches allaitantes présentes sur la ferme, on part de l'idée que ces animaux auraient une valeur supérieure à Fr. 1450.- . En conséquence, la rentabilité de l'engraissement final serait moins élevée.
  • "Boeuf de pâturage": les calculs ont également été faits avec des remontes d'engraissement achetées à Fr. 1450.- . 
  • Coûts de bâtiments : ils se basent sur la valeur à neuf du bâtiment de Fr. 15'000.- / UGB, d'une durée d'amortissement de 30 ans et de frais d'entretien de 1% par an.
  • Autres coûts de structure : ils se basent sur les différents groupes de coûts par ha issus de la mise en valeur des données comptables des exploitations jurassiennes. Différentes adaptations ont toutefois été apportées. Ainsi, les coûts de mécanisation par ha ont été diminués de 20% dans les systèmes avec 100% de pâture pendant la période de végétation.
  • Frais généraux : compte tenu des coûts de contrôle et de label supérieurs, les frais généraux des variantes bio ont été augmentés de 10%.
  • Temps de travail relatif à la garde des animaux et à la culture des surfaces fourragères : il a été défini sur la base des nouvelles références de la Station de recherche Agroscope ART Reckenholz-Tänikon.
  • Taux d'intérêt du capital propre : il a été fixé à 1.67%.

Auteur de l'article: Claude-Alain Baume, FRI, Courtemelon