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Drosophila suzukii

Drosophile du cerisier (Drosophila suzukii) sur un raisin

La drosophile du cerisier Drosophila suzukii Matsumura (Diptera: Drosophilidae) a été introduite en Europe en 2008. Cette drosophile s’attaque à tous les fruits à chair tendre (baies, cerises, prunes, raisins) et à de nombreuses plantes sauvages à baies. Il y a eu en 2014 des pertes de rendement qui ont été probablement favorisées par la météo (hiver doux et été humide). Il y a eu pendant l’été 2015 de longues périodes de temps chaud et sec qui ont provoqué l’effondrement des populations et ont détendu la situation. L’automne 2015 et l’hiver 2015-2016 ont cependant été très doux et les populations ont pu se reconstituer, donc toutes les cultures sensibles devront de nouveau être surveillées en 2016 dès le début de la coloration des fruits à l’aide de pièges et de contrôles des fruits. La surveillance des fruits sauvages mûrissant de manière très précoce dans la région ainsi que les échanges d’informations avec les collègues du voisinage peuvent donner à temps des indications sur le développement des populations. La suite du texte présente et décrit différentes mesures possibles.

Mesures à prendre

Des pièges-gobelets du type Becherfalle de Riga (à droite), des pièges de fabrication maison (à gauche) ou des pièges Profatec (en bas) permettent de surveiller le vol et de faire des piégeages de masse. Composition exacte de l’appât: voir texte (Photo: © FiBL, Claudia Daniel)
Piège avec une plaque engluée bleue dans un bocal transparent et piège constitué d'une bouteille brune munie de trous
Piège Profatec (Photo: profatec.ch)

1. Surveillance du vol

La station de recherche Agroscope de Changins effectue un suivi de la présence de Drosophila suzukii en Suisse avec la collaboration des conseillers cantonaux. Les résultats sont publiés chaque semaine sur Internet et sont accessibles en cliquant sur le lien ci-dessous. Des indications sont données sur l’intensité des dégâts dans les différentes régions de Suisse.

Drosophila suzukii / résultats des piégeages en Suisse (Site internet d'Agroscope)

Des pièges doivent être posés pour contrôler la présence éventuelle du ravageur dans les cultures sensibles (fraises, cerises, myrtilles, framboises, mûres, raisins, baies sauvages aux environs des vergers). Il faut suspendre ces pièges quand les fruits changent de couleur (types de pièges et appâts: voir plus loin sous Piégeages de masse). Les pièges seront suspendus dans des endroits ombragés dans les bords des parcelles et régulièrement contrôlés. L’appât liquide doit être changé toutes les deux semaines. Après utilisation, l’appât liquide ne doit pas être versé dans les cultures lors du contrôle des pièges. Les mâles sont facilement reconnaissables à leurs taches sombres sur les ailes, et on peut en général tabler sur un rapport mâles-femelles d’environ 1:1.

Les pièges seront suspendus dans des endroits ombragés dans les bords des parcelles et régulièrement contrôlés. L’appât liquide doit être changé toutes les deux semaines. Après utilisation, l’appât liquide ne doit pas être versé dans les cultures lors du contrôle des pièges. Les mâles sont facilement reconnaissables à leurs taches sombres sur les ailes, et on peut en général tabler sur un rapport mâles-femelles d’environ 1:1.

2. Surveillance des attaques sur les fruits

Pour déterminer si les fruits sont attaqués par des larves, prélever des échantillons de 100 fruits. Sur les fruits à peau lisse (cerises, myrtilles, raisins), il est possible, à l’aide d’une loupe, de voir les endroits où les œufs ont été pondus. Les framboises ou les fraises peuvent être mises au congélateur pendant quelques heures. Les larves sortent des fruits et peuvent être comptées. Une autre méthode simple pour identifier la présence de larves de Drosophila consiste à conserver pendant 24 heures à température ambiante des fruits qui semblent intacts puis de les plonger dans un récipient transparent (par exemple un verre) rempli d’eau du robinet additionnée d’une ou deux gouttes de savon liquide ou de détergent pour la vaisselle. Les larves peuvent être comptées sur le fond du récipient après 10 à 15 minutes. Déterminer avec sûreté l’espèce en présence n’est possible qu’en faisant éclore des insectes adultes. Pour ce faire, mettre des baies intactes à température ambiante pendant 24 heures dans un récipient muni d’une fermeture perméable à l’air (gaze, mouchoir en papier etc.). La proportion de Drosophila suzukii peut être facilement déterminée en comptant les mâles, qui sont facilement reconnaissables par les taches sombres qu’ils ont sur les ailes.

3. Prévention et lutte

Il faut faire recours à différentes mesures, et il y a des différences d’une culture à l’autre. Le tableau qui suit donne une vue d’ensemble sur les mesures convenant à chaque culture. Le  texte après le tableau décrit les mesures de manière plus précise.

MesurePetits fruitsCerisesPruneauxRaisinFruits pour la transformationRemarques
Conduite de la culture: climat sec dans le peuplement+++++++++++++++Mesure sans effet en cas de pluies incessantes.
Récolte précoce;  intervalles courts entre deux récoltes; hygiène++++++-++Pas toujours possible; cela dépend de la culture et du degré de maturité; Raisin: éclaircir tôt, ne pas épandre de marc
Couverture avec des filets+++++++-++

Les surfaces de vigne sont souvent trop grandes. L'ouverture et la fermeture fréquente des filets à causes du va-et-vient causé par les récoltes des petits fruits posent problème.

Piégeage de masse++++++++++Les cerises à maturité complète sont plus attractives pour les Drosophila que les pièges; donc le piégeage de masse dès le début de la maturité complète des cerises ne sert à rien. Les surfaces de vigne sont souvent trop grandes pour le piégeage de masse.
Refroidissement des fruits récoltés++++++++++++Les températures froides ne sont pas forcément supportées par toutes les sortes de petits fruits.
Utilisation de kaolin---+++++Taches et résidus de traitement, donc ne convient à aucune culture destinée à la consommation en frais.
Insecticides+++-+Seulement pour les situations d'urgence. Le kaolin fournit de meilleurs résultats dans les vignes.

Conduite de la culture: climat sec dans le peuplement

La drosophile du cerisier réagit de manière très sensible à la sécheresse. Toutes les mesures qui contribuent à un climat sec dans le peuplement ont donc un certain effet de protection préventive. On trouve parmi ces mesures une taille des arbres qui favorise une bonne aération et un ressuyage rapide; le mulch fréquent de la végétation sous la culture; la pose d’un film noir sous la culture; l’adaptation de l’intensité de l’irrigation. Dans les vignes, il faut bien effeuiller la zone des grappes.

Couverture

Couvrir les cultures avec des filets (mailles de 0,8 mm) empêche l’immigration des drosophiles, et c’est actuellement la méthode préventive la plus sûre. La couverture doit être installée dès le début de la coloration des fruits. Cette méthode rend les travaux de récolte plus fastidieux.

Piégeages de masse

Les piégeages de masse peuvent être faits aussi bien avec des pièges commerciaux qu’avec des pièges de fabrication maison. On utilisera des boîtes ou des bouteilles en plastique – si possible rouges ou noires – avec un couvercle qui ferme bien. Percer dans la partie supérieure des trous d’environ 5 mm de diamètre avec une aiguille chauffée ou un fer à souder. Laisser un côté de la boîte ou de la bouteille sans trous pour faciliter la vidange.

Il y a actuellement trois types de pièges disponibles dans le commerce: le DrosoTrap (Biobest / Andermatt Biocontrol), le Gasser-Becherfalle (Riga) et le piège Profatec (Profatec). Tous les types de pièges ont des avantages et inconvénients:

DrosoTrapPièges-gobelets (Becherfalle)
Disponible chez www.biocontrol.ch www.becherfalle.ch
Avantages

-réutilisable
- le rouge est attractif pour la drosophile

- changement pratique et rapide
- prix avantageux
Prix6.80 CHF/ pce (achat unique; dès 30 pièges) + coût des appâts (tous les 14 jours) 2.50 CHF pour le fil de fixation et la protection contre la pluie (achat unique) + 0.85 CHF par piège avec appât (tous les 14 jours)

Deux appâts différents sont actuellement disponibles dans le commerce: l’appât pour les pièges Becherfalle, qui est déjà déposé dan ces pièges à usage unique, et le Dros’attract qui est vendu pour les pièges DrosoTrap. On peut aussi fabriquer soi-même son appât:

  • 50 % d’eau
  • 40 % de vinaigre de pomme
  • 10 % de vin rouge
  • 2 gouttes de savon ou de détergent pour la vaisselle

Dans les essais en laboratoire, l’efficacité des deux appâts commerciaux et du mélange maison était comparable.

Il faut poser un piège tous les 2 à 5 mètres dès le début de la coloration des fruits: poser les pièges d’abord dans les bords des parcelles pour retarder l’immigration des drosophiles dans les cultures. Dès que les drosophiles ont atteint le centre de la parcelle, les pièges doivent être disposés dans toute la culture selon un quadrillage de 5 mètres de côté. Des essais italiens ont montré que les piégeages de masse ont une efficacité nettement meilleure que les traitements répétés.

Avancer les récoltes

On peut aussi affaiblir les attaques de drosophile du cerisier en récoltant tôt, fréquemment et complètement. Dans les vergers de cerisiers avec plusieurs variétés de précocité différente, les plus précoces doivent être récoltées totalement pour qu’aucune cerise trop mûre ne serve de site de reproduction. Les passages de récolte doivent aussi être fréquents dans les cultures de myrtilles et de framboises.

Réfrigération des fruits

Pour retarder le pourrissement des fruits récoltés dû au développement des asticots, les fruits peuvent être stockés après la récolte pendant quatre jours à 2 °C car cela tue les œufs et les larves.

Destruction des fruits véreux / Mesures d'hygiène

Les fruits attaqués et en décomposition doivent être enlevés et détruits, la méthode la plus sûre étant la solarisation: les fruits sont mis pendant 10 à 15 jours au soleil dans un sac en plastique hermétique et transparent. Les fruits ne doivent pas être compostés avant cela. Une alternative consiste à jeter les fruits véreux dans la fosse à lisier ou à les enterrer (une profondeur de plus de 50 cm est nécessaire dans les sols légers).

Protéger les cultures suivantes

Dans les fermes qui ont plusieurs cultures différentes, les drosophiles peuvent migrer sur des fruits tardifs après la récolte des cultures qui mûrissent plus tôt. On peut contrer ce genre de migrations en faisant du piégeage de masse dans les bords des cultures touchées. Si la récolte est interrompue à cause d’une attaque trop forte, il peut s’avérer judicieux de faire des traitements insecticides après la récolte pour protéger les cultures voisines.

Chaux et kaolin

Diverses sources d’information signalent que des substances pulvérulentes comme des produits à base de chaux ou le kaolin peuvent diminuer les attaques de la drosophile du cerisier. L’épandage de kaolin laisse toutefois sur les fruits une couche blanche qui fait qu’il n’est possible de l’utiliser que sur la vigne et les fruits destinés à la transformation. Il n’y a pas encore assez de résultats probants sur l’efficacité de ces produits pour pouvoir en tirer une bonne comparaison. La plupart de ces produits n’ont d’ailleurs pas encore d’autorisations d’emploi contre la drosophile du cerisier.

Il est toutefois possible d’utiliser du kaolin sur les vignes contre la drosophile du cerisier dans le cadre de l’autorisation spéciale donnée pour 2016 (voir plus loin sous «Insecticides»).

Différents essais sont faits dans la pratique conventionnelle avec de la chaux éteinte. Attention, la chaux éteinte n’a actuellement ni autorisation d’indication pour l’utilisation contre la drosophile du cerisier ni autorisation pour l'agriculture biologique! Une demande dans ce sens a été déposée à l’OFAG (office fédéral de l’agriculture) mais il n’y a pas encore de décision connue.


Mesures en viticulture

La sensibilité à la drosophile du cerisier dépend énormément du cépage (voir le tableau plus loin dans le texte, lien vers organic e-prints). Les cépages foncés et à peau fine avec des grappes compactes sont particulièrement sensibles à la drosophile du cerisier. On peut cependant s’attendre à de fortes invasions sur tous les cépages puisque les vignes sont les cultures les plus tardives. Les mesures préventives suivantes devraient donc être prises:

  • Régulation du rendement assez tôt avant la vendange (pas juste avant).
  • Mulcher rapidement les grappes qui sont par terre.
  • Ne pas épandre de marc dans les vignes qui ne sont pas encore totalement récoltées.
  • Ne pas vider dans les vignes le contenu des pièges à guêpes
  • Faire en sorte que le climat soit aussi sec que possible dans le peuplement (mulcher l’enherbement, bien effeuiller la zone des grappes).

 Traitements insecticides

L’OFAG avait octroyé ces dernières années des autorisations spéciales pour l’application de divers insecticides pour lutter contre Drosophila suzukii dans les baies, les fruits à noyaux et les vignes. Le Spinosad bénéficie d’une autorisation régulière pour les baies à partir de 2016. Une autorisation spéciale a de nouveau été octroyée en 2016 pour les fruits à noyau et la vigne pour différents produits à base de Spinosad (Audienz, Spintor, Success 4),  de pyrèthre (Parexan N, Sepal, Pyrethrum FS), le kaolin (Surround) n’étant quant à lui autorisé que sur vigne:

Corrigenda de la liste des intrants (Site internet du FiBL)

Pour leur application conforme aux autorisations spéciales, les nombreuses conditions de l’OFAG doivent être scrupuleusement observées:
Homologation en cas de situation d’urgence (site internet de l’OFAG)

Les points suivants sont particulièrement importants:

  1. Dans les fruits à noyau, l’application n’est autorisée qu’en cas d'apparition confirmée de Drosophila suzukii, et dans la vigne seulement en cas de ponte avérée dans les fruits à partir du stade  BBCH 83.
  2. L’OFAG prescrit l’alternance de diverses matières actives dans le but d’éviter les résistances.
  3. Comme les insecticides sont utilisés près de la récolte, la question des résidus prend une grande importance. Les producteurs veilleront à ce que les quantités maximales autorisées ne soient pas dépassées pour le Spinosad (se tenir aux quantités autorisées et aux délais de traitements; voir tableau ci –dessous).
  4. L’OFAG avertit qu'il n'y a que très peu de données disponibles sur l’efficacité des insecticides et que, par conséquence, aucune garantie d’efficacité ne peut être donnée. Selon les essais italiens de l’année dernière, on sait que les traitements dans les cultures de cerises sous filet ont eu une efficacité partielle, tandis que les traitements même intensifs sur des cerises et des baies non couvertes n’ont donné aucun résultat (dégâts = 100%).
    Produit (2016)
    DosageDélai d'attente (jours)Nombre d'applications par parcelle et par année au maximum
    Spinosad
    (Audienz, Spintor)
    baies: 0.02%
    fruits à noyau: 0.02%
    vigne: 0.01%

    baies: 3
    fruits à noyau: 7
    vigne: 7

    baies, fruits à noyau, vigne:  2
    Pyrethrum
    (Parexan N, Sepal)
    0.1%
    fruits à noyau:  0.1%
    vigne: 0.1%
    3fruits à noyau: 3
    vigne: 4
    Pyrethrum
    (PyrethrumFS)
    0.05%
    vigne: 0.075%
    3fruits à noyau: 3
    vigne: 4
    Kaolin
    (Surround)
    Vigne: 2 %Dès le stade 83 BBCHAutorisé seulement pour la vigne

    Une application d'insecticide ne peut pas être recommandée dans l'état actuel des connaissances. La couverture avec des filets, le piégeage de masse et les mesures d’hygiène testés dans les essais italiens donnent des résultats nettement meilleurs.

    Combiner des insecticides et des pièges

    L’L’utilisation combinée d’insecticides et de pièges à appâts (procédé Combi-Protec) suscite une discussion controversée. D’un côté la diminution de la quantité d’insecticide utilisée peut faire diminuer les résidus d’insecticide dans les fruits récoltés. Il n’est pas encore vraiment sûr que la diminution de la quantité d’insecticide diminue aussi les effets secondaires indésirables sur les auxiliaires et les abeilles parce qu’il est possible que les appâts des pièges soient aussi volontiers consommés par d’autres espèces d’insectes. Il y a en outre le risque que la diminution des quantités d’insecticide accélère le développement de résistances par Drosophila suzukii. Et il n’y a pas encore d’informations péremptoires sur l’efficacité de ce procédé. L’état actuel des connaissances ne permet pas de recommander ce procédé.

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    Dissémination en Europe

    La drosophile du cerisier (Drosophila suzukii) fait partie de la famille des drosophiles (Drosophilidae). Originaire du sud-est de l’Asie, elle a été identifiée pour la première fois en Europe – en Espagne – en automne 2008, et en été 2011 pour la première fois en Suisse – au Tessin, en Valais et aux Grisons. Elle a été vue en 2009 dans le nord de l’Italie (Dans le Trentino), où elle a provoqué des pertes de récoltes de 30 à 40 % dès 2010. En 2010 elle a été identifiée en plus dans le sud de la France, en Slovénie et en Croatie. En 2011 elle a provoqué des pertes totales de baies en Italie et de cerises en Espagne et dans le sud de la France. Cette drosophile a été identifiée fin 2011 jusque dans le nord de la France, en Suisse et en Allemagne. Elle envahit aussi souvent les régions élevées jusqu’à une altitude de 1550 mètres. La drosophile du cerisier s’est aussi introduite en Amérique du Nord en 2008, et elle s’y développe de manière tout aussi dramatique.

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    Identification

    Contrairement aux drosophiles européennes de souche (surtout Drosophila melanogaster), qui ne pondent leurs œufs que dans des fruits trop mûrs et même pourrissants, les femelles de la drosophile du cerisier possèdent un ovipositeur qui est une tarière assez puissante pour pénétrer dans les fruits sains qui sont encore sur l’arbre pour y déposer les œufs. La robuste tarière de ponte des femelles et les taches foncées sur les ailes des mâles sont les principales caractéristiques qui différencient Drosophila suzukii des espèces indigènes de drosophiles.

    Femelle (2 à 3 mm de long).
    Mâle (2 mm de long). Les taches foncées se trouvant aux extrémités des ailes sont caractéristiques et faciles à reconnaître.
    Un mâle et une femelle.
    Une femelle en train de pondre des œufs. L'organe qui sert à pondre les œufs est fortement denté; voilà pourquoi il est capable de percer l'épiderme de tous les fruits tendres (fruits à noyaux, baies, fraises, raisin...).
    Larve (1 à 4 mm de longueur selon le stade de développement). Cette larve est presque transparente (voir dans l'ellipse), elle est donc difficile à distinguer.
    Cocon (3 mm de long).
    Pupe avec les petites cornes en forme d’étoiles caractéristiques de Drosophila suzukii. On peut déjà reconnaître en transparence les yeux de la mouche prête à éclore. Toutes les photos: © FiBL, Claudia Daniel
     
     

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    Plantes-hôtes

    La drosophile du cerisier peut attaquer la plupart des espèces de fruits à chair tendre  et de nombreux fruits sauvages. Les cerises et le sureau semblent être leurs plantes-hôtes préférées. Si la peau du fruit est endommagée, la drosophile du cerisier peut aussi attaquer les pommes, les poires et les tomates. Le tableau ci-après résume le potentiel de nuisance pour les principales cultures qui peuvent être concernées.

    Potentiel de nuisance de Drosophila suzukii dans différentes cultures

    +            jusqu’ici aucune attaque annoncée
    ++         peu sensible
    +++      sensible
    ++++   très sensible

    Culture / PlanteSensibilitéRemarque
    Fraises - pleine terre+
    Fraises - remontantesjusqu'à ++++
    Cerises++++
    Griottes++++
    Prunes++ jusqu'à ++++selon les variétés
    Pêches++selon les variétés
    Mirabelles++selon les variétés
    Abricots++selon les variétés
    Framboises d'été+++
    Framboises d'automne++++
    Mûres++++
    Raisinets (rouges, blancs)++ jusqu'à +++
    Cassis++ jusqu'à +++
    Groseilles+
    Minikiwis+++ jusqu'à ++++
    Raisin de table ou de vinification++ jusqu'à ++++selon les variétés, voir le tableau suivant
    Prunier-dattier (Diospyros lotus)+
    Kakis+
    Canneberges+
    Aronia++ jusqu'à ++++
    Camerise (Lonicera kamtschatika)++
    Figues++ jusqu'à +++
    Asimines (Asmina triloba)++++

    Les vignes ne sont attaquées que les années où les populations se développent fortement. Les cépages précoces, foncés et à peau fine avec des grappes compactes cultivés sur des sites ombragés humides et à proximité de lisières de forêts, de haies et de vergers de fruits à noyau sont particulièrement sensibles.

    Cépage (rouge)SensibilitéRemarques
    Mara++++
    Regent++++
    Garanoir++++
    Dornfelder++++
    Acolon++++
    Dunkelfelder++++
    Dakapo++++
    Cabernet Dorsa++++
    Muscat bleu++++
    Gamay+++ à ++++
    Cabernet Jura++ à ++++Dépend du clone
    Marechal Foch+++
    Malbec+++
    Gamaret+ à +++
    Pinot Noir++ à +++
    Syra++
    Diolinoir++
    Merlot++
    Galotta++
    Humagne++
    Carminoir+
    Ancelotta+
    Mondeuse+


    Cépage (blanc)SensibilitéRemarques
    Chasselas violet+++
    Muscat+++
    Gewürztraminer++
    Pinot gris++
    Riesling Sylvaner++
    Doral++
    Charmont++
    Sauvignon blanc++
    Pinot blanc++
    Chardonnay++
    Viognier+
    Chenin+
    Sylvaner+
    Sauvignon gris+
    Auxerrois+
    Altesse+
    Solaris+
    Paien+

     

    En plus des plantes cultivées, la drosophile du cerisier attaque aussi de nombres espèces de fruits sauvages et de buissons ornementaux. Les plantes sauvages qui permettent un bon développement de ses larves représentent une source importante pour le développement de grandes populations de cette drosophile.

    Aptitude de différentes espèces de fruits sauvages et de plantes ornementales pour le développement des larves de drosophile du cerisier:

    +             développement larvaire impossible
    ++          développement larvaire presque impossible
    +++       développement larvaire possible
    ++++    bon développement larvaire
    +++++ très bon développement larvaire

    PlanteDéveloppement larvaire
    Aubépine (Crataegus sp.)+
    Cynorrhodon (Rosa sp.)+
    Sorbe (Sorbus aucuparia)+
    Houx (Ilex aquifolium)+
    Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia)+
    Épine-vinette (Berberis vulgaris)+
    Callicarpe de Bodinier (Callicarpa bodinieri)+
    Fusain d'Europe (Euonymus europaeus)+
    Troène (Ligustrum sp.)+
    Pyracanthas (Pyracantha coccinea)+
    Symphorine de Chenault (Symphoricarpus chenaulti)+
    Viorne cottonneuse (Viburnum lanata)+
    Viorne obier (Viburnum opulus)+
    Pommiers d'ornement (Malus sp.)+
    Bryone dioïque (Brionia diocia)+
    Muguet (Convalaria majalis)+
    Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia)+
    Fraisier des Indes (Potentilla indica)+
    Lierre commun (Hedera helix)+ jusqu'à ++
    Prunier-cerise (Prunus cerasifera)+ jusqu'à ++
    Aronia (Aronia melanocarpa)++
    Merisier (Prunus avium)++
    Epine noire (Prunus spinosa)++
    cotonéasters (Cotoneaster sp.)++
    Laurier-cerise (Prunus laurocerasusu)++
    Morelle noire (Solanum nigrum++
    Symphorine (Symphoricarpus albus)+++
    Argousier (Hippophae rhamnoides)+++ jusqu'à ++++
    Cornouiller mâle (Cornus mas)++++
    Chèvrefeuille arbustif (Lonicera nitida)++++
    Cornouiller sanguin (Cornus sanguineum)++++
    Cerisier tardif (Prunus serotina)+++++
    Mûre sauvage, ronce (Rubus fructicosus)+++++
    Framboisiers (Rubus ideaus)+++++
    Ronce bleue (Rubus caesius)+++++
    Sureau rouge (Sambucus racemosa)+++++
    Sureau noir (Sambucus nigra)+++++
    Mahonia à feuilles de houx (Mahonia aquifolium)+++++
    If commun (Taxus baccata)+++++
    Raisin d'Amérique, Teinturier (Phytolacca americana)+++++

     

     

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    Biologie

    Chez la drosophile du cerisier, c’est les femelles adultes fécondées qui hivernent dans des cachettes protégées sous des feuilles ou des pierres. Bien qu’elles soient assez vite tuées par le gel, il faut penser qu’elles trouvent suffisamment de lieux d’hivernage hors gel. Ces moucheronnettes se réveillent dès que les températures dépassent 10 °C. Vu que la drosophile du cerisier préfère pondre dans des fruits mûrissants, les mouches ne migrent en général dans les cultures que quand les fruits commencent à changer de couleur. Une femelle peut pondre entre 300 et 600 œufs, plusieurs par fruit si la pression d’infection est forte. La ponte des œufs et les morsures des larves sont en plus des portes d’entrée pour les maladies. La ponte provoque des cicatrices sur les cerises. Les petites larves blanches sortent des œufs après 1 à 3 jours, puis elles se nourrissent de la chair des fruits pendant 5 à 7 jours en passant par 3 stades larvaires. L’essentiel des dégâts est provoqué par ces larves: les fruits se recroquevillent et se transforment en bouillie. Les larves se nymphosent sur les fruits endommagés mais rarement dans la litière du sol. La nouvelle génération éclot ensuite après une diapause nymphale de 4 à 15 jours. La température optimale pour la multiplication de cet insecte se situe entre 20 et 25 °C. Le cycle de génération étant de seulement 10 jours dans ces conditions, jusqu’à 15 générations sont possibles par année. Vu que les drosophiles adultes peuvent vivre pendant 2 mois, plusieurs générations apparaissent en parallèle, ce qui explique l’énorme pression infectieuse qui se développe à la fin de l’été et en automne.

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    Défis posés à la production de cerises, de petits fruits et de raisin

    Le grand nombre d’œufs pondus, la succession rapide des générations, la forte densité de plantes hôtes cultivées ou sauvages, la bonne adaptation à notre climat ainsi que la forte mobilité de ces drosophiles et leur dissémination potentielle dans les fruits récoltés constituent un grand risque qu’elles s’installent durablement en Europe et provoquent de grosses pertes de récoltes. L’utilisation d’insecticides ne suffira pas pour maîtriser ce nouveau ravageur parce que la ponte se déroule peu avant la récolte et qu’il faut s’attendre à l’arrivée permanente de nouvelles drosophiles dans les vergers. Des traitements seraient nécessaires pendant les récoltes à cause de l’étalement des récoltes de la plupart des espèces de petits fruits, ce qui provoquerait probablement des résidus dans les fruits. S’y rajoute encore le fait aggravant que la facilité des drosophiles à développer des mutations génétiques leur permet de développer rapidement des résistances aux insecticides. L’agriculture conventionnelle est donc confrontée aux mêmes problèmes que l’agriculture biologique. Il faudra donc développer de multiples stratégies à long terme pour assurer une maîtrise durable et efficiente de Drosophila suzukii. L’utilisation d’insecticides est cependant considérée comme possible à titre de solution de secours pour les 2 ou 3 prochaines années.

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    Recherche

    Il y a déjà énormément de connaissances fondamentales sur les drosophiles en général parce que de nombreux groupes de recherche travaillent avec différentes espèces de drosophiles utilisées comme organismes modèles. Des programmes de recherche sont en cours dans la plupart des pays d’Europe ainsi qu’en Amérique pour identifier les possibilités de maîtriser Drosophila suzukii. Ces programmes sont essentiellement focalisés sur les points suivants:

    • la surveillance, les prévisions et les seuils de tolérance;
    • la capacité de propagation des insectes et leur influence sur le paysage;
    • le comportement des insectes dans le choix des plantes-hôtes et la possibilité de mettre des plantes-pièges autour des cultures;
    • l’hivernage et la tolérance au froid des drosophiles du cerisier;
    • leurs antagonistes, agents pathogènes ou parasitoïdes;
    • les substances odoriférantes comme les phéromones, les répulsifs et les attractants;
    • l’optimalisation des piégeages massifs (types de pièges, positionnement);
    • la clarification des questions en suspens au sujet du recours aux insecticides (choix des matières actives, moment des traitements, délais d’attente, résidus);
    • l’efficacité des filets comme procédé d'exclusion;
    • l’influence des mesures techniques (arrosage, taille etc.) sur la dynamique des populations dans les cultures;
    • la possibilité de faire des traitements après récolte (réfrigération) pour tuer les œufs et les larves.

    On peut donc s’attendre à une progression rapide des connaissances, et les recommandations pour la protection des cultures devront être adaptées en permanence à l’état actuel des connaissances. On peut recommander les pages internet suivantes:

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    Pour en savoir plus

    Drosophila suzukii (site internet d'Agroscope)

     

    Auteure: Claudia Daniel, FiBL

     

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