Interlocutrice
Lisa Pagani
Conseillère en agriculture biologique
Grange-Verney
1510 Moudon
Tél 021 905 95 50
Fax 021 905 95 69
Courriel
www.prometerre.ch
Résultats économiques de la reconversion
Revenus moyens plus élevés en bio
Le revenu agricole moyen des exploitations biologiques est au-dessus du revenu des exploitations conventionnelles et ceci malgré une surface moyenne légèrement inférieure et des coûts de main-d’œuvre plus élevés. Le dépouillement centralisé des données comptables ART (moyenne 2006-2008) indique un avantage de revenu agricole de Fr. 8'500. — en plaine, de Fr. 5'300. — en région de colline et de Fr. 8'800. — en montagne. Ces différences ne sont toutefois que des moyennes. Dans le secteur des grandes cultures, la différence peut être plus élevée encore en raison des bons prix pour les récoltes.
Résultats d’un cas concret
Christian Hofer de Mont-sur-Rolle a accepté de se prêter au jeu d’une évaluation économique d’une transition au bio. Son exploitation compte 50 ha ; environ la moitié est consacrée aux grandes cultures (blé, orge, colza, pois, maïs) et la moitié aux herbages qui servent à nourrir 23 vaches mères et leurs veaux pour la production de Natura-Beef. Afin de rendre les chiffres les plus comparables possibles et de ne pas divulguer totalement les résultats comptables de l’agriculteur, trois situations ont été calculées jusqu’au niveau de l’excédent brut d’exploitation (EBE, voir la définition dans l’encadré) : la situation actuelle conventionnelle, la situation durant la reconversion au bio, la situation bio (=après les 2 ans de reconversion). Ceci nous permet également d’évaluer les résultats des deux années de reconversion.
Changements dans l’assolement
Dans notre simulation, la rotation a été adaptée, notamment par l’introduction de 20% de prairies temporaires obligatoires et techniquement vivement recommandées. Le blé, l’orge et le colza continuent d’être cultivés et sont vendus à un prix supérieur déjà durant la reconversion, ce qui correspond à la réalité. Le tournesol n’est cultivé qu’après la fin de la reconversion. La surface fourragère par UGB a été légèrement augmentée de 10% pour compenser une baisse de rendement. Celle-ci est généralement faible pour les herbages et Ch. Hofer possède une part importante de prairies dont l’intensité est déjà naturellement modérée. Pour la production de Natura-Beef, aucune amélioration économique n’est à espérer car le supplément de prix n’est que de Fr. 60.— par bête et les concentrés sont plus chers.
Résultats économiques nettement meilleurs
Avec les rendements plausibles pour la situation, les prix reconversion ou bio, les paiements directs supplémentaires bio de Fr 800. —/ha pour les terre ouvertes et de Fr. 200.- pour les herbages, la marge brute d’exploitation fait un saut de Fr. 207’000.- à Fr. 242’000.- en reconversion puis augmente encore légèrement à Fr. 254’000.- en bio (voir graphique). Mais cela a des coûts au niveau de la structure de l’exploitation. Les coûts de main-d’œuvre pour le travail supplémentaire, un léger surcoût pour la mécanisation et aussi les coûts du label ont été pris en compte à raison de Fr. 14'000.- au total.
Le résultat final est présenté par l’EBE qui est déjà de Fr. 20'000.- plus élevé en reconversion et progresse encore de Fr. 12'000.- en bio. Ce n’est pas encore le revenu agricole, mais tout ce qui concerne la production est pris en compte et le reste des coûts de structure (intérêts et amortissements) n’est pas différent en bio ou conventionnel. La différence va donc se reporter sur le revenu agricole.
Durant la phase de transition, Christian Hofer pourra également bénéficier des aides cantonales vaudoises pour la reconversion à l’agriculture biologique qui seront octroyées dès 2011, mais les montants ne sont encore pas connus.

Motivation et adaptation
Ces calculs montrent que pour ce genre d’exploitation, les résultats économiques peuvent être nettement améliorés malgré des coûts de main d’œuvre supplémentaires. Il faut dire que les cultures de cette exploitation se gèrent sans grandes difficultés en mode biologique et qu’il y a un bon équilibre entre le bétail et les cultures.
Mais pour une transition au bio, la motivation personnelle est la principale condition. Un producteur motivé par la philosophie et les objectifs de l’agriculture biologique trouvera les solutions et acceptera les adaptations nécessaires. Si la seule motivation est financière, chaque règle qui demande une adaptation devient un obstacle contrariant.
Pour un bon nombre d’agriculteurs qui débutent en bio, les aspects économiques les aident à faire le dernier pas, mais ils sont ouverts à cette manière de pratiquer l’agriculture. Ainsi ils découvrent une méthode qu’ils s’approprient et dont ils deviennent souvent fiers par la suite.
Pour Christian Hofer, c’est surtout la communauté partielle d’exploitation pour le bétail avec son voisin qui limite ses possibilités. Tout son bétail est géré en commun dans des bâtiments loués à une troisième personne. Il s’agira donc de discuter avec son associé.
Définition de l'Excédent brut d'exploitation (EBE)
L’EBE est ce qui reste des prestations totales après la déduction des coûts spécifiques et des coûts de structure sauf les intérêts et les amortissements.
Cet indicateur permet de mesurer l’efficacité technique et économique d’une entreprise agricole indépendamment de son endettement et des amortissements effectués.





